6ème édition « Ça se passe à Kin »

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Le festival se déploie sur toutes les scènes

Du 2 au 9 juin dernier, la compagnie le Tarmac des Auteurs a présenté une vingtaine de spectacles au siège de la compagnie à Kintambo mais aussi au Centre Wallonie-Bruxelles. Retour sur un moment fort de ce festival, la présentation de la nouvelle création de Fiston Mwanza Mujila au CWB.

La soirée du 8 juin, veille de la cloture du Festival « Ça se passe à Kin », le centre Wallonie-Bruxelles a fait salle comble pour la grande première de Te voir dressé sur tes deux pattes ne fait que mettre l’huile au feu, nouvelle création de la compagnie Mapendo culture. Sur les planches, un quatuor interprète des personnages sans nom : un jeune homme résolu à joindre clandestinement «l’eldorado européen», le passeur, sa copine et le bâtisseur du mur qui peine à l’en dissuader.
Présentée dans une mise en scène de Maguy Kalomba, l’adaptation proposée de la pièce de Fiston Mwanza Mujila traite d’un sujet actuel, la question dramatique de l’immigration clandestine. Au coeur de la tragédie, le jeune home balaie d’un revers de la main les nombreuses invectives et la litanie de menaces proférées par le bâtisseur du mur. Il parvient même à oppose une farouche résistance aux appréhensions de sa dulcinée qui rappelle combien cette aventure risquée s’est révélée fatale en bien des occasions. Intrépide au point d’éconduire le passeur don’t il juge la compagnie encombrante, il décide de prendre son destin en mains. L’histoire vire au tragique, il meurt de faim et de froid dans la rue sans avoir jamais trouvé ni travail ni toit dans un Berlin où il pensait « changer de vie, mettre entre parenthèses son passé de chien », arborer de beaux vêtements, boire et manger selon ses caprices. Hélas, il n’en fut rien.
L’adaptation par la jeune compagnie Mapendo de la pièce de Fiston Mwanza Mujila épousait les visées d’Israël Tshipamba : « mettre à l’honneur un nouveau souffle artistique questionnant la société congolaise, ses dérives, sa poésie et sa créativité ». Comédien et auteur qui s’accommode aussi bien de la casquette d’animateur culturel, il s’était promis « d’accompagner quatre jeunes compagnies congolaises à mener à terme leurs créations entamées depuis le mois de février dernier ». Mission accomplie. Les troupes de Kinshasa Mapendo culture, Le théâtre des Elfes et la Compagnie Osase ainsi que Seringu’arts de

Le public sous le charme, des performances au plus près des spectateurs…
Lubumbashi ont été les heureux bénéficiaires de ce projet ambitieux tout à fait porteur. Sur les quatre, trois ont présenté un travail abouti. Hormis Mapendo culture, la Compagnie Osase et Seringu’arts ont proposé en grandes premières Amours Bunkers et Habbat Alep. Sont également montés sur les planches, Le Théâtre des intrigants, dont l’expérience s’est forgée en trentequatre ans de pratique, et le Tarmac des auteurs, leur aîné. L’humour était tout particulièrement au rendez-vous avec Made in Congo, un spectacle fait d’une compilation de stand up servie par les humoristes de la team Toseka, « escadron » du festival international d’humour de Kinshasa du même nom.
Comme à son habitude, « Ça se passe à Kin » fut le festival du théâtre de proximité. Voilà cinq ans maintenant qu’Israël Tshipamba et le Tarmac des auteurs l’organisent durant une semaine au mois de juin, s’employant à mettre les projecteurs sur la création congolaise, mais offrant également une tribune aux auteurs d’autres pays africains. Pour cette fois, elle avait pour hôte la Compagnie Annoora de Côte d’Ivoire (« Stabat Mater Furiosa »), Amizero Kompagnie du Rwanda (« Radio Play ») et le contour Abdon Fortuné du Congo-Brazzaville voisin (« Parole de nuit et Au bord du fleuve »). La preuve que, soutient l’auteur, «le théâtre
porté par le Tarmac des auteurs est un théâtre de proximité s’attachant à promouvoir et valoriser l’écriture contemporaine africaine, à questionner la société congolaise sur sa singularité, son universalité, son devenir, dans une forme vagabonde utilisant le matériau poétique, fortement présent dans l’imaginaire kinois et congolais». L’Afrique n’était pas seule à cette rencontre internationale. La Belgique était représentée avec la participation de la compagnie théâtrale La Maison Ephémère et son spectacle Ultime rendez-vous .
Avec un réel enthousiasme, le comédien se réjouit de faire en sorte que « l’art théâtral et le spectacle vivant prennent possession de la ville de Kinshasa ». De cette façon, théâtre, mais aussi contes et lectures spectacles, ont trouvé leur place dans cette capitale réputée pour sa vitalité culturelle. « Ça se passe à Kin », rappelle Israël, «a pour lieu emblématique le Tarmac des auteurs, théâtre situé dans la commune de Kintambo». Et de poursuivre : «il n’a rien de l’approche occidentale du théâtre, c’est un théâtre où on entend les bruits des enfants qui jouent dans la rue et la vie quotidienne des ménages d’à côté, un théâtre en lien avec son public, ancré dans le noyau social». Ce n’est pas fortuit mais un
choix qu’il assume pleinement : « J’ai voulu ce théâtre au coeur de la cité parce que l’idée de développer un théâtre de proximité me semble appropriée pour tenter de répondre à la question fondamentale : Quel public pour quel théâtre ? ». Fort du constat que le « public kinois dit “populaire“ franchit fort peu la porte des salles de théâtre conventionnel», il a décidé de se rapprocher de ce public populaire en jouant dans la rue mais aussi dans des maisons. « Ça se passe à Kin » et ça marche bien…
Magnum C7