Ambroise Tshiyoyo

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Impact : Vous venez d’accéder à la présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Congolaise (CCIFC). Quel a été votre parcours jusqu’à ce poste en vue ?

Ambroise Tshiyoyo : Mon parcours est plutôt atypique. Dans les années quatre-vingts, j’ai d’abord travaillé dans le secteur privé, plus précisément pour une entreprise familiale. Puis je me suis tourné vers la politique pour exercer, pendant un an, les fonctions de conseiller au comité central du parti unique de l’époque. J’ai ensuite été nommé conseiller au ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. De là, je suis passé au Commerce extérieur puis à ce qu’est aujourd’hui l’OCC (Office Congolais de Contrôle), en qualité de directeur. J’ai complété mon expérience du secteur public à l’OFIDA (Office des Douanes et Accises) où j’étais chargé de mission.

Au cours de ces années, j’ai acquis la conviction qu’un État fort était la condition nécessaire, mais pas suffisante, au développement de mon pays. Le secteur privé devait y prendre sa part et c’est la raison pour laquelle j’y suis retourné. J’ai alors travaillé pour une société dans laquelle j’avais des participations et qui avait pour activité principale le transport fluvial. Je me suis aussi lancé dans le secteur financier, en montant un bureau de change avec des partenaires extérieurs ; dans la mesure où nous manipulions d’énormes quantités de devises qu’il n’était pas possibles de stocker, nous nous sommes rapprochés, notamment, de la BCDC.

J’ai développé, en parallèle, des activités « secondaires » telles qu’ITB, société d’exploitation forestière. J’ai également des participations dans une imprimerie bien connue de la place.

Enfin, je suis membre du Conseil économique, en qualité de représentant du secteur privé.

Comment êtes-vous devenu président de la CCIFC ?

Je suis membre de la Chambre depuis une vingtaine d’années. Et la question serait d’abord de savoir pourquoi j’ai intégré la CCIFC.

Alors pourquoi avez-vous intégré la CCIFC?

Je suis parti de plusieurs constatations.

Première constatation : la RDC est un pays potentiellement riche. Or, comment traduire ce potentiel en richesse réelle si ce n’est par le recours aux petites et moyennes entreprises. Ce sont elles, et non l’État, qui créent des emplois et donc des richesses.

Deuxième constatation : si l’État n’a pas la capacité de générer des emplois à lui seul, il peut cependant créer les conditions pour que le secteur privé puisse embaucher.

Troisième constatation : à supposer que l’État et les entreprises congolaises jouent leur rôle, reste à régler le problème de la maîtrise des projets, donc du développement des capacités. Prenez l’exemple de l’eau dont notre pays est si riche. Pour qu’elle soit transformée en énergie, il faut des entreprises capables de maîtriser des techniques très diverses. Ces entreprises ne se trouvent pas toutes en RDC et il est dès lors impensable d’imaginer pouvoir travailler en « vase clos ». Il faut donc rechercher des sociétés étrangères, dans un rapport de complémentarité reposant sur une approche « gagnant – gagnant ».

Conclusion : c’est la raison pour laquelle je me suis intéressé très tôt au réseau des chambres de commerce, car solliciter des appuis extérieurs passe par une « approche réseau ». Étant partenaire d’une société française, la CCIFC s’est très rapidement imposée à moi. Au sein de cette instance, j’ai eu la chance d’effectuer plusieurs déplacements à l’étranger. C’est d’ailleurs à l’une de ces occasions que j’ai rencontré l’actuel vice-président, avec qui j’ai rempli beaucoup de missions de « compagnonnage » auprès d’entreprises françaises. Certains projets ont pris forme au cours de ces missions et ont été menés à bien.

Mais plus précisément, comment passe-t-on de membre à président de la CCIFC ?

Par conviction. Il faut notamment être persuadé et savoir persuader les autres, que le secteur privé est créateur d’emplois, donc de richesses. Il faut en être fier et « faire passer » cette fierté à tous les membres. Il faut aussi avoir une nouvelle vision des choses et développer une autre sensibilité, le but ultime étant, bien sûr, de faciliter les affaires mais aussi de contribuer au redressement de la RDC.

Qu’entendez-vous par «autre sensibilité»?

Le programme peut être le même que par le passé. Mais la personnalité et le caractère des organisateurs doivent changer. Je vous ai dit dans quelles conditions j’ai rencontré l’actuel vice-président. Cette relation de proximité, cet esprit d’équipe font partie des choses qui peuvent contribuer à l’avancement de la Chambre.

Par exemple ?

Je pense à l’organisation de « journées pays ». Ces manifestations me paraissent fondamentales pour une chambre de commerce car elles permettent d’attirer d’autres partenaires.

Comment comptez-vous vous y prendre ?

La CCIFC est une chambre bilatérale, française et congolaise. Nous faisons donc des affaires en français. C’est déjà une facilité pour nous, Congolais, qui avons le français comme langue de travail. Cela ne veut pas dire pour autant que nous travaillerons exclusivement avec la France. Le monde francophone est vaste et doit pouvoir nous apporter tout son potentiel. Nous n’avons pas encore élaboré un programme précis mais de mon point de vue, nous devrions travailler sur l’organisation de ces « journées pays » en mettant l’accent sur le bilatéral, donc sur l’accompagnement des entreprises congolaises à l’international et l’intéressement des entreprises françaises ou francophones à la RDC.

Vous ne craignez pas d’entrer en concurrence avec la Semaine française de Kinshasa, manifestation annuelle dont s’enorgueillit la CCIFC ?

Pas du tout ! Les « journées pays » interviendront en complément de la Semaine française qui est un événement phare de notre organisation. Je salue d’ailleurs les efforts déployés par nos prédécesseurs pour organiser cette manifestation qui symbolise cet aspect bilatéral dont je viens de parler. En d’autres termes, je soutiens la Semaine française en laquelle je crois beaucoup.

Et je l’appuierai car ses effets sont bénéfiques pour tous, notamment pour les chefs d’entreprises français qui sont en mesure de constater sur place les réalités congolaises et les opportunités d’affaires. J’espère que d’une année sur l’autre, nous verrons un nombre croissant de participants à cette Semaine.

Parmi les nombreux thèmes qui seront traités pendant la Semaine française, il y aura celui du climat des affaires, décisif pour ce qui est de la venue de partenaires venant de l’étranger. Comment analysez-vous ce climat des affaires aujourd’hui ?

Je n’ai jamais exagéré le « risque pays ». Mais il existe bel et bien, amplifié de surcroît par une communication reposant souvent sur des clichés. Exemple de cliché : Les étrangers sont venus en RDC pour prendre la place des Congolais sans jamais apporter au pays de transferts de technologie. Autre exemple de cliché : l’Asie et le Moyen-Orient ont pris la place traditionnelle, « classique », de l’Europe du fait de la perception exagérée, par cette dernière, des difficultés à faire des affaires en RDC.

Ces clichés ont certes un fond de véracité. Mais je pense qu’il faut les relativiser.

J’ajoute, enfin, que parmi ceux qui découragent d’investir en RDC, il y a beaucoup d’étrangers qui ont leurs entreprises ici et qui ne les ont jamais fermées. Ils disent aux autres de ne pas venir alors qu’ils « font de l’argent » en RDC.

Pour conclure, je pense qu’il y a des problèmes dans ce pays comme partout ailleurs en Afrique. Mais je suis convaincu qu’il y a toujours moyen de trouver des solutions pour faire avancer les choses. Je rappelle, enfin, que le climat des affaires ne concerne pas seulement les entreprises venant de l’extérieur. Il concerne aussi les entreprises congolaises. Ce qu’il faut promouvoir, c’est un dialogue permanent avec les autorités congolaises. S’agissant de notre Chambre en particulier, je peux vous assurer que nous allons essayer d’amener le gouvernement à s’intéresser davantage aux secteurs d’intervention de la CCIFC.

Je ne vous cache pas que nous avons déjà eu des contacts informels. Les autorités sont disposées à « donner un coup de main » pour encourager les investissements éventuels.

On vous verra donc couper le ruban de la troisième édition de la Semaine française, le 1er juin prochain, aux côtés des membres du gouvernement congolais ?

Ils m’ont promis de venir. Je ne prends pas de pari sur leur calendrier mais ceux qui sont disponibles viendront. D’ici-là, ils assisteront à l’installation du nouvel exécutif de la Chambre.

Pour conclure, je voudrais vous demander les raisons qui vous ont conduit à vous entourer du vice-président et de la directrice exécutive de la CCIFC pour cet entretien ?

Je voulais que vous puissiez rapporter à vos lecteurs mon attachement à un travail collégial. Je vous ai déjà dit que mes relations avec l’actuel vice-président sont aussi amicales qu’anciennes. Je voudrais aussi souligner combien j’apprécie le travail de notre directrice exécutive qui a toute ma confiance. Il y a donc « unité de commandement ».

Propos recueillis par PL

Photo : Gédéon Mukendi