Belgique et francophonie

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IMPACT : La Belgique fait beaucoup en matière d’enseignement et de formation professionnelle, ce qui sert la francophonie, mais son action est loin de se limiter à cette problématique en RDC. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Michel Lastschenko : L’action de la Belgique s’inscrit dans ce qu’on appelle aujourd’hui la diplomatie moderne, c’est-à-dire qu’elle associe les relations politiques, économiques, de coopération/développement et les questions militaires.
Ces dernières revêtent une importance toute particulière dans le contexte de la formation et de la réforme du secteur de sécurité. Dans le domaine de la coopération, l’action de la Belgique s’organise autour de trois grands thèmes, en accord avec les autorités congolaises : l’agriculture ; le désenclavement rural, c’est-à-dire l’amélioration des pistes et le rétablissement des bacs sur les fleuves et rivières ; enfin l’enseignement, et plus particulièrement la formation professionnelle. Je regrette un peu qu’on se limite à cette dernière parce que je voudrais, et c’est un thème que je souhaiterais aborder dans le cadre de la francophonie, redévelopper ou redynamiser l’enseignement universitaire. Je trouve qu’on ne s’investit pas suffisamment dans ce domaine. J’ai évoqué récemment ce sujet avec la ministre suédoise de la coopération qui était en mission à Kinshasa.
Il est sans doute difficile de traiter seul ces questions mais avec l’aide de l’Union Européenne et des Etats francophones, nous pourrions trouver des solutions efficaces. Cela passerait sinon par l’envoi d’étudiants en Belgique ou ailleurs en Europe, du moins par l’échange de professeurs et un système de formation à distance.

Vous avez abordé les questions de sécurité, très importantes ici. Il est vrai que la Belgique est présente dans ce secteur et plus généralement dans ce que l’on appelle la RSS. Quelles sont vos priorités dans ce domaine ?
La réforme du secteur de sécurité c’est un peu le monstre du Loch Ness, à savoir que tout le monde en parle et personne ne l’a vu. Par conséquent, ce que nous essayons de faire c’est de convaincre qu’il ne s’agit pas d’un effort belge mais bien d’une entreprise de la communauté internationale, principalement menée par la MONUSCO mais également accompagnée par la France, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, la Chine… Il s’agit de convaincre les autorités congolaises qu’un Etat moderne a besoin d’une armée moderne. En d’autres termes, il faut réformer cette institution qui est pléthorique, mal formée, mal équipée.
Cela implique non seulement la formation de nouvelles recrues, la formation d’officiers, mais aussi la mise à la retraite d’un grand nombre de militaires. C’est donc un exercice compliqué puisque, s’agissant de l’armée d’un pays souverain, il faut évidemment maintenir le principe d’appropriation tout en « accompagnant » ses responsables pour « peaufiner » leurs plans, de

façon à ce que la réforme ait un sens. Sa mise en oeuvre prendra plusieurs années, selon moi entre dix et vingt ans. Pour ce qui nous concerne, nous mettons l’accent sur la formation des officiers ainsi que sur celle d’unités spéciales, que l’on pourrait appeler brigade d’intervention, et dont la vocation finale sera de remplacer, à terme et dans l’Est principalement, la brigade d’intervention de la MONUSCO.

La Belgique appartient au premier cercle de ceux qui coordonnent les bailleurs. Elle fait notamment partie du comité exécutif du Groupe de Coordination des Partenaires (GCP). Comment concevez-vous cette tâche ?
C’est un exercice à la fois nécessaire et délicat puisque le grand principe du développement et de la coopération dans le monde actuellement, c’est l’appropriation du développement par les pays bénéficiaires. Il n’est donc pas question pour nous, évidemment, ni pour les autres membres de ce groupe, de dicter à la RDC ce qu’elle doit faire. Mais il est quand même utile d’engager avec ses autorités un dialogue multiple de façon à ce que soient comprises nos préoccupations : où va-t-on ? Quelle est la vision de ce pays dans le domaine de l’agriculture, de l’éducation, de la santé publique… ? Dans quelle mesure pouvons-nous, tous ensemble, accompagner les décisions prioritaires prises par le gouvernement ? Je crois que ce comité des partenaires a surtout pour but d’organiser de façon plus logique le développement du pays. Je crois utile qu’aux côtés de la Belgique, en fassent partie l’Union Européenne, en tant que telle, et la Grande-Bretagne ; c’est-à-dire que dans ce comité de cinq membres, il y ait trois membres européens. Certes la Belgique n’a pas vocation à rester éternellement dans cette instance, le principe étant celui de la rotation annuelle. Mais aujourd’hui nous en faisons partie ; cela me paraît une excellente chose.

Propos recueillis par Philippe Larrieu

Photo : Philippe Larrieu