Burundi et francophonie

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Que signifie, pour vos autorités comme pour vous-même, l’engagement du Burundi dans la francophonie ?
Pour moi comme pour les autorités burundaises, la francophonie est l’espace international dans lequel notre pays peut s’exprimer, notamment avec ses partenaires du développement.

Le français n’est donc pas seulement une langue de culture ?
Bien sûr ! Il y a presque cinquante ans que le Burundi est indépendant et aux toutes premières heures de notre république, tout le monde parlait français. Cette langue était le moyen de nous exprimer dans les sphères politiques mais aussi d’aborder les questions de développement à l’extérieur de nos frontières.

Aujourd’hui, l’anglais a fait son apparition. Que reste-t-il au français ?
Le français reste une langue officielle, utilisée dans les bureaux du gouvernement et enseignée dans toutes les écoles. Donc, si vous voulez communiquer, vous le faites en français, langue pratiquée par le plus grand nombre…

Vous partagez une frontière avec la RDC, dans une région qui a connu beaucoup de troubles. Quelle est la position de votre gouvernement vis-à-vis de votre grand voisin ?
Notre diplomatie est fondée sur un principe simple : poursuivre une politique de bon voisinage. Je rappelle que seulement deux ans après l’indépendance du Burundi, la RDC a ouvert une ambassade à Bujumbura. Et de 1964 à aujourd’hui, cette ambassade n’a jamais fermé ses portes, pas même dans les moments difficiles, lorsque nous faisions face à des conflits ethniques. Les relations diplomatiques sont toujours restées au beau fixe.

Maintenant que la situation s’améliore à l’Est de la RDC, quels objectifs vous êtes-vous fixés en matière de coopération ?
Il faudrait d’abord faciliter les échanges humains, aider nos deux peuples à se rendre visite pour stimuler les échanges commerciaux. L’élimination des barrières tarifaires serait un autre élément essentiel pour déboucher sur des relations transfrontalières renforcées. Nous ne partons pas de rien : les ressortissants burundais sont dispensés de visas d’entrée en RDC et vice-versa ; quand des patients congolais viennent se faire soigner dans nos hôpitaux, ils se voient appliquer des tarifs identiques à ceux dont bénéficient nos nationaux.
Je voudrais ajouter qu’entre nos services de sécurité, de part et d’autre de la frontière, les relations sont excellentes et la coopération réelle. Quand un délinquant congolais se réfugie au Burundi, il est appréhendé puis remis aux autorités congolaises ; la réciproque est vraie. Nous avons donc réussi à créer un climat de confiance.

Vous êtes donc optimiste quant à l’avenir des rapports bilatéraux entre les deux pays ?
Si nous parvenons à maintenir la sécurité à notre frontière commune, nous pourrons parler développement, s’agissant notamment de la plaine de Rousisi que nous avons en commun: 120 000 ha au Burundi, 250 000 ha en RDC. A partir de la rivière éponyme, nous pourrions lancer de vastes travaux d’irrigation permettant le développement des activités agricoles.

Donc une volonté de renforcer une coopération permettant le développement des deux côtés de la frontière ?
C’est effectivement la première chose que nous devons faire depuis l’apaisement de la situation sécuritaire.

Propos recueillis par P.L.

Photo : Martin van der Belen