Canada et francophonie

263

Vous avez représenté votre pays au dernier sommet des femmes francophones. Que représente la francophonie pour une Canadien ?
Le Canada est un pays bilingue : le français et l’anglais ont un statut de langue officielle. Et même si le français n’est parlé que par 23% de mes compatriotes, les deux langues sont indifféremment utilisées au parlement, où les lois sont rédigées en français comme en anglais. Le Canada est d’ailleurs membre de la francophonie et du Commonwealth. Nous participons aux instances et à toutes les réunions de la francophonie depuis 1961, époque de la naissance de l’Agence universitaire de la francophonie. Pour ce qui est du dernier forum des femmes francophones, notre délégation comprenait des représentantes du gouvernement fédéral comme du gouvernement québécois.

Le Canada est présent en RDC par son ambassade mais aussi par ses ONG et ses hommes d’affaires. Pouvez-vous nous en dire plus ?
La présence du Canada en RDC remonte à l’indépendance de cette dernière. Mon pays a toujours oeuvré en faveur du développement et de la recherche de la paix en RDC. Au fils des ans il a développé un programme de coopération basé sur la satisfaction des besoins les plus aigus de la population. Au coeur de notre programme actuel se trouve la protection de la santé maternelle et infantile. Nous privilégions la province de Kinshasa où nous intervenons dans les différents hôpitaux et dispensaires, notamment en zone périurbaine où les besoins se font le plus sentir. En matière de coopération économique, notre présence est modeste mais les hommes d’affaires canadiens, qui ont évidemment une grande expertise dans le secteur minier, travaillent dans les régions de ressources minérales et s’efforcent d’apporter l’expertise et la connaissance qui permet le développement d’un secteur contribuant de façon déterminante à la croissance impressionnante que l’on observe en RDC. Le Canada et ses entreprises sont aussi connus pour leur sensibilité particulière en matière de responsabilité sociale et environnementale et c’est cette thématique que nous voulons promouvoir au sein des instances de la francophonie. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que notre apport aux journées de la francophonie à Kinshasa s’est concrétisé dans ce domaine en 2014.

Revenons à la francophonie si vous le voulez bien. Comment voyez-vous son avenir ?
Comme vous le savez, à l’occasion du XIVème sommet de la francophonie qui s’est tenu à Kinshasa le 13 septembre 2012, les Chefs d’Etat et de gouvernement ont jeté les bases d’une stratégie économique qui est en cours d’élaboration et qui sera adoptée au prochain sommet de Dakar.
Les Etats membres travaillent activement à cette stratégie et je pense qu’il y a un consensus en faveur d’un programme concis, réaliste et vraiment adapté au contexte des Etats membres de la francophonie. En ce qui concerne la Canada nous souhaitons, dans nos futurs débats, promouvoir la notion de libre accès au marché et souligner l’importance du secteur privé en matière de développement. En d’autres termes, la francophonie doit permettre de discuter sérieusement des questions d’économie et de coopération internationale.
Je voudrais pour terminer revenir sur deux sujets qui me paraissent essentiels :
> La francophonie ne doit pas être une organisation tournée vers le passé ; elle doit résolument regarder vers l’avenir et quand je parle d’avenir, je parle de croissance dans une économie numérique mondiale mais aussi dans une économie verte. N’oublions pas que « francophonie » rime avec « millions de jeunes ». Le sommet de Dakar aura d’ailleurs comme thème transversal la jeunesse. Par conséquent, l’environnement, l’économie verte, les aspects numériques me paraissent des thèmes-clé à aborder au sein de la francophonie car ces thèmes sont essentiels pour les jeunes d’aujourd’hui et pour leur avenir.
> En 2014, on ne peut pas parler de développement ni promotion du rôle du secteur privé sans parler de gouvernance et de transparence. On peut certes craindre d’alourdir les débats, mais quand on voit tout ce qui a pu être accompli au sommet de Kinshasa, je pense qu’il n’est pas trop ambitieux d’envisager l’examen de ces problématiques au prochain sommet de Dakar.

Propos recueillis par P.L.

Photo : Martin van der Belen