Championnes d’aujourd’hui et de demain

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De Lemba à Rio :
Rose défendra les couleurs du Congo aux JO !

Il est bientôt 17h lorsque l’équipe de Taekwondo arrive dans une salle des fêtes qui sert de lieu d’entraînement, située à Limete à Kinshasa. Toutes et tous assemblent au sol les tapis de mousse qui feront office de tatami. Ces athlètes figurent parmi les meilleurs éléments de Kinshasa et de RDC. Parmi eux, une jeune femme de 19 ans aux cheveux longs et au regard doux.

Derrière un calme apparent et une voix posée, se cache pourtant l’une des meilleures chances de médaille congolaise aux Jeux Olympiques qui se dérouleront en août prochain à Rio de Janeiro au Brésil ! Rose Keleku se mue en effet en véritable « guerrière » une fois le kimono sur les épaules. Celle qui a remporté le Tournoi qualificatif de Taekwondo pour la zone Afrique en février dernier au Cap-Vert « aime par dessus tout le combat. C’est ce qui me plaît dans ce sport.

À travers ma pratique, j’ai aussi la chance de pouvoir voyager à travers le monde ». Des Championnats d’Afrique en Tunisie, Madagascar ou Lybie aux Championnats du monde au Mexique et en Russie, Rose parcourt les continents et rafle les médailles.

Championne de RDC depuis 2010, victorieuse de la Coupe du monde francophone en 2014 à Dakar, cinq fois championne d’Afrique centrale dans sa catégorie des -49kg, son palmarès impressionne déjà. Elle a 12 ans lorsque, « par hasard », elle découvre le Taekwondo dans son quartier de Salongo Léopard dans la commune de Lemba à Kinshasa, où elle vit toujours. Très vite, ses qualités sont repérées et Rose Keleku s’impose comme l’une des plus douées de sa génération. « Elle est encore très jeune et a une forte marge de progression » précise Edgard Mayemba, entraîneur national. Après avoir obtenu en 2015 l’Examen d’État, Rose a mis entre parenthèses ses études à l’Institut supérieur pédagogique de la Gombe pour se consacrer pleinement à la préparation des JO. « Je suis actuellement un programme spécifique. C’est parfois dur mais je sais que ces sacrifices sont nécessaires ». Avec un seul objectif : « faire un podium à Rio ! »

Christelle, vice-capitaine de l’ASV Club Basket :
« Gagner la Coupe d’Afrique des Clubs »

Ce samedi après-midi, sur le terrain du Stade des Martyrs, l’équipe féminine de basket de l’Association Sportive Vitoria (ASV) Club de Kinshasa remportait sans trembler son match face à Arc-en-Ciel, club également renommé de la capitale. Championnes du Congo en titre, les joueuses du « Vita » ont fait respecter la logique. Christelle Nsimba Nkwangu en est la vice-capitaine depuis un an. Sur le parquet, en l’absence de la capitaine, blessée, sa sérénité et son intelligence du jeu font d’elle une leader affirmée. L’ailière constituera l’un des meilleurs atouts de l’équipe lors des phases éliminatoires de la Coupe d’Afrique des clubs qui se dérouleront de l’autre côté du fleuve en août face à des équipes de République du Congo, du Cameroun, du Tchad, de Guinée-Bissau, de République Centrafricaine ou encore du Gabon. Christelle a pourtant découvert le basket sur le tard, « à 16 ans. Dans mon quartier de Matete, il y avait un demi-terrain sur lequel jouaient mes amis. Le jeu m’a tellement plu que je me suis inscrite dans l’équipe locale, La Concorde ». C’était en 2006.

Ensuite, ses talents ont été repérés par le Basket Club Hatari (Limete) qui la recrute en 2009. Elle joue alors à ses premiers matches de première division. Parallèlement, la jeune femme de 25 ans poursuit ses études : « j’ai arrêté de jouer pendant un an pour obtenir ma licence en communication des organisations à l’Unikin en 2014 ». Elle rebondit cette même année à l’ASV Club, entraîné par Ade Koko, ancien joueur professionnel aux 19 sélections nationales.

Depuis, le club enchaîne les performances « mais sans pression » assure Christelle. Avec l’objectif quand même « de conserver le titre national et de remporter la Coupe d’Afrique ».

Celle qui, en dehors du basket, « aime la musique et passer du temps en famille », espère aussi pouvoir « jouer un jour dans un grand club d’Afrique ou d’Europe ».

À 15 ans, Ketia joue déjà au plus haut niveau !

Elle a encore les traits d’une jeune adolescente mais se mesure déjà à ses aînées de 10 ans de plus qu’elle. Elle vient de souffler ses 15 bougies et sur le terrain, son adresse et sa capacité à diriger le jeu impressionne les plus aguerries aux joutes de la première division féminine de basket. Au sein de l’ASV Club, elle occupe naturellement le poste de meneuse. Aujourd’hui scolarisée en 4ème année au lycée Boyokani situé dans la commune de Kalamu à Kinshasa, Ketia a commencé le basket en 2013 : « en face de chez moi, il y avait un terrain sur lequel j’ai commencé à jouer avec ma petite sœur et des amis ». Son objectif est évidemment de progresser pour « devenir une star du basket ! »

Christelle, capitaine des Léopards juniors de handball :
« Apporter la Coupe du monde au pays ! »

À l’entraînement, elle porte fièrement le maillot du « Tout-Puissant Mazembe », l’équipe phare de football de Lubumbashi. Comme pour ne pas oublier ses racines du Katanga où elle a vécu jusqu’à cette année. À 17 ans, Christelle Lenge vient de vivre son premier transfert, vers le club de handball Héritage-Vainqueurs de Kinshasa, entraîné par Guy-Alain Kanoha. Capitaine de l’équipe junior («Vainqueurs»), elle mène aujourd’hui ses coéquipières en haut du classement de première division devant… l’équipe senior du club (« Héritage ») ! Un paradoxe qui n’en est pas un pour les connaisseurs, tant le club de Kinshasa regorge de talents.

À l’instar de Christelle, qui, sur le terrain, joue naturellement en pivot, poste aussi central qu’exposé au handball. Son histoire avec ce sport commence lorsqu’elle a 13 ans : « des amis pratiquaient le handball et m’ont emmenée un jour à leur entraînement. J’ai adoré et je me suis alors inscrite en école de hand ». Très rapidement, elle s’impose dans son club de Nuru, à Lubumbashi, jusqu’à être sélectionnée en 2014 en équipe nationale junior. Elle est aujourd’hui capitaine de l’équipe des jeunes Léopards qui disputera cet été la Coupe du monde cadette ! « Je ne me mets pas trop de pression. J’assume mes responsabilités sur le terrain ». Un trait de caractère qui force le respect pour celle qui « souhaite apporter la Coupe du monde au pays et beaucoup de médailles ! ». Quant à son avenir, Christelle ne cache pas ses ambitions : « passer professionnelle et vivre de ma passion ». Quant à sa reconversion, elle aimerait «travailler dans le secteur médical».

D’ici là, sa carrière de handball semble toute tracée, à l’image de Lydia Musonda, internationale congolaise évoluant actuellement au club Mikishi à Lubumbashi et dont elle est une fervente admiratrice.

Micky et Marcelat
« La victoire au bout des gants ! »

Micky Ndaya, 22 ans, deux fois vice-championne d’Afrique en poids mouche et Marcelat Sakobi, 21 ans, championne du Congo en poids léger, représentent la boxe congolaise au plus haut niveau. Les deux athlètes lancent un message aux autorités fédérales et aux sponsors pour les soutenir et promouvoir leur sport auprès des jeunes filles. Entretien croisé.

Impact : Comment avez-vous découvert la boxe ?

Marcelat Sakobi (M.S): Je faisais de l’athlétisme et lors de mes sorties de course à pied, des amis boxeurs venaient courir avec moi. Ils m’ont intéressée à ce sport et en 2014, j’ai commencé à m’entraîner avec eux au Boxing Club de Livulu à Kinshasa.

Micky Ndaya (M.N): Je suis de Mbuji-Mayi et j’aimais bien jouer avec les garçons étant petite. J’avais 10 ans en 2004 quand j’ai découvert la boxe. Désormais, je suis installé à Kinshasa et je m’entraîne au club Jeune Ami Boxing à Masina.

Vous êtes très jeunes mais avez déjà un beau palmarès !

M.S: C’est vrai que j’ai commencé il y peu de temps et j’ai remporté le titre de championne du Congo en 2015. Je n’ai pas participé à la Coupe d’Afrique organisée cette année au Cameroun faute de moyens mais en décembre, j’espère conserver mon titre et défendre mes chances sur la scène continentale. J’espère un jour pouvoir gagner la coupe d’Afrique, voire du monde !

M.D: J’ai été deux fois vice-championne d’Afrique, en 2010 et 2011 et suis triple championne du Congo, en 2010, 2011 et 2015. Mon objectif est de pouvoir vivre de la boxe.

La boxe féminine est peu médiatisée. Qu’est-ce qui vous attire dans ce sport ?

M.S: J’aime l’adversité et je suis pour l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est la difficulté que j’aime affronter. Ce que les hommes font, je veux pouvoir le faire !

M.D: La boxe est une véritable passion et je la vis comme une profession. Je souhaite pouvoir en faire mon métier même si pour le moment les moyens manquent.

Quel serait votre message pour promouvoir la boxe féminine ?

M.S: J’ai l’amour de ce sport et j’encourage toutes les filles à venir s’y essayer. Ce n’est pas réservé aux hommes et c’est un sport vraiment agréable à pratiquer. Malheureusement, les filles sont un peu négligées. Je m’entraîne tous les jours de 6h30 à 8h. J’aimerai que nos fédérations et des investisseurs privés nous aident davantage, dans nos clubs, par l’achat de matériels notamment.

M.D: C’est vrai que le haut niveau demande un fort investissement, avec des entraînements rigoureux tous les jours. Nos moyens sont très limités. Nous sommes parfois découragées et je souhaite que nos autorités nous considèrent davantage. Cependant, à mes amies, je dis qu’il ne faut pas négliger la boxe et persévérer !

Propos recueillis par TP

Photo : Thomas Poirier