Dans sa riche diversité, la culture de la RDC fait parler d’elle dans le monde

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Impact : Vous êtes à la tête du ministère de la Culture et des Arts depuis avril 2012. Quel bilan tirez-vous de ces années ?
Banza Mukalay Nsungu : La première action a consisté à mettre de l’ordre dans les services du ministère. J’ai participé à différentes manifestations aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. J’ai fait adopter par le gouvernement la déclaration de politique culturelle de la République démocratique du Congo. À ce jour, le pré-projet de loi portant Politique culturelle nationale est élaboré et se trouve déjà sur la table du gouvernement pour son adoption et sa transmission au parlement.

J’ai organisé avec succès la IVème Conférence des ministres de la Culture des États membres de l’Union africaine au cours de laquelle j’ai été élu président pour un mandat de deux ans. J’ai participé à Luanda au Forum panafricain co-organisé avec l’UNESCO sur le thème «La culture de la paix par la culture» en présence d’un important panel d’experts.

Autre objectif : la réorganisation de la Société Congolaise des Droits d’Auteur et des Droits Voisins (SOCODA). Plusieurs réunions ont été organisées les 2, 3 et 5 février 2013 pour harmoniser son fonctionnement. En faisaient partie les anciens membres de la SONECA et ceux de la SOCODA.

À l’issue des travaux, un conseil d’administration a été créée, composé de 33 administrateurs et d’un président secondé de huit vice-présidents. Peu de temps après, la République démocratique du Congo ayant déposé les actes de ratification de l’acte uniforme de l’OHADA, la nouvelle société a dû s’y conformer. C’est alors qu’une fronde suscitée par certains administrateurs a conduit à l’élection d’un nouveau président du conseil d’administration. Nous avons alors été confrontés à un dualisme des conseils d’administration jusqu’à la convocation des assemblées générales extraordinaire et ordinaire des 14, 15 et 16 juillet 2015, qui a procédé à l’élection de douze administrateurs composant à ce jour le seul Conseil légal et légitime de la SOCODA.

Sur un tout autre registre, j’ai organisé, avec le secrétariat général de la culture et des arts, des séminaires-ateliers à travers le pays ayant pour objectif de faire prendre conscience aux artistes de la nécessité de transformer les associations culturelles en entreprises créatives pour faire de la culture un pilier de développement durable selon la résolution des Nations-Unies, consécutive à une initiative de l’UNESCO.

J’ai participé à deux éditions du Festival Panafricain de la Musique (FESPAM) à Brazzaville où la musique de la RDC a été primée.

J’ai institutionnalisé la reconnaissance nationale du Prix du mérite artistique et culturel. Cette reconnaissance vaut pour les vivants comme pour les morts. Certains artistes encore en activité ont déjà été recompensés. Dans le même ordre d’idées un grand projet de devoir de mémoire collectif «banganga bakende» est en cours pour célébrer ceux qui sont partis sans être honorés. Pour n’en citer que quelques uns, nous avons organisé la commémoration des artistes comme Rochereau Tabu Ley, King Kester Emenaya, et Franco Lwambo Makiadi.

S’agissant de la première édition du Prix National du Mérite de la Culture et des Arts (PNMCA), une grande cérémonie de remise des diplômes a été organisée pour les artistes, écrivains et opérateurs culturels qui se sont distingués au cours de ces vingt dernières années. Bientôt, le Président de la République, Grand Chancelier, va décerner les médailles du Mérite des arts, sciences et lettres aux lauréats.

Notre pays a participé à la conférence sur la convention de la diversité des expressions culturelles à Paris, au siège de l’UNESCO, en juin 2015.

De même, il était représenté aux réunions de l’assemblée générale de l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle à Genève, en octobre 2015.

Mon ministère participe aussi, depuis 2012, aux différentes manifestations du festival de Gungu.

J’assiste également aux différents vernissages. Je m’emploie à réhabiliter les musées nationaux et à les faire connaître.

Le service spécialisé «Réseau Lecture pour Tous» (RLPT), a été encouragé à s’implanter dans des coins reculés, à l’exemple de la biblio-antenne de Bibua.

La présidence du Centre International de Civilisation Bantou (CICIBA), revient à la République démocratique du Congo. Le Professeur Antoine Manda Tchebwa Tshiamalu en est le directeur général.

Nous sommes représentés au conseil d’administration du Centre International de Recherche et de Documentation sur les Traditions et Langues Africaines (CERDOTOLA), par la directrice de Cabinet du ministre de la Culture et des arts en qualité d’administrateur.

J’ai créé le Comité Consultatif National (C.C.N), chargé de la protection des biens culturels en cas de conflits armés. Nous avons lancé les premières journées nationales du manuscrit, unanimement appréciées.

Nous avons patronné le séminaire atelier sur la question des droits d’auteur et droits voisins en RDC avec le partenariat de la représentation de l’UNESCO à Kinshasa.

Les archives nationales, jadis service spécialisé, ont été transformées, par décret, en établissement public à autonomie financière et administrative.

Quels sont les principaux enjeux en matière de patrimoine et de culture en République démocratique du Congo ?
Il y a lieu de distinguer le patrimoine culturel matériel du patrimoine culturel immatériel qui est immense. Une commission a été mise en place pour le recensement, la protection et le classement de ces biens.

Quels sont les principaux axes de la politique culturelle du gouvernement congolais ?
J’ai retenu les axes stratégiques suivants :

– Refondation du ministère de la Culture et des arts : actualisation des mandats des établissements sous sa responsabilité et évaluation en profondeur du financement public et privé de la culture ;
– Création d’un cadre juridique adéquat et incitatif à la venue de nouveaux acteurs du développement culturel ;
– Émergence d’une nouvelle économie de la culture par la mise en place de mesures d’accompagnement adaptées, permettant à chacun de vivre de son art ;
– Décentralisation de l’intervention culturelle publique, en partenariat avec les provinces et les entités territoriales décentralisées ;
– Renforcement des capacités des milieux artistiques et culturels par l’accroissement des compétences professionnelles et la structuration des filières ;
– Connaissance et suivi de l’évolution des secteurs et des filières, par la mise en place de programmes de recherche et la production de statistiques culturelles ;
– Développement de la conscience collective de l’importance de la sauvegarde du patrimoine, des archives, des œuvres et biens culturels ;
– Instauration de processus participatifs permanents dans la gouvernance de la culture par la création de cadres consultatifs représentatifs ;
– Valorisation et promotion des artistes et de leur production auprès du public national et international.

Une cité de la culture est en chantier qui regroupera l’Institut national des arts et l’Institut des musées nationaux du Congo.Pourriez-vous nous en dire plus sur ce projet ? Quels sont les principaux partenaires du gouvernement congolais ?
Le gouvernement va construire plusieurs immeubles sur la place Tembe na Tembe. Il s’agira, notamment, du musée d’art moderne de Kinshasa, fruit de la coopération bilatérale entre la République sud coréenne et notre pays dont les travaux seront lancés au cours du premier trimestre 2016 et exécutés par la Koïca.

Les talents congolais sont légion. La rumba fait vibrer le continent depuis des décennies, l’exposition parisienne « Kongo Kitoko, Beauté Congo » met en lumière l’incroyable créativité des plasticiens du pays. Et pourtant les artistes se plaignent régulièrement de ne pas pouvoir se produire à l’étranger. Qu’est-ce qui explique cette faible mobilité internationale ?
Le potentiel culturel congolais, dans sa diversité, ne doit pas être négligé. La rumba est dansée en Afrique, à Cuba, en Amérique latine et ailleurs. Les préparatifs pour son inscription au patrimoine immatériel national et de l’humanité sont en cours. Dans sa diversité, la culture du Congo fait parler d’elle aux quatre coins du monde.

Plusieurs expositions ont été réalisées par des citoyens congolais, pas seulement à l’extérieur mais aussi et surtout à l’intérieur. Il reste que la faible mobilité de nos artistes est due, notamment, au statut juridique de leurs groupes qui sont des associations sans but lucratif, et qui manquent de structures et de projets.

Il faut ajouter à cela un phénomène, appelé «combattant» qui s’est installé dans certains pays d’Afrique et d’Europe par manque de tolérance et de culture politique. Le gouvernement de la République, dans sa diplomatie bilatérale et multilatérale, travaille pour que nos artistes puissent se produire à l’étranger en toute quiétude à l’avenir. Ajoutons enfin, la compléxité des procédures d’obtention des visas.

Propos recueillis par CR

Photo : Gédéon Mukendi