Denis Kambayi Cimbumbu

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Impact : Monsieur le ministre, ma première question ne vous étonnera pas. Les Léopards ont remporté récemment le Championnat d’Afrique des Nations. Quelle signification accordez-vous à cette victoire ?

Denis Kambayi Cimbumbu : C’est d’abord la fierté de tout un peuple. Je vous rappelle, en effet, que cette coupe a été remportée à Kigali et qu’elle a été remise au capitaine des Léopards par le Président Paul Kagame, dans un stade de 25.000 places occupé par une majorité de Congolais de Goma et de Bukavu.

C’est aussi l’issue d’une compétition qui a transcendé la CPGL en général (Communauté Economique des Pays des Grands Lacs – NDLR) et la RDC en particulier. J’en veux pour preuve que depuis lors, la frontière entre le Rwanda et la RDC, à Gisenyi et Goma, est restée ouverte quasiment 24 heures sur 24.

Enfin, ce fut la coupe de la mobilisation pour les Congolais, non seulement dans leur pays mais aussi à Paris, à Bruxelles et dans d’autres grandes capitales européennes.

Du point de vue du ministre des Sports, quelle est la prochaine étape ?

En dehors du football, je veux étendre l’horizon sportif de notre jeunesse. Dans la perspective des Jeux olympiques de Rio de juin 2016, je souhaite notamment rallumer la flamme de plusieurs disciplines tout en faisant en sorte que la RDC reste dans la cour des grands en matière de football.

S’agissant des disciplines, quelles sont celles sur lesquelles la RDC peut compter pour s’illustrer ?

Le football, tout naturellement. Mais je voudrais aussi relancer le handball, le taekwondo et le cyclisme, notre pays accueillant désormais des sportifs d’Afrique mais aussi d’Europe dans le cadre du Tour de RDC. Au-delà de ces quatre disciplines, je souhaite promouvoir le basket, la boxe (la RDC ayant de grands pugilistes installés dans le monde entier), enfin le judo, qui va bénéficier d’une nouvelle fédération.

Parlons justement des fédérations sportives. Combien en dénombrez-vous dans le pays ?

Une vingtaine depuis que nous avons adopté une loi sur le sport pour encadrer les pratiques sportives au niveau national. Je précise que cette loi remonte à 2011. C’est dire qu’il a fallu un demi-siècle après notre indépendance pour que nous nous dotions d’une vraie politique en la matière. Nous avons demandé aux différentes fédérations de se mettre en conformité avec ce texte. À ce stade, seule une dizaine l’ont fait. Il reste donc beaucoup à faire, car on assiste à l’émergence de nombreuses disciplines telles que l’escrime, le kick-boxing… Certes, compte tenu des moyens disponibles, nous devons avancer progressivement car il faut tenir compte du financement des infrastructures et de l’encadrement sanitaire.

S’agissant justement des infrastructures, qu’allez-vous privilégier ?

La priorité sera donnée aux disciplines de masse, à savoir le football. Aussi encourageons-nous la construction de stades municipaux pour que le football reste un sport pratiqué par le plus grand nombre dans les 26 nouvelles provinces que compte désormais la RDC. Mais nous avons aussi des concepts de palais des sports pour lesquels un dialogue avec les partenaires techniques et financiers sera bienvenu.

Pour ce qui est du partenariat, y a-t-il justement des soutiens d’entreprises, des canaux de financement pour certaines fédérations ?

C’est là que le bât blesse. Jusqu’à ce jour, l’essentiel des financements provient du gouvernement. Depuis ma prise de fonctions, en septembre dernier, j’ai donc orienté nos réflexions vers le partenariat avec certaines ambassades, s’agissant d’apports en formations ou d’appuis à l’encadrement de certaines disciplines.

Pour ce qui est des entreprises locales, elles ont malheureusement tendance à privilégier le secteur culturel. Il est vrai que la réputation de nos artistes, chanteurs et musiciens, n’est plus à faire. Aussi ai-je décidé d’inviter plusieurs responsables de grandes entreprises pour les sensibiliser à la nécessité de soutenir financièrement le sport. Car tout ce qui se fait de bien et de grand dans le monde, je pense notamment au football, se fait avec du « sponsoring ».

Revenons aux infrastructures, notamment les stades municipaux. Les voyez-vous comme des lieux pour rassembler la jeunesse et parachever l’émergence d’une nation ? Quid des grands stades historiques de Lubumbashi, de Mbuji-Mayi, de Matadi ? Leur restauration n’est-elle pas une première étape vers une candidature de la RDC à un événement régional ou continental ?

C’est parfaitement vrai. Ce à quoi nous avons assisté au Rwanda nous a ouvert les yeux. Des mini-stades ont accueilli un grand championnat, le CHAN. Le plus grand stade, celui de Kigali, n’a que 25 000 places. Ici, notre plus grand stade, celui des Martyrs à Kinshasa, peut accueillir plus de 80 000 personnes. Et nous réhabilitons des stades d’une capacité de 45 000 places comme celui de Tata Raphaël. Nous avons donc les moyens d’une ambition régionale d’accueil d’une grande compétition sportive africaine.

Le deuxième point que vous avez évoqué fait référence à la campagne de civisme sportif que j’ai initié sur le thème : « Le sport unit ». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai du mal, en ma qualité de ministre des sports, à me limiter à mon camp politique. En effet, le ministre des sports, c’est un ministre rassembleur, un ministre passe-partout, c’est l’église au milieu du village. D’ailleurs, que vous soyez de l’opposition ou de la majorité, lorsque votre équipe nationale gagne une grande compétition internationale, c’est le pays tout entier qui gagne. Et si vous êtes dans la tribune, vous embrassez votre voisin sans savoir s’il est de votre parti ou de l’opposition.

J’ajoute que si le ministère des Sports apparaît à un rang modeste dans l’ordre protocolaire du gouvernement, c’est un portefeuille de toute première importance dans la mesure où il a vocation à contribuer à l’encadrement de la jeunesse, qui est l’une des forces les plus importantes de ce pays. En d’autres termes, il s’agit d’un ministère de rassemblement, d’unité, le but étant de mettre la jeunesse congolaise en position d’être l’une des plus sportives, des plus performantes. Regardez ce qu’il s’est passé lors de la finale de Kigali : c’est tout un peuple uni qui a chanté notre hymne national, tout un peuple qui a soutenu ses joueurs, sans distinction politique ou de croyance.

Revenons au sponsoring. Au niveau des équipes, y compris nationales, il y a un déficit de soutien financier, voire d’équipements. Comment voyez-vous les choses ? Une marque ? Un partenariat ? Sous quelle forme ?

Le Premier ministre m’a effectivement demandé de travailler dans cette direction. Car il est vrai que beaucoup d’équipes nationales, au moins une vingtaine de fédérations, s’équipent et s’habillent sans aucune logique d’ensemble. C’est la raison pour laquelle j’ai constitué un groupe de travail avec des responsables de la primature et des membres de mon cabinet pour réfléchir sur le choix des marques, et des équipementiers susceptibles d’accompagner toutes les équipes nationales : football, judo, basket… L’idée serait d’échanger les dons, l’assistance, l’accompagnement au sens large, contre de la publicité à grande échelle. C’est la seule façon d’agir, compte tenu d’un budget qui, naturellement, ne revêt pas la même urgence que celui de la défense ou de l’éducation par exemple. Donc l’accompagnement extra budgétaire est essentiel et c’est ce à quoi je m’emploie.

Je voudrais aussi faire appel à la coopération avec les pays étrangers, d’autant que beaucoup de sportifs congolais y vivent. Un exemple amusant: j’ai organisé, en début d’année, une rencontre de catch au stade Tata Raphaël. Certains sportifs venaient de France ; l’un d’entre eux, Congolais, a même combattu sous les couleurs de la France! Je compte bien poursuivre cette expérience et créer un pont entre sportifs congolais de la diaspora et sportifs vivant au pays. Prochain rendez-vous de ce type : en juin prochain.

Terminons, si vous le voulez bien, par la prochaine grande échéance mondiale, celle de Rio. Comment l’envisagez-vous ?

Je vais bientôt organiser une grande réunion avec notre Comité olympique. Ce n’est qu’à ce moment-là que je pourrai vous dire avec précision le nombre d’athlètes congolais qui seront engagés et les disciplines concernées.

Propos recueillis par PL

Photo : Gédéon Mukendi