Des chirurgiens de l’espace francophone pour soigner la fistule obstétricale

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La fistule obstétricale consiste en la perte incontrôlée des urines causée par une communication anormale entre l’appareil urinaire et ou digestif et le canal vaginal. Cette maladie est douloureuse psychologiquement et mentalement notamment à cause de ses conséquences sociales.

 

Contrairement aux idées reçues la fistule est principalement due au manque ou à la mauvaise qualité des soins obstétricaux et néonatals d’urgence (SONU). Une enquête réalisée en 2012 par l’ONG AMDD en collaboration avec l’Ecole de santé publique de l’Université de Kinshasa a estimé la couverture en SONU en RDC à 5,8 %. L’indice de fécondité, qui demeure très élevé en RDC avec 6,8 enfants par femme, le mariage précoce, la faible prévalence contraceptive sont des facteurs déterminants de la fistule obstétricale. Malgré le taux important de consultations prénatales, la mortalité maternelle demeure toujours élevée, 15 % des grossesses se terminent par des complications obstétricales dont la prise en charge correcte est très faible entrainant des fistules dans de trop nombreux cas.

Ayant adhéré à la campagne de l’élimination de la fistule obstétricale lancée au niveau mondial par le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et d’autres partenaires, les autorités congolaises ont réalisé un état des lieux afin de déterminer l’ampleur de ce problème en 2005 avant de lancer une campagne de prévention et de soins en 2006. Le rapport de cette étude avait fait état de 3.837 cas de fistules identifiés dans 6 provinces sur 11 (cela prenait en compte l’ancien découpage administratif). L’étude avait identifié des facteurs favorisant les fistules comme les mariages précoces et les grossesses précoces qui sont souvent liés, l’inaccessibilité aux soins obstétricaux et néonatals d’urgence, la faible utilisation de la planification familiale, les violences sexuelles et basées sur le genre ou encore la pauvreté.

D’après les données récentes, il y aurait entre 5.000 et 7.000 cas de fistule par an en RDC, ce qui est de très loin supérieur à la moyenne annuelle de réparation qui dépasse rarement les 2.000 cas. La fistule obstétricale constitue donc un important problème de santé publique et, malheureusement, la réponse fait face à d’importants défis liés notamment au manque de ressources. La nécessité d’un bon équipement et de matériel adapté est nécessaire pour une meilleure prise en charge de la fistule obstétricale. Il faut également développer les formations médicales capables d’offrir les services de prise en charge médicale de la fistule  et favoriser l’identification des femmes souffrant de la fistule, ce qui n’est pas aisé car la plupart d’entre elles vivent dans les milieux ruraux difficilement accessibles.

 

 

 

 

 

 

 

Le traitement de la fistule est essentiellement chirurgical et exige une dextérité particulière de la part des médecins appelés à faire ce genre d’interventions chirurgicales. Il y a lieu de noter qu’après la chirurgie un accompagnement psychologique et social est plus que nécessaire pour une bonne réinsertion sociale de ces femmes qui avaient souvent perdu leur dignité et avaient pu être stigmatisées. En dépit de ces défis, le sourire a été redonné à plusieurs milliers de femmes ces dernières années. En effet, des experts congolais, français ou sénégalais ont participé à des campagnes d’opérations et se sont personnellement impliqués pour transférer leurs connaissances aux médecins intéressés par ce problème.

Depuis 2014, le FNUAP  a fait bénéficier à de jeunes médecins congolais de l’expertise d’experts de plusieurs pays  qui, en plus de leur pratique chirurgicale, animent des discussions scientifiques au cours de symposiums organisés à la fin de chaque campagne de réparation. Le partage des expériences mais aussi la sensibilisation de la population, de la société civile et des cadres professionnels de la santé sur la problématique de la fistule obstétricale est en effet indispensable. Dans ce sens, une formation diplômante est en cours de préparation par la faculté de Médecine de l’Université de Kinshasa. Il faut également continuer de renforcer l’offre des services et le rôle des sages-femmes pour la prévention de la fistule.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans cette dynamique qu’en mars 2017 une matinée scientifique autour de la campagne contre la fistule obstétricale a été organisée dans la salle polyvalente de l’Institut Français de Kinshasa. Ce symposium se tenait à la suite d’une campagne d’opération menée avec l’appui du FNUAP qui avait fait venir des chirurgiens français à la retraite. Ainsi, le Professeur Alain Le DUC,  Ancien Doyen de la Faculté de Médecine de l’Université Paris VII, le Professeur Claude DUMURGIER, Médecin général des Armées, le Professeur Ludovic FALANDRY, Chirurgien des hôpitaux des Armées accompagnés par le Professeur sénégalais Serigne Magueye et le Docteur Amar Mohamed LEMINE, Chirurgien expert international en Santé maternelle et néonatale, ont partagé leurs expériences et contribué au transfert de connaissances dans le domaine. Cette mobilisation d’acteurs étatiques et privés de plusieurs pays francophones tend à redonner la dignité à de nombreuses femmes qui ont trop longtemps souffert.

MB