Du concret pour l’enseignement

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«- As-tu vu Jeanine ces jours-ci ?
– Quelle Jeanine ? Cette jeune fille de seize ans habitant le village près de Ngandajika ?
– Oui, c’est bien elle.
– Ben non, je pensais qu’elle ne sortait plus après avoir quitté l’école.
– Mais pas du tout, elle va de nouveau à l’école, tu sais.
– A son âge-là ! Il est grand temps qu’elle songe à se trouver un mari pour avoir des enfants, non ?
– Ha ha, avoir des enfants, et puis ? Rester à la maison toute sa vie ?
– Elle sait déjà lire et écrire, qu’est-ce qu’elle va chercher de plus à l’école ?
– Eh bien, maintenant elle apprend un métier. Elle est dans la filière technique agricole.
– Ha ha ha ! Qu’est-ce qu’il y a à apprendre pour aller travailler dans les champs ? Qu’elle prenne sa houe comme toutes les femmes et elle arrivera bien à produire le manioc !
– Je vois bien qu’il y a des choses qu’il faut te faire comprendre. Savoir lire et écrire, c’est bien. Mais cela ne suffit pas. à l’école d’agriculture, Jeanine apprend les techniques modernes pour augmenter la productivité, savoir transformer et mieux conserver les produits des champs. Cela lui évite des pertes, lui permet de mieux vendre et de gagner plus d’argent.
– J’ai déjà entendu tout ça. Et après avoir payé des frais scolaires élevés pendant quatre ans, elle recevra un tout joli diplôme mais ne trouvera pas de travail, car tout le monde sait qu’elle n’aura appris que de belles théories mais qu’elle ne vaut pas grand chose sur le plan pratique. Ah ! Continue à rêver mon ami !
– Là, je dois te dire deux choses. D’abord, sache qu’un jeune homme ou une jeune fille qui sort d’une école technique peut se donner du travail à lui (elle)-même et évoluer en toute indépendance. De deux, je t’apprends qu’il existe maintenant un centre de ressources pour les écoles techniques. On y trouve tout le matériel qu’il faut pour organiser des cours pratiques. Les profs sont tous qualifiés ! Ils savent bien de quoi les entreprises ont besoin en termes de main-d’œuvre et ce qu’il faut pour créer sa propre micro-entreprise. Il suffit de voir les apprenants qui font des stages : ils font presque le même travail que les employés et il y en a qui sont tout de suite engagés après leur stage !
– Ah, ça alors ! Il y a encore de la place dans cette école ? »

Voilà un exemple des opportunités que méritent d’avoir beaucoup de jeunes Jeanine et de jeunes Jean en RDC. Pour mettre cette vision en pratique, la Belgique et la RD Congo ont renforcé leur partenariat en faveur de la formation professionnelle.

Appui à l’enseignement technique et à la formation professionnelle
Programmé sur quatre ans avec un budget de 6 millions d’euros, l’AETPF associe un soutien institutionnel au niveau national et l’appui aux écoles techniques dans les provinces éducationnelles du pays. Au moment où sa mise en œuvre, en partenariat avec le ministère de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel, touche à sa fin, il compte à son actif bon nombre de réalisations conjointes.
En effet, trente écoles techniques ont été réhabilitées et équipées à travers les trente provinces éducationnelles du pays. Un appui à la rénovation des bureaux de la direction de l’ETFP a été assuré ainsi que la mise en place d’un centre de ressources. à la demande de ses partenaires, le projet a également modélisé « l’Étude de transformation», document qui sert aujourd’hui de canevas stratégique au Ministère de l’EPSP. Des notes stratégiques de mise en œuvre de l’Approche Par Compétences (APC) ont été validées et un comité de pilotage en APC a été instauré. De nouvelles boîtes à outils du formateur ont été réalisées et une étude d’adéquation formation – emploi a été produite. Une Chambre des métiers et de l’artisanat a été mise en place.

Quatre programmes provinciaux d’appui à l’ETFP
Actuellement, la coopération belgocongolaise connaît une évolution significative. Afin d’assurer un meilleur suivi des projets et de leur donner davantage d’impact, les interventions du dernier programme de coopération bilatérale pour la période 2010 – 2013 se limitent à quelques provinces et districts du pays ainsi qu’à quelques secteurs jugés prioritaires dont l’ETFP.
Pour poursuivre la promotion de l’enseignement technique et de la formation professionnelle en RD Congo et assurer un appui stratégique au niveau national selon la nouvelle approche d’intervention, la coopération belge a consenti un budget de 47 millions d’euros. Quatre programmes sont ainsi financés dont quelques-uns en phase de préparation et d’autres en phase de démarrage. Dans le même temps, l’ambassade de Belgique, en étroite collaboration avec les autres partenaires techniques et financiers, travaille avec le ministère de l’EPSP pour renforcer le dialogue politique dans le secteur de l’éducation, et plus particulièrement dans le domaine de l’ETFP.
Les quatre programmes d’appui à l’ETFP sont prévus pour être déployés dans les provinces et districts suivants : Katanga (axe Lubumbashi – Likasi – Kolwezi), Kasaï Oriental (Mbuji-Mayi et ses alentours), Kisangani et Tshopo dans la province Orientale et les districts du Sud-Ubangi et de la Mongala dans la province de l’Équateur.
Cette concentration géographique va, on l’espère, permettre un travail plus approfondi ainsi que des synergies avec d’autres secteurs appuyés par la Belgique dans les mêmes zones, en particulier l’agriculture.
Répétons-le, les filières à soutenir ont été identifiées en fonction de leur importance pour le développement socioéconomique de la région. Les écoles seront mises en réseau pour que les investissements soient mis à profit non par un seul établissement mais par plusieurs. Elles bénéficieront de ressources telles que manuels didactiques, équipements techniques pour les travaux pratiques, matériel informatique, diverses expertises en lien avec la profession, formations pédagogiques, outils pour la bonne gestion administrative et financière… Une attention particulière sera accordée à l’insertion socioprofessionnelle des lauréats (trouver ou créer un emploi rémunérateur, digne et durable), aux aspects de promotion de la parité garçons – filles et à la protection de l’environnement.

Un appui stratégique au niveau national
Une Unité Conjointe d’Appui à la Gestion (UCAG – EPSP) facilitera le démarrage de ces interventions et leur bonne mise en œuvre. Ainsi, les nouveaux projets seront fortement appuyés dans les matières administratives et financières (ressources humaines, comptabilité, gestion des marchés publics…), ainsi que dans les orientations opérationnelles et stratégiques. Au niveau central une expertise institutionnelle en ETFP sera sollicitée pour servir d’interface entre les provinces et le niveau national (EDUNAT). Ainsi les expériences du terrain alimenteront les visions et stratégies nationales.

C’est tout ?
Eh non ! En plus des grands programmes de coopération bilatérale, des acteurs plus modestes de la coopération belge mettent en œuvre des actions plus ciblées. En RDC, il suffit de parler de l’enseignement technique agricole pour entendre mentionner VV OB. Cette association flamande a aidé le ministère de l’EPSP à élaborer les nouveaux curricula des six filières de l’enseignement technique agricole qui permettent l’intégration des cours pratiques. Elle a formé les formateurs de formateurs du service de l’inspection et a vérifié la bonne utilisation des nouveaux curricula.
A noter que VVOB cible également l’amélioration de la qualité de l’éducation primaire en réactivant les cellules de base et les réseaux de proximité dans les écoles primaires. Cinq modules de formation ont été créés pour appuyer l’inspection nationale. De même, des fiches ont été mises au point et actualisées pour accompagner l’inspection sur le terrain. Aujourd’hui, sur financement propre du gouverne ment congolais, le ministère de l’EPSP a décidé de multiplier les résultats VVOB dans le secteur de l’éducation au niveau primaire, dans la province expérimentale de Bandundu 2 et dans toutes les 29 autres provinces éducationnelles du pays.
De même, il suffit d’évoquer le rôle du ministère de la jeunesse et des sports dans l’enseignement technique et la formation professionnelle pour voir apparaître son partenaire fiable, l’APEFE (Association pour la Promotion de l’Éducation et de la Formation à l’Étranger). Cette association belge francophone appuie ce ministère pour faire revivre des centres de production agricole donnant aux jeunes défavorisés une opportunité de pratiquer un métier. Il suffit enfin d’aborder le sujet de la formation des jeunes en situation de handicap pour entendre le nom de Handicap International. Cette ONG belge a testé et promu plusieurs bonnes pratiques qui permettent à ces jeunes d’accéder à leur droit à une éducation et une formation inclusives. Et qui ne connait pas Via Don Bosco ? L’ONG a une longue histoire dans l’enseignement technique et la formation professionnelle pour les populations défavorisées comme les enfants de la rue. Elle les accompagne jusqu’à l’emploi ou l’auto emploi à travers notamment des bureaux d’emploi.

Le dialogue politique et l’impact ?
Une amélioration des services sur le terrain n’est durable que si elle s’accompagne de politiques publiques pertinentes. Pour ce faire, la Belgique s’est fortement engagée comme chef de file des partenaires techniques et financiers afin de renforcer le dialogue politique entre le gouvernement de la RDC et tous les partenaires, y compris la société civile.
Le groupe thématique de l’éducation est actif et accompagne les grands processus sectoriels comme le diagnostic (RESEN) et le développement de la stratégie sectorielle de l’éducation. Il comporte deux sous-groupes : le Comité de Concertation de l’EPSP (ComCon EPSP) et le Comité de Concertation de l’enseignement technique et de la formation professionnelle (ComCon ETFP). Le premier est très actif dans le suivi de la mise en œuvre du plan intérimaire de l’éducation ; il compte quatre groupes de travail : accès et équité, qualité, gouvernance et suivi budgétaire. Le second (ComCon ETFP) accompagne le plan d’action du gouvernement pour améliorer la gouvernance de l’enseignement technique et de la formation professionnelle.
Mais quel est l’impact de toutes ces structures ? Il est encourageant de constater qu’il y a déjà des résultats concrets en peu de temps. Tous les partenaires travaillent de plus en plus avec une vision commune et œuvrent aux mêmes objectifs. Les synergies sont donc réelles. Sur le plan international, ces efforts focalisés du groupe local de l’éducation ont été reconnus par l’acceptation de la RDC comme membre du Partenariat Mondial pour l’Éducation et l’octroi d’un premier don de 100 millions de dollars par le fonds de ce partenariat ! C’est un brillant résultat pour la RDC et tous ses partenaires et il faut espérer qu’il se traduise rapidement de façon concrète pour des millions d’enfants congolais.

Avançons !
En RDC, le chemin vers un enseignement technique et une formation professionnelle de qualité et accessibles pour tous est encore long. Nombreux sont les obstacles à surmonter. Il faudra un engagement soutenu et des investissements croissants de tous les acteurs concernés.
Notons qu’une diversité de programmes et d’acteurs de la coopération belge sont là pour accompagner ces efforts. Avançons ensemble !

Koen Van Acoleyen, Jan Bijnens et Félicien Kabasele Dishi

Photo : DR