Egypte et francophonie

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Grand pays arabe, l’Egypte est également membre de la francophonie au sein de laquelle elle a même, dans certaines occasions, adopté une attitude militante. Pouvez-vous nous en donner les raisons ?
Il est vrai que l’Egypte, pays arabe mais aussi anglophone, fait partie de la francophonie à qui elle a d’ailleurs « donné » son premier secrétaire général, Boutros Boutros Ghali. Je me rappelle que lorsque je travaillais à Paris, entre 1992 et 1996, l’OIF n’existait pas, mais nous avions une forte coopération avec ce que l’on appelait alors l’Agence de Coopération Culturelle, l’ACCT.
J’ai moi-même étudié dans une école française en Egypte (elles sont nombreuses, s’agissant notamment des établissements confessionnels), au même titre que ma mère qui avait fréquenté les établissements français avant la révolution de 1952. Les raisons de tout cela ? Tout simplement parce que l’Egypte a une tradition francophone qui remonte au XVIIIème siècle. La bourgeoisie égyptienne a toujours parlé français et longtemps la langue officielle, la langue parlée par les diplomates égyptiens, était le français.
Par conséquent, nous avons une forte tradition francophone. Même si c’est une période un peu confuse, l’arrivée de Napoléon en Egypte a constitué un tournant. L’ouverture du pays, l’arrivée de la modernité datent de cette époque. Même si les Français ne sont restés que trois ans, contrairement aux Britanniques qui sont restés beaucoup plus longtemps, l’empreinte française reste forte. Beaucoup de termes arabes utilisés en Egypte proviennent du français.

Nous sommes ici dans la « plus grande nation francophone » du monde. Quel est le sens de votre engagement en RDC ?
Les relations égypto-congolaises sont historiques. Elles remontent avant me^me l’indépendance de la RDC, l’Egypte ayant activement soutenu les processus de décolonisation, en appuyant par exemple Lumumba et ses amis. Notre ambassade a été ouverte dès l’indépendance et nous avons toujours entretenu des liens de coopération. Sur le plan politique, les deux pays se sont toujours soutenus mutuellement hormis de brèves périodes de tension.
En matière de coopération, je m’efforce de privilégier des projets ayant un effet positif sur les populations. Dans le domaine de la santé, par exemple, mais aussi en matière de formation professionnelle, notamment avec l’INPP. Nous contribuons ainsi, à notre niveau, à créer des opportunités d’emploi et donc à lutter contre le chômage.

Et sur le plan politique ?
Nous faisons partie de la MONUSCO. Nous avons près de 1200 militaires et policiers qui sont essentiellement déployés à l’Est. Ils font du bon travail. Nos forces spéciales ont eu aussi à travailler au Katanga pendant quelques semaines pour participer à la sécurisation de certaines zones.
Plus généralement, que ce soit aux Nations Unies ou dans le cadre de l’Union Africaine, l’Egypte fait partie des Etats qui défendent l’intégrité territoriale de la RDC, qui demandent aux pays voisins de la RDC de respecter son indépendance et d’arrêter leur soutien aux « forces négatives ». Notre engagement politique est donc amical et constant.

Propos recueillis par P.L.

Photo : Philippe Larrieu