« En avant ! » : la francophonie en action auprès des Casques Bleus

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Partenariat linguistique unique au monde, l’Institut Français de Goma s’est vu confier la mission de former ou de renforcer en français quarante agents de la MONUSCO.

Pour mener à bien cette mission, les enseignants de l’Institut Français de Goma ont été formés à l’enseignement du français militaire avec la méthode En Avant, une méthode qui a été conçue en étroite collaboration avec le ministère des affaires étrangères français, la direction de la coopération de sécurité et de défense, l’Organisation internationale de la Francophonie et l’ambassade de France en Éthiopie. L’objectif de cette méthode est d’offrir aux militaires un outil d’apprentissage du français spécifique à leur environnement professionnel.

Désormais, ce sont cinq groupes de niveau qui suivent chacun une session de 120h de formation à l’IF de Goma. Les cours ont commencé lundi 2 octobre 2017, pour se terminer le 11 avril 2018. Chacun des 40 apprenants passera alors un diplôme officiel de français (DELF), reconnu dans le monde entier, pour certifier de leur niveau en français suite à cette formation.

Ce projet pilote, pourrait être répliqué sur les différentes villes où se trouvent des contingents de la MONUSCO (notamment Bukavu, Kisangani, Lubumbashi, Kinshasa…).

 

Privilège des lecteurs d’Impact, voici un slam offert par microMEGA inspiré par sa résidence à l’IF de Bukavu

 

Vendredi 03 novembre 2017, 07h30’,

L’aérogare de N’djili est déjà débordante et bouillonnante,

L’air se remplit de désordre et de nervosité gênante,

La journée s’échauffe par la résonnance des réponses insolentes,

Plus les manœuvres sont lentes plus longue se révèle l’attente,

Et puis avec nos agents la corruption est toujours évidente,

Qu’elle soit patente ou qu’elle soit latente.

Chez nous la routine est un beau ménage de courage et de rage.

Après bien de tripotages, le décollage nous soulage,

Puis la tension se déstabilise pendant le planage,

Puisque l’avion est un drôle d’oiseau qui se plait à nous mettre en cage …

Après, comme on ne peut pas garder longtemps la tête dans les nuages,

C’est l’atterrissage, et le plaisir de nouveaux paysages !

Sur la terre congolaise ce vol est mon tout premier voyage,

À part mes rêves qui me promènent souvent dans notre village.

Goma, dans l’esprit d’un Kinois, c’est d’abord un magasin de fromages,

Une ville supermarché, avec des rayons pleins de vaches.

Comme je ne sais pas le swahili, j’appelle toutes les filles « Malaïka »,

Parce que complimenter les filles, ça sauve dans tous les cas.

Je filme les routes, les policemen m’arrêtent, commencement des tracas !

Mais comme je parle lingala, on négocie bien, merci à Mobutu !

À la tombée de la nuit je demande la traduction du mot « butu ».

La première fois que je vois le lac, il est en face de la montagne !

Une peur joviale me saisit pendant que l’extase me gagne !

Au-dessus de l’eau la ville est calme comme une campagne,

En face des flots la ville est belle comme une compagne,

Avec moi qui essaie de l’embrasser comme un mât de cocagne !

En voyant le lac bouger je suis resté immobile,

C’est comme si la terre me montrait ses côtés face et pile

En un seul battement de cils !

C’est vraiment pas facile de décrire ce qui nous fascine :

Le monde est un parc d’attractions, et les lacs sont ses divines piscines,

Et le Kivu est un lac qui vous fascine en vous redorant la fuscine,

Il est lourd et glauque, parce qu’il est plein de gaz à effet de plaire.

Puis c’est la traversée, moi quand j’ai le mal de mer je pense à ma mère !

Mais comme j’aime le salé je me laisse aller,

En regardant le lac je dois me rappeler

 qu’il faut ne surtout pas penser aux sirènes,

pour pas troubler cette paix sereine,

J’essaie de me concentrer à penser ne fut-ce qu’aux baleines !

Mes voisines ont dansé toute la nuit, sûrement pour garder bonne haleine.

À six heures du jour, on est à Bukavu, je découvre son sol foncé,

Comme arrosé par une éternelle rosée,

Je suis accueilli par les marques de l’Institut Français.

Puis c’est l’hôtel – nécessité d’être réparé par la quiétude ! –

Je bois dans ma solitude pour faire le plein d’études,

L’écriture est une attitude beaucoup plus qu’une habitude !

Depuis ma fenêtre la ville m’envoie tout son charme,

Calligraphie d’une architecture qui me désarme,

Le premier jour ça tire un peu, mais pas assez pour effacer le calme.

Je vois les toits de maison mêlés comme les yeux de mêmes larmes.

Le lac couvre la ville de sa fraîcheur essentielle,

Avec ses eaux qui se plaisent à mouiller les rideaux du ciel !

Les gens de Bukavu sont comme les gens de partout,

Y en a de pire comme y en a de meilleur,

Donc n’attends pas de moi que je te décrive la couleur de leurs cœurs !

Les filles aussi, t’en as de belles et t’en as de moches,

Mais t’as toujours ton sourire quand t’as l’argent dans les poches,

Comme partout et comme toujours.

Quand il pleut y a des endroits où tu pourrais pas faire un tour,

Parce que le sol dur donne naissance à une boue rebelle,

Têtue comme des neiges éternelles que rien ne dégèle.

Bukavu porte bien son nom qui commence par ‘‘bou’’,

Nous lui avons inventé un adage tout à fait faux, juste pour pratiquer les calembours :

À Bukavu, lorsque la vache nie, le bouc avoue,

Bizarrement ça jette plus de lumière sur l’expression « Bouc émissaire ».

À Bukavu, à la place de la côte il y a la botte,

Où jadis les colons et patriotes vivaient cote à cote.

À l’IF chacun m’accueille avec un sourire au coin de livre,

Parce que la lecture est notre grain de sel à tous, dans la joie de vivre.

Le premier jour de l’atelier, on commence par se présenter,

Puis on se partage des vers à la santé

Du jeune IFB qui exhale le parfum de pages jamais feuilletées !

Comme la vie ne tient qu’à un fil, vaut mieux rester connecté !

Tous les jours on commence par le tour de tables :

Bienvenue chez les enfants qui jouent sur des fables !

La poésie est l’art de rêver, il faut savoir négocier avec le marchand de sable.

‘‘Je m’appelle Microméga, parce que je voyage comme Gulliver,

Je ne suis pas souvent riche mais mon compte en banque de vers

N’est jamais à découvert.

Je ne suis pas votre « Mwalim »

Chacun est maître de ses rimes !

Donc on va essayer de mettre sur scène des génies de la rime,

Personnellement parce que j’adore Hitchcock.

Moi les proverbes je m’en moque, la preuve : je dors au premier chant du coq.

On travaille dans une salle de classe, bien équipée pour un travail estimé,

Mais comme on s’est enfermé  pour slamer

Il nous faut trouver des idées pour s’évader.

Je ne suis pas le prof, j’ai juste quelques astuces poétiques :

On apprend en écrivant car la vie est une pratique automatique. ‘’

Faiseur des mots et merveilles on a monté des tours automagiques !

Et comme on communique de la même façon l’entente est directe

La règle est unique, faut juste être poétiquement correct !

On a fait des mots-valises pour y conserver la matière grise,

On a fait du lourd car nos mot sont graves à cause de la crise,

Chacun de nous a des mots électriques qui vibrent avec maîtrise !

On a fait des jeux de mots mais sans épargner nos maux.

On a parlé de tangages du Congo et du quid de sa destinée.

On a les mêmes galères puisqu’on a la même monnaie,

Et nos enfants sont presque toujours soit mort-nés soit mal nés.

Mais on n’a pas voulu laisser l’espoir tomber en déconfiture.

Il faut savoir pratiquer l’écriture comme on va à l’aventure,

Observateur de la vie il faut prendre des captures

D’instants de bonheur présent pour décorer le futur !

Enfin le onze onze vers dix-huit heures onze,

Après une belle semaine de travail digne de bonzes

On est monté sur scène non pour des médailles de bronze

Mais par amour pour ce public qu’il faut toujours qu’on affronte !

On a fait tomber la pluie de pétale des mots qui font fleurir les rires,

Quand on s’aime on est témoins de la naissance de mêmes souvenirs

La vie n’a pas besoin d’être belle, il nous faut l’embellir

Il nous faut l’entretenir,

Si nous connaissons les lettres, c’est pour nous alphabénir.

Mais tant que les femmes aimeront les jolis mots qui font sourire,

Le slam aura de l’avenir !

microMEGA

le 09/02/18