Entretien avec Alain Gomis

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En tournée en RDC dans le cadre du Festival du film européen, le réalisateur Franco-sénégalais Alain Gomis a présenté le 23 juin à l’Institut français de Kinshasa, en première nationale, son dernier long métrage «Félicité», tourné en 2015 à Kinshasa.

Impact : Vous avez présenté dans le cadre du Festival du film européen, pour la première fois à Kinshasa votre quatrième long métrage «Félicité» tourné ici même. Comment s’est passé la rencontre avec le public Kinois qui s’identifie un peu à l’histoire racontée ?

Alain Gomis : J’avoue que l’avant-première de «Félicité» à Kinshasa était un franc succès. Une véritable rencontre, des fortes émotions. C’était une grande soirée extrêmement chaleureuse. L’ambiance sous la grande halle de l’Institut Français de Kinshasa était extraordinaire et ressemblait à celle que l’on peut vivre dans un stade de football. Les gens se reconnaissaient et reconnaissaient Kinshasa à travers le film.

Vous êtes français par votre mère et sénégalais par votre père, qu’est-ce qui vous a conduit en Afrique centrale, particulièrement à Kinshasa pour un film ?

J’ai été fasciné par le groupe Kasaï All Stars que je venais de découvrir. Il y a dans ce groupe une chanteuse Mwa Mbuyi dont la voix et les prestations m’avaient beaucoup séduit et inspiré. C’est par rapport à elle que j’ai construit le personnage principal du film. C’est ainsi que j’ai ressenti le besoin de me rapprocher de l’Afrique centrale afin d’avoir une vision transversale de cette région du continent africain. J’ai aussitôt pris contact avec mon ami Dieudonné Hamadi qui m’a orienté vers la boite de production Fixer Congo. La machine s’est vite mise en marche d’abord avec les visites dans les ballets, les compagnies de théâtre de Kinshasa et ensuite dans des castings. Nous avons rencontré Véro Tshanda presque par hasard. Une fille intelligente et charismatique qui, à l’issu des castings, a mérité le rôle de Félicité. Le tournage en soi s’est étalé sur un an.

Comment avez-vous choisi les personnages du film et que représente la femme africaine à vos yeux ?

À la base, je voulais rendre hommage à la femme, celle qui vit et élève seule ses enfants. Celle qui rend la vie possible, porteuse de la morale africaine. Je tenais également à faire la part belle à la beauté, à la dignité et à la fierté des habitants des quartiers populaires que l’on pointe toujours du doigt. Toutes ces envies ont constitué le fil conducteur du film.

Vous revenez d’une tournée dans le réseau de l’Institut français de la RDC et le Foyer Culturel de Goma, pensez-vous que le film est perçu de la même façon au Congo qu’à l’étranger ?

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que les spectateurs ont reçu le film. Beaucoup se sont reconnus à travers le personnage de Félicité autant qu’il y en a eu à l’étranger comme en Corée du Sud, en Inde. Ils sont nombreux à se reconnaître dans cette histoire surtout dans la partie onirique en rapport avec le mystique. Voir les spectateurs d’Asie et d’Afrique dévorer l’écran et s’identifier aux personnages du film, c’est assez surprenant.

Que retenez-vous de vos échanges avec les spectateurs de Goma, de Lubumbashi, les cinéastes, les étudiants de l’Académie des Beaux-Arts et de leurs visions des réalités de la ville telles que vous les avez peintes dans le film ?

Les échanges que j’ai eu à l’Académie de Beaux-Arts de Kinshasa étaient d’un grand intérêt pour moi et pour l’équipe de Fixer Congo. Les cinéastes et étudiants n’étaient pas forcément enchantés par mon regard sur la ville de Kinshasa, quoiqu’il soit réaliste et vrai pour le Kinois Lambda. Cette réaction est quelque peu ressortie à Lubumbashi où le public découvrait une autre image de Kinshasa en suivant le film. Les spectateurs étaient d’autant plus surpris que ce soit un étranger qui présente cette facette de la capitale.

Après «Félicité», y-a-t-il d’autres projets cinématographiques en vue à réaliser à Kinshasa ou en RDC ?

La priorité pour l’instant, c’est de promouvoir le film «Félicité». L’équipe de Fixer Congo continuera à organiser des projections en plein air au profit d’un large public. Sinon plusieurs collaborations sont en vue avec des jeunes cinéastes notamment autour d’ateliers réunissant également des professionnels de l’audiovisuel pour contribuer à la nouvelle dynamique d’un secteur en pleine croissance qui n’attend qu’à être outillé et soutenu.

Propos recueillis par CK

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