Entretien avec le Dr Oly Ilunga Kalenga, ministre de la santé

« Mettre fin à la fragmentation du système de santé »

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Impact : Monsieur le ministre, en guise de présentation, en quoi est-ce important d’être médecin pour diriger un ministère comme celui-ci ?

Dr Oly Ilunga Kalenga : Le fait d’être médecin témoigne d’un parcours, parmi d’autres, et la connaissance de l’univers médical est un atout majeur. Cependant ce qu’on attend d’un ministre de la santé, ce n’est pas d’être un médecin qui est au chevet du patient mais d’agir pour l’organisation d’un système de santé. Certes, on pourrait dire que le ministre se place au chevet du système de santé, mais le champ d’action et les enjeux sont très différents !

Pouvez-vous indiquer quelles sont vos priorités, actuelles, en tant que ministre de la santé ?

Mon action s’inscrit dans un plan stratégique pluriannuel, le programme national de développement sanitaire. Ce qui me parait essentiel pour la mise en œuvre de ce plan et sa cohérence, c’est de mettre fin à la fragmentation du système de santé et de le remettre sous le leadership du ministère.

À côté de cette institution, elle-même en pleine réforme, on rencontre une myriade d’agences, de coopérations bilatérales, multilatérales, d’ONG, qui sont tous des partenaires importants. Il est essentiel que l’ensemble de ces acteurs s’inscrivent dans le programme national de développement sanitaire, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas actuellement. La santé est un domaine multidimensionnel, multifactoriel, et les succès des uns sont nécessairement les succès de tous.

D’autre part, l’accent mis sur l’approche verticale, qui fragmente le système par thématique de santé publique, a aussi pour conséquence la perte d’une prise en charge holistique du malade. Une approche transversale qui met l’accent sur le lieu du contact entre le soignant et le soigné, ainsi que la qualité des soins, y compris dans les zones les plus reculées, doit redevenir la première priorité.

L’exemple du centre hospitalier Monkole, évoqué dans ce numéro, montre que l’on peut s’appuyer sur des partenaires privés pour s’inscrire dans une mission de service public. Comment voyez-vous la place que doit occuper le secteur privé dans le système de santé congolais ?

Nous rejoignons ici les quatre axes prioritaires que je me suis fixés. Premièrement : améliorer en qualité et en quantité les soins de santé. Deuxièmement : améliorer l’accessibilité financière et géographique de ces soins. Troisièmement : renforcer la digitalisation du système de santé. Et quatrièmement : mieux associer le secteur privé.

Ce partenariat entre le public et le privé est nécessaire, car le secteur public, aujourd’hui, n’est pas en mesure d’augmenter ses ressources au rythme de la croissance démographique. Il ne s’agit pas de s’adresser au secteur privé lucratif, mais bien aux acteurs qui s’inscrivent dans la politique nationale de développement sanitaire, en partenariat avec le Gouvernement, pour améliorer la santé. Il peut s’agir d’acteurs privés congolais, confessionnels ou non-confessionnels, il y a aussi des ONG, des hôpitaux d’entreprise… Tous ces partenaires sont importants, pour autant qu’ils s’inscrivent dans cette vision stratégique de long terme.

Sur un sujet plus d’actualité, des voix s’élèvent pour inviter les autorités à agir rapidement dans le Kasaï, notamment dans le domaine de la santé. Quelles sont les réponses apportées par votre institution ?

Beaucoup d’acteurs sont mobilisés au Kasaï, et notre objectif est de parvenir à mieux coordonner toutes ces interventions. C’est pourquoi nous organisons un forum santé dédié à la situation au Kasaï. Ce forum, prévu pour octobre 2017, sera l’occasion de mettre tous les acteurs autour de la table, de dresser un bilan des actions menées, et d’aligner l’ensemble des actions par rapport à une feuille de route qui doit être redéfinie. Il y avait en effet un plan stratégique pluriannuel, dont les événements récents ont interrompu la mise en place. Dans la réponse à l’urgence, il est essentiel de ne pas oublier qu’on doit déjà s’inscrire dans la durée, renforcer ce qui n’a pas été détruit, et reconstruire le système de santé.

Dernière question, plus personnelle : est-ce qu’il vous arrive parfois de regretter la pratique médicale ?

Avec mes fonctions d’Administrateur Délégué des Cliniques de l’Europe, j’avais déjà basculé dans une position où je n’étais plus en contact direct avec le patient, mais où j’aidais les autres à réaliser leurs projets. On retrouve la dimension collective que je soulignais précédemment : le chirurgien qui opère le malade, le directeur de l’établissement, le ministre de la santé, contribuent tous à la même mission, à des niveaux différents.Propos recueillis par FC

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