Femmes du Kivu

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Depuis seize ans que cela dure au Congo ! C’est la destruction de plus de 500.000 femmes et la déstructuration de toute une société… Bien que cette question soit largement relayée, aussi bien par les médias internationaux que dans d’autres rapports officiels de grandes agences, d’ONG et de l’ONU, les choses ne changent pas, ou très peu… En décembre 2013, la reddition de nombreux groupes armés, dont le plus connu au Nord-Kivu est le M23, permet d’espérer un retour à la paix.
Nous avons donné la parole à ces femmes, victimes de violences, militantes, juristes, journalistes, universitaires. Toutes transmettent le même message, très dignement, avec humilité «Il faut que cela cesse !» Nous avons essayé de comprendre comment elles vivent, se réinsèrent dans la société, élèvent leurs enfants. Quels sont leurs mécanismes de défenses et si elles sont soutenues, de quelle manière ?

Premier constat : le patriarcat dominant au Congo, empêche les femmes et leurs enfants de réintégrer la société. « Quand je suis revenue à la maison, mon mari m’a répudiée. Je suis allée dans la maison de mon papa, il m’a chassée ! Et mon petit garçon est orphelin puisqu’il n’a pas de père. Je n’ai plus rien ! », nous dit Francine, jeune femme de Burhiniy au Sud-Kivu. Nombreuses sont celles qui quittent leurs villages pour survivre. Elles se retrouvent alors en ville et vivent du petit commerce et du soutien des associations.
«Nous les aidons en leur donnant des formations en agriculture, en coupe-couture et nous leur donnons cinq dollars pour qu’elles puissent se lancer dans un petit commerce ou une autre activité qui leur permettra de se débrouiller un peu», nous explique Odette Byumanine, coordinatrice d’ADEJEP, une organisation soutenue par le partenaire de l’ONG belge «Solidarité Socialiste», la plateforme Diobass au Kivu.

Deuxième constat : les enfants nés des viols sont considérés comme un danger pour l’avenir. Tous les témoins entendus sur le terrain le confirment. « Les enfants ne sont, pour la majorité, pas déclarés au Congo, ils n’ont donc pas la nationalité congolaise. Certains vivent avec les milices, abandonnés dans les forêts, laissés pour compte, ils ne sont pas éduqués. D’autres, ont plus de chance, ils restent avec leur maman mais sont considérés comme des «enfants-serpents», bannis par les autres. Que vont-ils devenir ? Comment vont-ils grandir ? Avec quels repères? Ce sont de véritables bombes à retardement.», selon Chouchou Namegabe, journaliste à Bukavu.

Troisième constat : Le viol se banalise. Reconnu comme arme de guerre quand il est perpétré dans le cadre de conflits, le viol reste cependant, dans la majorité des cas, impuni. « La loi congolaise permet aux victimes de poursuivre leurs bourreaux devant les tribunaux, mais pour la plupart, soit elles ont honte et se cachent, donc ne portent pas plainte, soit même si le procès a lieu, la peine n’est pas appliquée. L’impunité est un énorme fléau au Congo. Les hommes se croient donc, de plus en plus, autorisés à forcer des femmes à avoir des relations sexuelles non consenties, quand ils en ont envie.» déclare Claudine Tsongo, avocate, de l’Association des Femmes Juristes.
Des constats assez difficiles donc. Malgré tout, ces femmes ont l’espoir ! L’espoir qu’un jour, elles et leurs enfants pourront vivre en paix dans leur région. Jamais fatalistes, elles croient à un changement possible.

Géraldine Georges
Photos : Johanna de Tessières / Solidarité Socialiste

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