Femmes francophones

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Militantes, enseignantes, artistes, intellectuelles, cheffes d’entreprises se sont succédées à la tribune tout au long de la journée pour témoigner de la nécessité de porter les fondations d’un nouveau statut des femmes francophones. Trois tables rondes ont permis de débattre des violences faites aux femmes dans les conflits armés, de l’éducation des filles et de la participation des femmes au développement. Les travaux ont réuni Abdou Diouf, Secrétaire général de la francophonie, Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Leïla Zerrougui, Représentante spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères, Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes et bien d’autres. Michelle Bachelet, Directrice exécutive d’ONU Femmes a fait parvenir un message vidéo. Un appel des femmes francophones a ensuite été remis au président de la République, François Hollande.
Les débats ont permis de dresser un état des lieux des inégalités vécues par les femmes dans l’espace francophone et d’élaborer des pistes concrètes d’action.
La table ronde sur les violences dans les conflits armés a rappelé l’horreur des violences subies par les femmes dans les contextes de guerre. La situation spécifique de la République démocratique du Congo, où « le corps des femmes est devenu le champ de bataille des hommes » a été dénoncée par la présidente de l’association congolaise SOFEPADI, Julienne Lusenge. Le docteur Denis Mukwege, de l’hôpital de Panzi, a rappelé les besoins nécessaires dans l’accompagnement sanitaire, psychologique, social et juridique des femmes victimes de viols. Leïla Zerrougui a insisté quant à elle sur la nécessité d’aider les États à garantir l’indépendance de la justice, en finir avec l’impunité et promouvoir la féminisation de la magistrature.
La table ronde sur l’éducation a mesuré l’importance des enjeux liés à la scolarisation des filles. En 2013, si les taux de scolarisation ont augmenté, 33 millions de filles n’ont toujours pas accès à l’école. En Afrique subsaharienne, plus de 40 % des filles n’y vont que pour une durée de moins de 4 ans. Les filles font face à des obstacles particuliers : la pauvreté, l’insécurité sur le chemin de l’école, les discriminations. Les mariages précoces et forcés ont un impact direct sur leur scolarisation. Aicha Bah Diallo, Présidente du Forum des femmes éducatrices africaines (FAWE) a dénoncé les violences faites aux filles à l’école et le phénomène des « moyennes sexuellement transmissibles » qui désigne l’obligation pour certaines filles d’avoir un rapport sexuel en échange d’une bonne note. Les intervenantes ont souligné la nécessité d’augmenter les fonds alloués aux politiques éducatives. Hadizatou Hamzata Maïga, enseignante venue de Gao, au Nord Mali, a témoigné des menaces et des difficultés qu’elle a dû affronter pendant l’occupation du Nord Mali par les forces islamistes. Elle a dénoncé les violences dont ont été victimes les filles, contraintes de porter le voile intégral.
Enfin, la table ronde sur les femmes actrices du développement a montré l’importance de la participation des femmes aux espaces économiques et politiques. L’accès des femmes aux ressources productives et au marché ainsi que l’égalité professionnelle et l’entrepreneuriat des femmes sont des conditions de la croissance économique des pays et du développement. Les femmes continuent d’être sous-représentées dans les espaces décisionnels, notamment en politique. La réalisatrice Nadia El Fani a souligné que les droits des femmes devaient être réaffirmés face à la montée des relativismes culturels et religieux.
La défense des droits des femmes, la promotion de l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les violences fondées sur le genre constituent une priorité de l’action extérieure de la France.

Yamina Benguigui, Ministre déléguée chargée de la francophonie a adopté fin 2010 un plan national d’action de mise en œuvre des résolutions Femmes, Paix et Sécurité, en cours d’évaluation, destiné à renforcer la protection des femmes contre les violences dans les conflits ainsi que la participation des femmes aux processus de paix.
Elle ratifiera au 1er semestre 2013 la Convention du Conseil de l’Europe pour prévenir et combattre les violences contre les femmes et les violences domestiques.
En 2013, la France adoptera une nouvelle stratégie sur le genre et le développement qui permettra de renforcer la prise en compte des inégalités dans tous les secteurs du développement.
En mars 2013, pendant la 57ème session de la Commission de la Condition de la Femme des Nations Unies, la Francophonie a adopté un plan d’action commun de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.
« Les acquis des femmes ne seront jamais des acquis. Je demanderai que le plan décennal d’action de l’organisation de la francophonie, qui doit être adopté au Sommet de Dakar en 2014, ait comme principale thématique le droit des femmes.

 

L’une des missions de la francophonie est de promouvoir le statut des femmes de l’espace francophone, baromètre implacable de l’avancement des sociétés et des états qui en font partie. »

 

Yamina Benguigui,
Ministre déléguée à la francophonie

Photo : MAE / C. Bailleul