Francophonie, de nouveaux enjeux : au-delà de l’éducation et de la culture…

253

Dédiée principalement à la coopération universitaire, culturelle et technique pendant plus d’un quart de siècle, la francophonie s’est dotée d’objectifs politiques précis en s’ouvrant aux enjeux environnementaux et économiques et au défi de gouvernance mondiale. Actrice des relations internationales et espace de coopération, elle se veut une organisation moderne au service d’une communauté mobilisée pour la réalisation des grands idéaux qui l’animent. Elle s’est dotée d’un cadre stratégique qui vise à définir des objectifs et des moyens permettant à cette communauté et à cette organisation d’être en mesure d’exercer une influence dans les affaires internationales et de contribuer à relever avec succès certains des défis de la mondialisation.
Dans les missions reconnues comme la raison d’être de la francophonie, des objectifs resserrés et en nombre restreint ont été arrêtés pour la prochaine décennie. Une structure appropriée et des modalités d’action rénovées dans le cadre des moyens et des ressources limités dont dispose l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) sont recherchées pour les mettre en oeuvre. En ce sens et au-delà de la promotion de la langue française, le cadre stratégique, conformément aux objectifs du Millénaire et à ceux du plan d’action du sommet de Johannesburg, s’insère pleinement dans le contexte de la lutte contre la pauvreté et pour le développement durable. Ce cadre stratégique s’appuie sur un consensus qui met l’accent sur les droits de l’homme, la bonne gouvernance et la démocratie ainsi que sur la prévention des conflits et l’établissement de la paix. C’est dans une démarche prospective que la Francophonie s’inscrit dans les évolutions du contexte international à moyen terme afin de répondre aux défis pour les dix prochaines années. La fracture mondiale s’accentue. La mondialisation a souvent enrichi les gagnants et appauvri les exclus, en les marginalisant.
Face à ces enjeux et confrontée à de tels défis et de tels besoins, la francophonie ne peut pas intervenir sur tous les fronts. Elle doit impérativement faire des choix afin d’agir dans les domaines où son expérience et son savoir-faire ainsi que ses capacités réelles peuvent faire la différence et apporter des progrès décisifs grâce à une masse critique suffisante. Quatre missions sont clairement identifiées dans lesquelles la francophonie peut et doit jouer un rôle majeur.

Promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique
> Pour la langue française et la diversité linguistique : conforter et accroître l’enseignement et l’usage de la langue française dans le monde – y compris dans les pays francophones où d’autres langues cohabitent – et dans la vie diplomatique et internationale où la place du français est disputée.
> Pour la diversité culturelle : valorisation de la création artistique et viabilité économique vont de pair. Les actions de l’OIF visent le développement de véritables filières d’industries culturelles pour le livre, l’image et le spectacle vivant. Elles visent également à promouvoir la lecture publique, ainsi que le dialogue des cultures.

Promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’homme
>
Pour la paix, la démocratie et les droits de l’homme, la consolidation de l’Etat de droit et de la paix dans les pays de l’espace francophone passe par l’implication des gouvernements, des parlements, des appareils judiciaires, des organisations professionnelles, des associations de la société civile et des médias. Les réseaux institutionnels francophones qui regroupent ces différents acteurs sont les partenaires privilégiés des interventions menées en complémentarité avec les organisations internationales et régionales.

Appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche
> Pour l’éducation et la formation : les bons professeurs faisant les bons élèves, des formations et outils pédagogiques sont développés pour améliorer les compétences des enseignants et autres acteurs de l’éducation.
> Pour la culture numérique : la participation des francophones de tous âges, genres, professions, intérêts et talents aux dispositifs numériques en permanente innovation est une priorité présente dans l’ensemble des programmes de la francophonie.
> Pour l’engagement des jeunes : la double volonté d’accroître leurs capacités d’action et de profiter de leur dynamisme s’exprime par un soutien aux regroupements et aux initiatives des jeunes francophones. A travers la production, le partage et la diffusion d’informations sur les sites spécialisés dans les technologies de l’information, le développement durable ou la démocratie, ils s’impliquent dans les enjeux d’avenir.

Développer la coopération au service du développement durable et de la solidarité
> Pour le développement durable et la solidarité : économie et environnement sont de plus en plus liés et appellent une expertise auprès des États francophones pour conjuguer la protection des ressources naturelles et la réduction de la pauvreté.
> Pour l’égalité femmes/hommes : l’engagement pour la réduction des disparités entre les sexes se traduit par une action volontariste pour l’implication des femmes francophones dans le développement de leur société. Une place privilégiée leur est réservée dans les projets de terrain comme dans les rencontres et forums régionaux et internationaux où elles doivent se faire entendre.
> Partenariat avec la société civile : une coopération étroite avec la société civile, des acteurs de terrain engagés proches des préoccupations des populations, permettent de profiter d’une expertise et d’une expérience au quotidien dans la mise en oeuvre des programmes.
C’est dans cette logique que s’est inscrit le XIVème sommet de Kinshasa (13 octobre 2012) qui a eu pour thème « Francophonie, enjeux environnementaux et économiques face à la gouvernance mondial ». Biodiversité, impacts du changement climatique, vulnérabilité du continent africain à la suite de son incapacité d’adaptation à cause du manque d’eau, danger que court le secteur agricole dans la production, aggravation de la malnutrition ont été les thèmes débattus lors de cette session. En effet, les politiques économiques en vigueur actuellement ne visent principalement que l’accumulation des capitaux. Ce n’est d’ailleurs pas une priorité pour beaucoup de pays face aux exigences de rentabilité et de croissance tous azimuts. C’est dans ce sens que le sommet de Kinshasa a pris en compte les impératifs d’une gouvernance équitable en intégrant les pays en développement.
Pour la France, qui en est le principal bailleur de fonds avec le Canada, la francophonie ne constitue pas un enjeu linguistique. La France considère que plus il y aura de gens dans le monde à partager sa langue, ses idées, sa culture et les autres cultures francophones, plus la communauté francophone en retirera des avantages culturels, mais surtout des avantages économiques et politiques. Pour la France, le véritable enjeu consiste à promouvoir sur le plan international le multilinguisme, afin d’éviter l’uniformisation dans le monde.
Enfin, l’effet mécanique de la démographie d’ici 2050 devrait accroître le nombre d’habitants des pays africains francophones de manière très importante, permettant au Français de gagner un nombre élevé de locuteurs. La République Démocratique du Congo en est l’exemple le plus frappant, avec une population estimée aujourd’hui à 67 millions d’habitants. Pays continent, à la confluence des mondes africains lusophone, swahilophone et anglophone, la RDC est considérée comme le premier pays francophone d’Afrique avec 30 millions de locuteurs estimés (46 % de la population totale et 68 % de la population âgée de 10 ans et plus). Les prospectives donnent une population estimée à 200 millions d’habitants d’ici 2050. C’est à la fois un formidable élan, mais également un nouveau défi lancé à la communauté francophone afin d’intégrer cette nouvelle jeunesse dans un monde meilleur.

Alain Masetto

Photo : Martin van der Belen