Il est minuit Docteur Mukwege…

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Le médecin gynécologue Denis Mukwege, à la tête de l’hôpital de Panzi à Bukavu, s’est vu décerner le 21 novembre dernier, le prix 2013 de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits. Une récompense de plus pour son action en faveur des femmes victimes de violences sexuelles perpétrées par différents groupes armés dans les provinces du Kivu.
Ce prix « pour le développement durable et le dialogue des cultures » a été remis au lauréat lors d’une cérémonie organisée à Paris en présence du président Jacques Chirac et du président François Hollande.
Déjà récompensé par de nombreuses distinctions prestigieuses dont en France la Légion d’honneur et le prix des droits de l’homme (2009), le docteur utilise chaque tribune offerte pour secouer les consciences et dire sa stupéfaction devant l’indifférence ou l’inaction de la communauté internationale pour faire cesser les atrocités du Kivu. « Avec ce prix, plus personne ne dira qu’il n’est pas au courant de cette tragédie sans précédent dans l’histoire de la région des Grands Lacs. »
Animé d’une foi profonde en l’humanité, ce fils de pasteur protestant espère que son action et les prix qui la valorisent pourront « contribuer au réveil de sentiments nobles, altruistes et solidaires des hommes de bonne volonté afin que cesse la barbarie… » Et cette foi qui l’anime lui a permis de rentrer dans son pays en 1989, en renonçant aux avantages dont il jouissait en France, alors qu’il y exerçait la médecine après y avoir suivi une spécialisation en gynécologie.

Dr Mukwege, infatigable défenseur des femmes violées en RDC
Les récompenses attirent les projecteurs sur sa cause tandis que les dotations facilitent son action curative. C’est à mains nues que le Dr Mukwege recoud les milliers de femmes déchirées volontairement. « Plus de 500 000 femmes ont été violées au Congo depuis 1996. Avec cruauté et barbarie. Souvent de façon planifiée, organisée, mise en scène. Car il s’agit bien d’une stratégie. D’une arme de guerre…»
Traumatisées, les familles explosent, quittent leurs villages. La plupart des jeunes filles violées ne pourront plus avoir d’enfants. Les autres, contaminées par le sida ou d’autres maladies, deviennent des « réservoirs à virus » et des « outils de mort » pour leurs compagnons, voire pour les enfants issus des viols. « Les armes chimiques, biologiques, nucléaires ont des effets à long terme. Eh bien le viol, c’est pareil ! Les personnes restent apparemment en vie. En réalité, les familles, les villages, les sociétés sont détruites. Sur des générations. »
Ayant échappé de peu à une tentative d’assassinat à l’automne 2012, le docteur Mukwege vit désormais avec sa famille au sein même de l’hôpital de Panzi, où les victimes affluent depuis des années. Près de 3 000 encore en 2013. C’est un lieu où les femmes peuvent être recousues mais aussi se reconstruire psychologiquement et avec les éventuels enfants…

M.B.

Photo : PNUD