La contribution de la RDC à la COP21 de Paris

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À cette occasion, tous les regards de la planète seront rivés sur la capitale française où 196 États parties procéderont à une négociation intense et difficile en vue d’adopter un nouvel accord international sur le climat. La RDC prendra part à ces assises qui s’annoncent d’ores et déjà comme un événement historique marquant l’avènement d’une nouvelle ère dans la gouvernance climatique internationale. Elle souhaite jouer sa partition pour faire de cette rencontre un franc succès.

Un accord ambitieux
L’issue de la COP21 dépendra principalement des engagements des pays qui se seront exprimés sous forme de Contributions Prévues Déterminées au Niveau national (CPDN). En dépit de son statut de pays peu émetteur, la RDC a présenté sa contribution nationale au secrétariat de la convention climat le 18 août 2015, bien en amont de la COP21. La contribution nationale de la RDC comporte des réductions des émissions de gaz à effet de serre estimées à 17% entre 2020 et 2030 par rapport à la trajectoire du maintien du statu quo. Par l’adoption de cet objectif ambitieux de réduction de ses futures émissions de gaz à effet de serre, nonobstant les nombreux défis de développement qu’elle doit relever, la RDC souhaite encourager les autres pays à soumettre leurs contributions et à concourir à la création d’une dynamique positive afin que l’accord de Paris permette véritablement de stabiliser le réchauffement climatique en-deçà de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Un accord juste et équilibré
Pour que l’accord de Paris rencontre l’adhésion des 196 parties prenantes, il devra être perçu comme étant juste et équilibré. Il est établi que 80% des émissions globales de gaz à effet de serre sont causés par la vingtaine de pays les plus émetteurs. Il est également prouvé que deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont aujourd’hui attribuables à seulement 90 entreprises multinationales détenues par des investisseurs privés et/ou des États, majoritairement dans le secteur des énergies fossiles.
Pour que l’accord de Paris soit entériné, il devra se traduire par une contribution équitable et adéquate de tous les pays à l’effort mondial et par le suivi des engagements spécifiques des pays conformément à leurs obligations. À Paris, les pays détenteurs d’une responsabilité historique par rapport au réchauffement climatique devront prendre les devants en affichant un leadership politique, environnemental et climatique à travers des objectifs ambitieux de réduction de gaz à effet de serre et un soutien financier aux pays les plus vulnérables pour un développement sobre en carbone et résilient aux effets négatifs des changements climatiques.

Un accord qui prenne en compte l’adaptation
L’Afrique, avec son milliard d’habitants, contribue à moins de 4% des émissions globales de gaz à effet de serre. Le continent demeure le plus vulnérable face aux effets néfastes du changement climatique et rencontre d’énormes difficultés à surmonter ses besoins en adaptation. En effet, les pays africains font face à une crise climatique qui s’accélère, qui affecte leurs ressources agricoles, halieutiques, hydriques, et qui freine leur développement et coûte de plus en plus cher à leurs économies et leurs populations. L’accord de Paris ne devra pas se contenter de faire la part belle à l’atténuation, mais devra accorder une considération égale à l’adaptation. En décembre 2015, la France devra se joindre aux pays africains afin de faire ce plaidoyer pour un accord qui permette de financer l’adaptation de nos pays et de mieux gérer les questions relatives à la sécurité alimentaire, à l’éradication de la pauvreté, au développement socio-économique, à l’environnement et à la durabilité des modes de vie de nos populations.

Un accord porteur de solutions
Dans l’action contre le réchauffement climatique, il existe aujourd’hui des solutions concrètes et éprouvées dans le secteur des énergies renouvelables. Ces solutions sont de moins en moins chères, tout en étant compétitives face aux énergies fossiles, particulièrement lorsque ces dernières ne sont pas subventionnées. D’autre part, le mécanisme REDD+ (acronyme signifiant Réductions des Émissions liées à la Déforestation et à la Dégradation forestière), adopté depuis plusieurs années au niveau international, récompense les pays en développement détenteurs de forêts pour leurs efforts visant à enrayer les dynamiques de déforestation, permettant à la fois de réduire la perte de biodiversité et d’éviter les émissions de gaz à effet de serre. Les pays africains disposent d’un énorme potentiel en termes d’énergies renouvelables (hydroélectricité, solaire, éolien, géothermie, biomasse) et détiennent un important capital forestier qui nécessite une gestion durable et plus responsable.
Avec son réseau hydrographique couvrant toute l’étendue de son territoire national, la RDC dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à plus de 100.000 MW, avec le site d’Inga comptant à lui seul pour environ 44.000 MW (deux fois la capacité du barrage des Trois Gorges en Chine). La RDC étant un pays enclavé dans neuf pays voisins, son potentiel énergétique est en mesure de subvenir non seulement à ses propres besoins mais également à ceux de ses voisins. En outre, il est capable de contribuer à la réduction des émissions énergétiques de la région.
Quant à la forêt congolaise, elle couvre 145 millions d’hectares et représente le deuxième massif forestier tropical au monde après l’Amazonie. Elle séquestre un stock de carbone estimé à environ 40 gigatonnes, soit l’équivalent de 140 gigatonnes d’émissions potentielles de dioxyde de carbone, ce qui correspond à environ trois fois le total des émissions mondiales actuelles. Pour encourager les actions et les investissements de la RDC et des pays africains dans un développement plus sobre en carbone, la conférence de Paris devra produire un accord qui transforme le « fardeau » de la lutte contre les changements climatiques en « solutions et bénéfices » pour un monde plus juste. Cela passera notamment par la mise à disposition de ressources financières accrues, prévisibles, nouvelles et additionnelles permettant de surmonter les surcoûts que représentent les investissements « climato-compatibles » en comparaison aux investissements traditionnels.

Un accord basé sur des coalitions
La RDC a assuré la présidence des 54 pays africains au sein de la Convention Climat de l’ONU de janvier 2010 à décembre 2011. Elle prendra la présidence des 48 États du Groupe des pays les moins avancés (PMA) en décembre à l’issue de la conférence de Paris. La RDC entend user de ce leadership et de son influence afin de poser les fondations d’une coalition solide et solidaire entre la France, l’Afrique et le Groupe des PMA, et ainsi, créer les conditions d’un accord mondial ambitieux sur le climat.

Tosi Mpanu

Photo : Alain Huart