La forêt du Congo : un trésor climatique

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Le 31 janvier dernier, l’Institut Français de Kinshasa accueillait autorités, experts et citoyens à une soirée consacrée au changement climatique et à la déforestation. L’occasion de faire le point sur cet enjeu majeur en RDC, quelques semaines après la ratification par le Gouvernement congolais de l’Accord de Paris sur le climat.

À l’origine de la soirée du 31 janvier, le reportage « la bombe carbone », diffusé quelques semaines auparavant sur France 2, qui retrace l’expédition d’une équipe de chercheurs anglais à la recherche de la plus grande tourbière du monde dans la forêt proche de Mbandaka. Le public accompagne l’équipe qui s’enfonce dans la forêt, accompagnée des communautés locales, pour atteindre et mesurer cet immense marécage où sont accumulés près de trente milliards de tonnes de carbone, l’équivalent de trois ans d’émissions mondiales liées aux énergies fossiles. Une véritable bombe à retardement pour l’environnement.

Le deuxième bassin forestier au monde après l’Amazonie

Joyau écologique, cette tourbière n’est pourtant qu’une facette du diamant forestier congolais. Avec 152 millions d’hectares (soit les deux tiers de son territoire), la RDC abrite sur son sol 60% du bassin forestier du Congo, le deuxième bassin forestier équatorial du monde, derrière celui du Brésil. Ces forêts tropicales, formidables réservoirs de carbone, sont aujourd’hui considérées comme des poumons de la planète dans la cadre de la lutte contre le changement climatique. « La planète ne survivra pas à la perte de ses ressources forestières. Sans les forêts d’Afrique centrale, nous ne remplirons pas les accords de Paris», déclarait Nicolas Hulot, Ministre français de la transition écologique et solidaire, à l’occasion de la COP 23 de Bonn.

Mais avant même de bénéficier à la planète, la forêt protège directement la RDC et sa population des effets – déjà palpables – du dérèglement climatique. Sur un continent africain exposé aux phénomènes croissants de sécheresse et de désertification, avec comme conséquence des pertes de rendements agricoles parfois catastrophiques, la forêt congolaise, puissant moteur climatique, limite l’ampleur du dérèglement en RDC.

La forêt, contrainte ou opportunité ?

Alors, la forêt serait-elle si précieuse et si fragile qu’il faudrait la préserver intacte à tout prix, à l’image d’un chef d’œuvre qu’on déroberait à la lumière et aux regards ? Discours difficile à entendre pour ceux qui vivent dans et de la forêt depuis toujours. « Nous connaissons la forêt comme une sœur, comme pharmacie, comme supermarché », déclare Chouchouna Losale, représentante de la société civile et des peuples autochtones lors de la soirée du 31 janvier. Source de nourriture, d’énergie (avec le makala) et bien sûr de bois de construction, la forêt congolaise est une ressource économique essentielle, dont la RDC ne peut pas se priver.

Fort heureusement, entre laisser intacte la forêt et permettre son exploitation inconsidérée, une troisième voie est possible. Elle passe par une gestion durable de ces espaces, tant de la part des exploitants artisanaux qu’industriels. « Cette gestion durable passe par une amélioration de la gouvernance, par la lutte contre la fraude, par le respect par les entreprises des plans d’aménagement, et, concernant les artisans, par la construction d’une économie formelle dans laquelle ils pourront développer leur activité en confiance », détaille Philippe Bosse de l’AFD.

L’agriculture et le makala, principales causes de déforestation en RDC

Le chantier est colossal, à la mesure des bénéfices attendus. Il ne s’agit pas seulement de réguler l’exploitation industrielle, défi déjà considérable compte tenu de la taille du territoire forestier à contrôler, mais qui ne représente que la quatrième cause de déforestation en RDC. Dans un espace où 92% de l’exploitation forestière est artisanale, principalement à destination du bois de feu ou pour les besoins de l’agriculture, c’est aux causes profondes de la déforestation qu’il faut s’attaquer : assurer l’accès à l’énergie électrique, et développer une production agricole durable (voir ci-dessous le projet d’agroforesterie Nstio).

L’opportunité est formidable pour la RDC, de pouvoir combiner un développement économique et social durable tout en affirmant une position de leader mondial sur les enjeux du dérèglement climatique. La volonté est là : comme l’a rappelé Léonard She Okitundu, vice Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères, en introduction de la soirée du 31 janvier, la RDC, en ratifiant l’Accord de Paris, a concrétisé « un engagement qui vise à remettre la République démocratique en position de leader dans les grandes thématiques transversales du climat et de l’environnement ». Il lui reste désormais à concrétiser cet engagement, en consolidant sur son territoire les politiques de gestion de son immense potentiel forestier.

FC

Le dérèglement climatique en RDC

Selon le PNUD, le changement climatique en RDC devrait se manifester par une augmentation des températures d’environ 3 degrés Celsius à la fin du XXIème siècle, et une légère augmentation des précipitations moyennes au niveau national avec toutefois des disparités régionales dans l’évolution de la pluviométrie. Ainsi, le Bas Congo pourrait connaitre une baisse d’environ 15% des précipitations d’ici la fin du siècle, tandis que le Katanga connaitrait une baisse d’environ 20% de la pluviométrie. La durée de la saison des pluies pourrait se raccourcir au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’extrême sud du pays, et le Katanga notamment connaîtrait dès 2020 moins de cinq mois de saison des pluies contre sept actuellement. La partie Est du pays (Maniema, Kivu) connaitrait également une baisse, moins marquée, de la pluviométrie.

L’occurrence d’évènements climatiques extrêmes devrait augmenter fortement en RDC, notamment les pluies intenses entrainant des inondations, des crises caniculaires et des sécheresses saisonnières. Enfin, la déforestation au niveau de la zone côtière associée à l’accroissement des inondations et à l’augmentation du niveau de la mer devrait générer des problèmes sérieux d’érosion côtière, la RDC pouvant perdre au profit de la mer une superficie en terres conséquente.

Le nombre d’études sur les manifestations attendues du changement climatique demeure toutefois faible et beaucoup de travail reste à mener dans ce sens.

Qu’est-ce qu’une tourbière ?

Une tourbière, véritable écosystème à elle seule, joue un rôle capital dans le cycle du carbone. Le sol, saturé en permanence d’une eau stagnante, ne fournit pas suffisamment d’oxygène aux micro-organismes pour décomposer et recycler la matière organique. En somme, dans une tourbière, la litière végétale se minéralise très peu, formant alors un dépôt de matière organique non décomposée, la tourbe. Le carbone est donc accumulé et non réutilisé. Dans le monde, les tourbières ne couvrent que 3 % des terres émergées mais contiendraient 30 % de toute la matière organique, soit l’équivalent de 50 % du CO2 atmosphérique.

Source : futura-sciences.com

CAFI (Initiative pour la Forêt d’Afrique Centrale)

CAFI est un partenariat collaboratif qui rassemble des pays d’Afrique centrale et une coalition de bailleurs, en particulier la Norvège qui en était à l’origine. Aujourd’hui, ce sont 200 M$ qui sont mis sur la table dans le cadre de ce fonds, en faveur de la préservation de la forêt congolaise. La France a pris la présidence de CAFI en novembre dernier, et démontre ainsi tout son engagement dans cette initiative.

www.cafi.org

One planet summit

Le 12 décembre dernier, le Président Macron recevait à Paris près de 4000 participants au « One Planet Summit ». Deux ans après l’accord historique de la COP 21 de Paris, ce sommet a permis de faire naitre de nouveaux mécanismes de financement. Douze propositions ont été annoncées à l’issue de ce sommet, parmi lesquelles une déclaration commune des banques de développement pour mobiliser plus de 200 milliards de dollars en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays émergents et en développement, ou encore un programme de financement des zones tropicales, avec un accord signé entre le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (le PNUE), et des banques privées pour lever 10 milliards de dollars d’ici 2025 pour financer la croissance verte et durable dans les pays en développement.

www.oneplanetsummit.fr

Ntsio ou l’agroforesterie

L’expérience agroforestière développée avec le Ministère de l’Environnement (Mampu Plateau Batéké) a permis à la Fondation Hanns Seidel, avec l’appui financier de l’Unions Européenne, de valider un modèle de développement durable sur savanes en RDC.

Réalisée dans différents projets, l’intégration d’arbres fertilisants à croissance rapide dans les pratiques agricoles avec l’implication des populations, met en évidence un impact multisectoriel :

  •  La restauration des sols dégradés
  •  L’implication des autorités coutumières
  •  Une production agricole durable
  •  La sédentarisation des populations rurales
  •  L’appropriation foncière par les exploitants
  •  L’organisation des populations autour  d’une activité économique
  •  La production de bois énergie « renouvelable »
  •  L’approvisionnement durable des marchés des grands centres urbains
  •  Un impact socio-économique durable
  •  L’intégration au processus REDD
  •  La diminution de l’influence anthropique sur l’écosystème forestier

Aujourd’hui, le projet NTSIO développe et affine cette expérience au Plateau Batéké pour inspirer ceux qui veulent protéger la forêt sans pénaliser le développement économique des populations :

« Des hommes, des arbres et des champs au service d’un développement durable.

Projet agroforestier NSTIO »

A retrouver sur YouTube : NTSIO Agroforesterie