La santé des deux côtés du fleuve

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Dans un monde globalisé, où les maladies et les risques sanitaires sont partagés à l’échelle de la planète, la réponse nécessite une gestion globale de la sécurité sanitaire, et le développement de stratégies mondiales pour l’amélioration de la santé.  En Afrique centrale, où le Fleuve Congo sépare la RDC de la République du Congo, les défis et les enjeux de santé sont encore plus partagés. Il existe bien sûr d’autres lieux dans le monde ou des fleuves séparent des pays. Le Maroni ou l’Oyapock, le Rhin ou le Mékong ou, plus proches, le Sénégal ou le Niger, sont aussi des frontières sur une partie de leur cours, mais nulle part ailleurs les questions de santé ne donnent lieu à des échanges plus riches et nulle part ailleurs les collaborations sont plus nombreuses et plus directes qu’entre les deux rives du Fleuve. Au contraire de ce qui serait attendu, ce magnifique cours d’eau rapproche les savoirs, les pratiques, ainsi que, plus prosaïquement, mais non moins déterminant, les médicaments et d’autres produits de santé, qui changent de rive régulièrement. Enfin, les patients eux-mêmes traversent régulièrement le fleuve, et vont chercher d’un côté ou de l’autre les services de santé dont ils ont besoin.

 

Le fleuve Congo, souvent décrit comme une barrière entre les deux capitales les plus proches du monde, est en réalité un lien qui unit la santé de ses habitants.  Comment faire de ces pratiques un atout pour la santé mondiale ? Evidemment en faisant de ces pratiques un modèle de réponse aux défis de santé. Il serait utile de formaliser de façon plus systématique des collaborations entre les divers acteurs engagés dans la santé et programmer des activités conjointes avec des échanges de pratiques, d’expérience, mais également de biens et de services de santé.  Déjà des antirétroviraux, acquis par le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme en RDC, avec l’appui des partenaires comme la France et l’Onusida, ont été transférés de Kinshasa à Brazzaville, où, en rupture de stock, on ne traitait plus les patients séropositifs. Déjà des experts de RDC participent fréquemment aux travaux scientifiques organisés à Brazzaville. Par exemple, en décembre 2016, lors de la Conférence nationale de lutte contre les faux-médicaments de Brazzaville, sous l’égide du Professeur Gentilini représentant la Fondation Chirac, des pharmaciens de RDC invités par les pharmaciens du Congo Brazzaville ont pu activement échanger sur leurs problématiques. Ou encore, en septembre 2017, le Professeur Tshilolo du Centre Hospitalier Monkolé, soutenu par un programme de l’AFD, est intervenu directement dans la formation des cadres de santé du CHU de Brazzaville à la prise en charge de la drépanocytose.

 

C’est ainsi que la France, fortement impliquée dans le soutien à la mise en œuvre de stratégies efficaces de réponse aux problèmes sanitaires, a organisé son appui aux stratégies de santé de façon coordonnée entre les deux côtés du fleuve. La conseillère régionale santé, basée à Brazzaville, appuie également les actions de l’Ambassade de France de Kinshasa, dans l’objectif de créer des synergies et de soutenir des collaborations des acteurs nationaux de part et d’autre, y compris avec l’appui des partenaires techniques et financiers.

 

Hélène Degui,

conseillère régionale santé