L’arbre dans la société congolaise

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Dans la plupart de nos villes, de nos villages, l’arbre borde les rues ou entoure les maisons. Mais en réalité, c’est en forêt que l’on mesure toute son importance, soit sur près de 68% du territoire national. En effet, la RDC possède la deuxième plus grande forêt tropicale du monde ; c’est un véritable poumon qui aide la planète à respirer, une réserve incroyable de biodiversité.

Porteur de mythes
Par le passé, l’arbre représentait un point de repère essentiel. Les mythes s’enracinaient dans les forêts sacrées, les esprits habitaient dans les arbres. C’était un référent culturel également pour la construction des cases et la fabrication des outils quotidiens (pirogues, mortiers, tambours,…) et des objets spéciaux dotés de pouvoirs magiques tels que le tabouret et la canne du chef coutumier, les statues, les masques…
Au Bas-Congo, le nkondi, une sculpture Yombe au ventre criblé de clous, permettait de châtier le coupable. Au Maniema, le chef coutumier se sert encore aujourd’hui de la statuette Kajeba pour communiquer avec les esprits ancestraux.
Ces objets étaient taillées dans du bois résistant à l’attaque des parasites comme le bois noir du wenge (Milletia laurentii), le bois de l’African teak (Chlorophora excelsa). Le bois rouge (Pterocarpus tinctoris Wein), lié à la voyance, était utilisé dans les rituels, notamment lors des initiations. L’arbre à palabre était le lieu d’entretien de la mémoire collective, d’apaisement social. On y racontait des légendes et on y résolvait des conflits. En savane, les chefs, plantaient deux baobabs à l’entrée du village, en signe de délimitation de leurs territoires.
Si le passé se confond encore au présent pour ceux qui respectent les traditions, l’évidence est inéluctable : ce qui se cache derrière l’arbre s’estompe peu à peu à cause des croyances religieuses des uns et de l’esprit cartésien des autres, produit de la civilisation dira-t-on !

Des milliers d’usages
En ville, le plus souvent, l’arbre . palabre est devenu l’arbre à « ombrage » (pare-soleil), sous lequel s’abritent des vendeurs ambulants ou d’autres groupes de personnes discutant foot et politique… Et la valeur utilitaire de l’arbre est, à plus d’un titre, évidente. Il peut nous servir de combustible ou nous procurer des fruits, des médicaments ou être une matière première transformable pour l’ébénisterie et la construction.
Son exploitation, de surcroît, peut nous assurer des revenus. En milieu urbain, l’arbre est planté surtout pour ses fruits, comme le manguier, le safoutier, le palmier à huile, l’avocatier… La règle veut que l’on peut cueillir les fruits d’un arbre mais pas le couper sans l’autorisation de son propriétaire. Et pourtant, il est régulièrement abattu ou déraciné sans autre forme de procès, pour de l’argent : charbon de bois, bois de chauffe des ménages ou des fours à usage commercial. En milieu rural, il faut toujours l’autorisation du chef coutumier pour exploiter une foret, même si on est en règle vis à vis de l’Etat. On ne voudrait pas réveiller ce qui se cache derrière l’arbre…
L’arbre à corail (Erythrina abyssinica) est planté autour des cases et des champs pour fournir des ustensiles de cuisine. Si le bois noir ou le teak continuent à être fort prisés dans l’art et l’ébénisterie, le bois brun jaune du limba (Terminalia superba) fournit des bardeaux, des pagaies, des boîtes et des cercueils. Les rondins sont découpés dans le bois blanc et dur d’un arbuste (Lannea antiscorbutica) pour la construction des maisons et des clôtures. La fabrication des instruments de musique et des manches à outils est réalisée avec du bois d’or (Milletia vasicolor).

Un kit de survie… pour l’Humanité
Certains arbres sont importants dans la pharmacopée. On notera par exemple que les feuilles de l’avocatier en décoction sont recommandées pour lutter contre l’hypertension, la fatigue générale et les maux d’estomac. Les feuilles d’eucalyptus, en bain de vapeur, peuvent agir contre le diabète, le paludisme, la grippe ou la sinusite. L’écorce de manguier combat les rhumatismes et les hémorroïdes…
Plusieurs facteurs menacent la silhouette familière de l’arbre en RDC : la démographie galopante, la concentration de la population en milieu urbain, l’exploitation incontrôlée du bois, l’ignorance de la population sur tous les services offerts par l’arbre.
Si les jeunes ne craignent plus trop les esprits susceptibles d’habiter les forêts, ils ont plutôt peur des animaux qui y vivent car ils ne connaissent finalement plus la forêt, ni les arbres. On oublie trop souvent leur rôle dans la purification de l’air et dans la lutte contre l’augmentation rapide de l’effet de serre, ou dans la prévention des érosions et de la désertification… Il faut donc réapprendre ce que signifie globalement l’arbre pour notre société, sans quoi – n’en déplaise aux Cartésiens – les esprits qui y habitent ne nous le pardonneront pas…

Godelieve Vununu