Le français, langue de l’économie

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À l’occasion du sommet international de la francophonie, l’équipe du projet SESAM et le service de coopération et d’action culturelle, en collaboration avec le service économique de l’ambassade de France, ont organisé une conférence dont le thème portait sur la langue française et les enjeux économiques en République Démocratique du Congo.
L’intervention de M. Patrick Cessans, président de la section des conseillers du commerce extérieur en RDC, illustre remarquablement les liens entre l’emploi de la langue française et l’activité économique.

Présence économique et langue française
« La présence économique française en RDC se renforce d’année en année grâce aux grands groupes qui investissent de manière significative. Je pense notamment au groupe CASTEL dans les brasseries, à TOTAL dans la logistique, la distribution et bientôt l’exploration pétrolière, BOLLORE dans la logistique, BOUYGUES dans le secteur minier dans l’est du pays, à la CFAO dans la construction automobile, à SODEXO dans le catering, et enfin, dernier en date, ORANGE dans la téléphonie mobile.
À coté de ces grands groupes existe un tissu de PME dont le développement est parfois difficile mais qui crée de la valeur localement entre autres dans la restauration, les services, la distribution de peinture. L’enjeu est aujourd’hui d’attirer de nouveaux investisseurs en particulier dans les filières où la France a une expertise reconnue : distribution de l’eau, agroalimentaire, ferroviaire, aéroports…
La maîtrise de la langue française est un gage de compétence pour les travailleurs et cadres nationaux que nous employons. Nous constatons en effet que, très souvent, quand le français n’est pas maîtrise, le niveau de qualification et la structuration du raisonnement ne sont pas acquis.
Les employeurs et groupes internationaux, y compris ceux dont la langue de travail interne n’est pas le français, l’ont bien compris et investissent dans l’enseignement de base, à savoir la connaissance du français.
De nombreuses écoles primaires sont ainsi financées par les employeurs soucieux de rehausser le niveau d’éducation et de créer des canaux de communication, via l’usage de la langue française.»

La langue française comme critère de progression et d’évolution professionnelle
La maitrise du français est donc un préalable indispensable aux investissements de formation, en particulier pour les métiers techniques pour lesquels nous observons d’importants déficits.
Certaines sociétés ont développé des centres de formation, nationaux ou régionaux (Afrique de l’ouest) dans lesquels les enseignements sont dispensés en français.
Dans des domaines comme la mécanique, l’électricité, l’électronique ou la peinture industrielle, certains agents ont une bonne pratique de base, mais ne pourront assimiler les connaissances théoriques leur permettant d’évoluer dans leur métier à défaut d’un perfectionnement en français. Le problème est similaire en ce qui concerne les modules de formation sur internet. Ils sont développés dans l’objectif de former le plus de personnes possible à moindre coût mais là encore, nous rencontrons un problème de compréhension des contenus.
Par ailleurs, les groupes français présents en RDC sont confrontés compte tenu de la taille du pays, à une exigence de développement de leur réseau. Ces groupes sont également présents dans d’autres pays francophones (africains ou non).
La maîtrise du français constitue alors un élément majeur permettant la mobilité géographique des cadres africains tant sur le plan national qu’à l’international.

La langue française au service des échanges internationaux : un atout pour la RDC
La RDC occupe une position stratégique sur l’échiquier africain. Plus grand pays francophone, c’est en effet un marché colossal et non encore saturé qui va attirer de nombreux investisseurs dont le français est le facteur commun de développement.
Une langue commune est un atout important dans un nouveau pays pour les relations avec les autorités, la compréhension des textes juridiques encadrant les activités, la gestion des ressources humaines… Mais ce n’est pas le seul. Le droit OHADA, présent dans les pays francophones, et auquel la RDC a adhéré récemment, s’annonce comme un attrait supplémentaire pour les groupes panafricains implantés dans d’autres pays francophones et ayant adopté l’OHADA.

Conclusion
Le français permet de franchir des étapes dans les processus de formation et représente un important facteur d’intégration locale et régionale, voire internationale.
Au regard de la formation des travailleurs et des jeunes, les entreprises françaises présentes en RDC sont confrontées à un déficit de qualification dans de nombreuses filières, surtout techniques.
Elles sont donc tout à fait disposées à travailler avec les organismes de formation et les bailleurs de fonds à la création de filières de formations professionnelles privilégiant le renforcement du niveau de français afin d’en faire les ressources de compétences de demain.

Le séminaire s’est tenu le jeudi 11 octobre 2012 dans l’auditorium du tout nouveau « Fleuve Congo Hôtel » de Kinshasa.

Patrick Cessans

Photo : DR