Le Katanga et son Miombo : une dégradation inquiétante

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Le Miombo du Katanga compte parmi les forêts les plus humides ayant la plus grande diversité en espèces végétales. On y retrouve d’autres écosystèmes comme la forêt dense (Muhulu) ou la forêt galerie (Mushitu). On y voit également des savanes steppiques (Dilungu) en plus des écosystèmes de type forestier.
Au cours du XXème siècle, afin de contribuer à la protection de la biodiversité de la province du Katanga, deux Parcs Nationaux ont été créés, l’Upemba (1939) et les Kundelungu (1970). À cette époque, la chasse et la coupe de bois étaient strictement réglementées sur l’ensemble du territoire. La faune y était alors abondante.
Depuis plusieurs décennies, les conflits qui ont affecté le pays ont entrainé une dégradation importante du Miombo. En effet, ces deux Parcs Nationaux, qui regorgeaient autrefois de gibier, sont aujourd’hui quasi déserts et il suffit de circuler sur les grands axes routiers de la province pour se rendre compte du déboisement intensif qui met en péril la biodiversité. La quasi totalité de la faune est déjà en voie de disparition et en particulier, le plus noble des animaux, l’éléphant.
En outre, la relance du secteur minier, trop souvent réalisée de façon anarchique, a également provoqué une forte dégradation des écosystèmes du Miombo.
Aujourd’hui, déforestation, makala, exploitation minière, feu de brousse, anthropisation…..sont les causes principales qui menacent l’écosystème de la forêt de Miombo au Katanga.
Il en découle une érosion des sols, une perturbation du cycle de l’eau, la disparition des espèces végétales et animales, une baisse de fertilité des sols et, par conséquent, une augmentation des gaz à effet de serre. Sans oublier que le Miombo nourrit la population avec ses champignons, ses termites, ses végétaux et ses animaux. Les habitants sont de facto privés progressivement de protéines et le potentiel de développement de l’interland katangais s’appauvrit.
À terme, à l’instar de ce qui s’est passé au Sahel, le risque de désertification est important.

La nature comme valeur économique et éducative : une « Win Win Strategy »
Chez nos proches voisins et au-delà, l’écotourisme est une source importante de développement durable, de revenus et d’emplois. Pourquoi ne pas le développer au Katanga, sachant que le potentiel naturel est bien plus élevé que dans la plupart de ces pays ?
À la suite d’une réelle prise de conscience, il existe, depuis plusieurs années, des actions qui tentent d’inverser la tendance, notamment au travers d’initiatives privées qui ont créé des zones protégées et réintroduit une partie de la faune endémique du Katanga (Game Ranch). Mais les autorités en charge de l’éducation ne sont pas en reste. En témoignent plusieurs décisions concernant :
> la formation d’étudiants de l’Université de Lubumbashi (UNILU) qui ont obtenu un DEA en «Gestion des ressources naturelles du Miombo» (BAK ASBL)
> l’enseignement de l’écologie (E.P. Mikembo)
> la revalorisation du cours « Environnement et Santé » et la formation des enseignants (GIZ et ASBL Mikembo)
> des projets de gestion en partenariat avec l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) des parcs de l’Upemba (CEE) et des Kundelungu (GIZ).

Une solution durable ne peut cependant passer que par une volonté sans faille des autorités politiques du pays à travers :
> l’application effective des lois existantes de sauvegarde de l’environnement (coupe de bois, makala, chasse, pêche, exploitation minière, …) ;
> la mise en place d’un plan d’aménagement du territoire qui définirait de nouvelles zones où la biodiversité serait protégée avec l’adhésion des populations locales qui doivent y trouver leur intérêt ;
> la sensibilisation de la population à l’importance de la protection du Miombo et de ses composantes notamment au travers de l’éducation.
À terme, la définition d’un plan d’électrification de la province et sa réalisation permettraient de réduire drastiquement la consommation de Makala et d’inverser, par conséquent, la courbe de la dégradation de la forêt du Miombo.

Vanessa et Michel Anastassiou / Mélanie Sirdey-Coid