Les ressources naturelles de la RDC : enjeu stratégique pour le développement

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IMPACT : Monsieur le ministre, pouvez-vous présenter l’importance des richesses naturelles de la RDC et la politique du pays en matière de protection de l’environnement ?

Bavon N’sa Mputu Elima : En effet, il est reconnu internationalement que la RDC possède un potentiel immense de ressources naturelles. J’aimerais simplement insister sur les ressources dont la responsabilité de gestion incombe à ce ministère, à savoir les forêts, l’eau et la biodiversité.
> Les forêts de la RDC s’étendent sur environ 150 millions d’hectares, soit les deux tiers du territoire national. Elles constituent également les deux tiers des forêts du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical au monde après celui de l’Amazonie. Ces forêts fournissent de nombreux produits et services indispensables aux populations (pharmacopée traditionnelle, alimentation, bois de chauffe, etc.). Elles abritent enfin de multiples espèces de flore et de faune.
> Le réseau hydrographique de la RDC est dense et constitue la moitié des réserves d’eau douce du continent africain. La RDC est membre de plusieurs commissions et initiatives régionales traitant de la gestion des ressources en eau, telles que l’Initiative du Bassin du Nil (IBN), la Commission Internationale Congo – Oubangui – Sangha (CICOS), l’Autorité du Bassin du Lac Kivu et de la Rivière Ruzizi dont les textes fondateurs viennent d’être signés à Kinshasa, le 4 novembre 2014.
> La RDC abrite une riche biodiversité dont de nombreuses espèces floristiques et fauniques endémiques. Les plus emblématiques étant le gorille des plaines de l’Est, le bonobo, l’okapi, le paon congolais, la girafe de la Garamba. Elle a développé un vaste réseau d’aires protégées, composé de huit parcs nationaux dont cinq inscrits au Patrimoine mondial (Garamba, Virunga, Kahuzi-Biega, Maïko et Salonga).

Quels sont les grands enjeux de la protection en RDC ?
Les enjeux se situent au niveau national et international.
> En RDC, le défi est de concilier la protection des ressources naturelles avec le développement socio-économique des populations locales qui exercent des pressions croissantes sur ces ressources. C’est la raison d’être du moratoire décrété au bénéfice du processus de conversion des anciens titres de concession forestière qui aurait dû être clôturé le 31 juillet 2014.
> Au plan international, comme je l’ai déjà indiqué, la RDC doit relever un premier défi important dans la conservation de la biodiversité, notamment au regard des espèces abritées dans ses aires protégées. Un deuxième enjeu, très stratégique, réside dans le maintien de son rôle de château d’eau de l’Afrique. Un troisième enjeu important se situe dans le processus de lutte contre les changements climatiques, par l’effet d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, que sont en mesure de remplir ses forêts.
Les principales causes de déforestation sont liées à la pratique traditionnelle de l’agriculture itinérante sur brûlis et à celle des coupes de bois de feu pour la consommation d’énergie domestique d’une très forte proportion de la population nationale.
Pour relever ces défis, la RDC sait pouvoir compter sur le soutien multiforme de ses partenaires techniques et financiers. À cet égard, la France, à travers l’AFD, appuie particulièrement la République démocratique du Congo pour une exploitation durable de ses forêts.

Quelles sont les réformes engagées actuellement par la RDC en faveur de la prise en compte et de la protection de l’environnement ?
Notre pays s’est engagé depuis plusieurs années dans la mise en place des réformes nécessaires à l’amélioration de la protection de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles.
Rappelons-en les principales :
> L’arsenal juridique a été renforcé avec notamment la refonte et la formulation des lois et textes règlementaires relatifs aux forêts, à la conservation de la nature et à l’environnement.
> Un Programme national Environnement, Forêts, Eau et Biodiversité a été élaboré et validé en 2012.
> Un processus de suivi-évaluation des actions menées a été établi dans le cadre d’une matrice de gouvernance préparé par le gouvernement en partenariat avec la Banque Mondiale.
> Un programme de rajeunissement des effectifs et de renforcement des capacités des services administratifs a été engagé avec le soutien de la Banque Mondiale et de la Coopération allemande.
> Un fonds fiduciaire pour la conservation de la nature, appelé Fonds Okapi, a été créé et doit être capitalisé à hauteur de 50 millions de dollars.
> Une politique d’assainissement a été récemment adoptée et un cadre légal est en cours d’élaboration.
Enfin, plusieurs instruments juridiques internationaux ont été ratifiés pour protéger nos ressources marines et côtières :
> la Convention d’Abidjan sur la coopération en matière de protection et de mise en valeur du milieu marin et des zones côtières,
> la Convention MARPOL pour la prévention de la pollution par les navires,
> la convention Internationale sur la préparation, la lutte et la coopération en matière de pollution par les hydrocarbures,
> la Convention Internationale sur la responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures,
> la Convention FIPOL, etc.

La RDC est un pays immense. Sa nature et ses forêts représentent des enjeux importants pour sa population, mais aussi pour la planète et la communauté internationale. Pourriez-vous rappeler l’engagement de la RDC dans la lutte contre le changement climatique et les progrès accomplis dans la mise en place du mécanisme REDD+ ?
Depuis le lancement du processus de préparation à la REDD+ en 2008, la RDC, qui fait partie des pays pionniers dans ce domaine, a réalisé les importantes avancées suivantes :
– une stratégie REDD+ a été produite, validée par l’ensemble des parties prenantes et approuvée par le gouvernement ;
– un cadre juridique et institutionnel de mise en œuvre de la REDD+ est en phase de montage ;
– un Fonds national REDD+ a été institué par décret du Premier Ministre ;
– une phase d’investissements a été entamée.
Précisons que les besoins financiers pour soutenir cette phase d’investissement, dont les programmes sont développés dans la Stratégie nationale REDD+ se chiffrent en milliards de dollars. Un premier apport a été obtenu avec le soutien de la Banque Mondiale à un projet REDD+ situé dans la province du Bandundu, districts des Plateaux et de Mai-Ndombe, qui va conduire à la conclusion d’un contrat d’achat – vente de crédits carbone. La multiplication de telles initiatives contribuera, à terme, à améliorer la gouvernance dans la gestion des nos ressources naturelles.

Propos recueillis par Philippe Bosse

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