Les tendances actuelles des musiques urbaines

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Rumba et ndombolo ont réussi à s’exporter sur le continent. Ils trouvent encore une foule de preneurs en dépit de la concurrence que représente depuis peu les sons nigérians ou ivoiriens, également prisés. Les grandes vedettes actuelles de la rumba et du ndombolo, à l’instar notamment de feu Papa Wemba, Koffi Olomide, Werrason et JB Mpiana ainsi que Fally Ipupa et Ferre Gola alignent une foule de fanatiques. À vrai dire, la musique congolaise en compte bien plus que de mélomanes. Kinshasa est une ville dont le rythme trépidant rappelle bien celui de la musique où elle baigne nuit et jour. En effet, la musique occupe une place importante dans le quotidien kinois et elle semble donner son rythme effréné à la ville elle-même.

Les deux ex-poulains de Koffi Olomide, Fally Ipupa et Ferre Gola sont devenus à leur tour stars à part entière de renommée internationale. La rivalité entre les deux ex-sociétaires du Quartier Latin rappelle un peu celle de leurs aînés JB Mpiana et le Roi de la forêt, Werrason qui ont marqué leur temps de manière mémorable avec la fameuse « Génération Wenge » dont ils sont les ténors. Si à ce jour, Fally Ipupa et Ferre Gola occupent le devant de la scène, ils ne font cependant pas totalement ombrage aux autres jeunes talents qui émergent. Ceux-ci ne jouissent certes pas de la même aura mais ils ne manquent pas non plus d’audience. L’on peut citer ici, particulièrement dans le registre des animateurs, appelés atalaku dans le jargon musical local, reconvertis en chanteurs Bill Clinton, un atypique, Céléo Scram et tout dernièrement, Brigade Sarbati. Tous trois transfuges de Wenge Musica Maison Mère (Wenge MMM) de Werrason.

Tout récemment, Héritier Watanabe, également ancien sociétaire du même orchestre a décidé de se lancer en solo et a déjà son public.

Mais de tous les ex- chanteurs de la dernière vague dudit groupe musical, il n’en est pas un qui se soit autant démarqué que Fabregas, le métis noir.

Fabrégas, une fascination

En 2012, Amour-Amour, le premier album solo de Fabrégas passait presque sous silence un peu comme ses quatre ans dans Wenge MMM, de 2007 à 2011. Pas si connu que ça, s’il faut le comparer notamment à Héritier Watanabe ou Déplick Filla entré dans l’orchestre quasiment à la même époque que lui.

Fin 2014, il sort Mascara, le single de son album Anapipo qui suivra quelques semaines plus tard. Il connaît un succès sans précédent à Kinshasa et même au-delà. En effet, ce générique (entendu comme le titre ou les titres d’un album structurés autour d’animations dansantes) fascine et fait danser tout le continent.

Il nous revient notamment qu’en août dernier, au Gabon, une fête ne se concevait pas sans Mascara. Son clip, diffusé sur les télévisions congolaises et à l’international comme sur Trace TV, où il était un bon moment N°1 du Hit Africa et de Trace Africa a fait un véritable tabac avec le cri «Ya Mado». Plus impressionnant encore, l’album se maintient bien d’un bout à l’autre de l’année 2015 en boîte et est réclamé dans les fêtes. Performance que plusieurs grands noms de la chanson congolaise n’arrivent plus à réaliser ou encore à grand peine.

Pourtant, pour le jeune Fabrégas, 28 ans à ce jour, cela semble un jeu d’enfant. Autre chose, la danse du Kangourou accompagnée du cri « Ya Mado », les deux ingrédients qui font adorer le tube ne sont pas les seuls à le porter. Les tuniques au motif dakishi qu’arborent Fabrégas et ses musiciens dans la chanson et sur la pochette de l’album, le remettent au goût du jour. Indémodable, le motif imprimé sur pagne appelé en RDC jusqu’ici Miriam Makeba est débaptisé « Ya Mado ».

Lexxus Legal, pilier du hip-hop

Par delà son statut de rappeur et sa carrière d’artiste, aux yeux de plusieurs, Alex Dende, alias Lexxus Legal passe pour le pilier du style hip hop. Il est parvenu à imposer son rap engagé sur les scènes congolaise et internationale. Figure emblématique du hip-hop congolais, voix respectée dans la sphère africaine, il scande, non sans poésie, les droits du peuple face à ses gouvernants. Léop’art, son dernier album en date sorti il y a quelques semaines le remet sur orbite. Ce quatrième opus 100 % rap entre français et lingala est rendu plus doux à l’oreille à la faveur d’une série de sonorités africaines.

Mais il convient de souligner que près de vingt bonnes années après son entrée et surtout sa percée en RDC, le hip-hop a l’avantage d’avoir rencontré l’engouement de la jeunesse qui du reste s’est accru d’année en année. La libéralisation du secteur audiovisuel a favorisé cette tendance et les rangs des pratiquants de cet art urbain grossissent. Cependant, très peu arrivent vraiment à émerger du lot. Leur talon d’Achille, le défaut de promotion. Leoniss, par exemple, est l’un de ses jeunes talents qui a tous les atouts du succès mais qui pêche à ce même niveau et n’a pas encore la reconnaissance du public qu’il mérite.

Magnum C7

Photo : Christian Kisavu