L’Institut français de Bukavu

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Impact : L’ambassadeur de France en RDC et le gouverneur du Sud-Kivu viennent de couper le ruban inaugurant la Halle des grands lacs. Dans quel contexte s’opère ce retour de la France, 25 ans après la fermeture de ce que l’on appelait à l’époque le centre culturel français ?

Maurice Brouard : Instruments de la diplomatie française, les instituts français sont des outils d’influence, de partenariat et de coopération. Leur mission est de promouvoir une diversité culturelle fondée sur des valeurs universelles. À cet égard, ils servent à la fois les cultures des pays partenaires mais aussi l’action culturelle extérieure de la France en matière d’échanges artistiques (spectacle vivant, arts visuels, architecture), de diffusion du livre, du cinéma, de la langue française… Ils développent également un programme de diffusion de la culture scientifique.

Mais qu’en est-il, plus précisément, pour ce qui est de l’Institut français de Bukavu?

La Halle des grands lacs, plus communément appelée Institut français de Bukavu, s’attachera à faire valoir les conceptions françaises sur des thèmes « culturels » au sens large tels que : diversité culturelle, développement durable, environnement, nouvelles régulations de la mondialisation, culture et développement. Mais elle s’efforcera aussi de promouvoir les débats d’idées dans le Sud Kivu. Dans cette perspective, elle sera une véritable plate-forme de ces débats d’idées sur les grands thèmes de société.

Sur quels principes entendez-vous développer ces actions ?

L’Institut français de Bukavu présentera une diversité culturelle organisée et fondée sur les valeurs de tolérance, de laïcité, d’échange et de connaissance mutuelle. En conséquence, il assurera une mission d’enseignement de la langue française ; de partenariat culturel et artistique, y compris dans la dimension de développement ; de participation au débat intellectuel ; de coopération avec le pays partenaire.

Il semble que vous ayez misé sur le « tout numérique ». Pouvez-vous nous dire en quoi cela consiste ?

Installé dans des locaux entièrement rénovés, l’Institut français de Bukavu offrira, en effet, à ses habitants une gamme de services « haut de gamme » et « hautes technologies ». Quelques exemples :

Notre médiathèque numérique « Culturethèque », équipée de 30 tablettes et de 30 liseuses, donnera accès chaque jour à la presse française ainsi qu’aux dernières parutions littéraires ou musicales françaises et francophones. Un partenariat avec BSF (Bibliothèque Sans Frontière) permettra également de mettre à disposition de nos adhérents le « Koombook », une bibliothèque numérique nouvelle génération, ultra-portative, autonome et qui fonctionne sans connexion internet afin de diffuser l’information même dans les zones les plus reculées du Sud Kivu.

Notre studio de création vidéo permettra la réalisation de vidéos petit format (2/5mn) pour présenter les différents projets de l’institut mais aussi ceux de notre coopération dans tous les domaines, culturel, scientifique et technique.

Un studio de « création » son en partenariat avec les membres du Club RFI de Bukavu permettra de réaliser des reportages radio qui seront diffusés sur les ondes de RFI et des radios locales.

Le studio de création musicale, doté d’un équipement numérique de qualité, donnera aux musiciens de Bukavu l’occasion de créer dans des conditions quasi professionnelles.

Enfin, notre salle de cinéma numérique, entièrement rénovée, proposera, grâce à la plateforme IF Cinéma de l’Institut français de Paris, les derniers films français et francophones.

Quid des services traditionnellement offerts par un institut français ?

Ils ne sont pas oubliés pour autant. Ainsi avons-nous aménagé un hall d’exposition confortable et convivial. Il sera ouvert aux plasticiens du Nord et du Sud Kivu. J’envisage aussi d’organiser des résidences d’artistes.

Et les activités d’enseignement ?

Nous allons démarrer des enseignements de langue française et de langue locale avec des méthodes d’apprentissage modernes, dans des salles de classe équipées des dernières technologies informatiques et multimédia.

Ne craignez-vous pas de créer une institution élitiste ?

Pourquoi pas, dès lors que cette institution reste largement ouverte à des partenaires tels que la mairie de Bukavu et les établissements scolaires publics et privés de la place, dans une action sur le long terme.

Je vais vous donner l’exemple de notre politique de sensibilisation des jeunes Congolais à la culture scientifique. Une première exposition du Centre sciences Orléans « Énergies renouvelables », sera présentée à l’Institut mais aussi dans les établissements scolaires. Elle permettra de sensibiliser les élèves à l’importance de l’accès à l’énergie des pays en voie de développement, de l’amélioration de l’efficience énergétique dans les pays riches et du recours aux énergies renouvelables au niveau local, régional et international.

Comprendre le rapport entre énergie et développement, les difficultés à venir pour l’approvisionnement à partir de certaines sources, les conséquences sur le changement climatique d’une augmentation toujours croissante de nos besoins, seront les thèmes abordés dans cette exposition interactive composée de 13 panneaux autoportants et 12 expériences interactives.

Votre action dépassera donc les murs de la Halle des Grands Lacs ?

Absolument ! Et je vais vous en donner un autre exemple. Le « projet MOOC et Koombook » arrive au Sud-Kivu ! Dans sa stratégie de développement du numérique, l’Institut français de Bukavu jouera ainsi un rôle d’appui technique et pédagogique pour l’utilisation de ces outils dans un premier temps dans deux établissements universitaires, l’Université Catholique de Bukavu (UCB) et l’Institut Supérieur de Pédagogie (ISP).

Un séminaire de mise en place des activités numériques avec les « Koombook » se déroulera en septembre 2016, à la Halle des grands lacs.

Les participants sont les établissements universitaires concernés, UCB et ISP, les deux collèges renommés de la ville de Bukavu, l’Athénée et Alpha Jehri. L’équipe de l’Institut français assurera la conduite du séminaire, le service de coopération de l’ambassade de France à Kinshasa supervisera l’exécution de la convention passée avec le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, et Bibliothèques Sans Frontières (BSF) fournira les nano-serveurs et l’expertise technique et pédagogique pour leur mise en action.

On peut donc espérer un vaste travail en réseau ?

Ce sera le cas à plusieurs niveaux. Travail de réseau avec les Instituts français de Kinshasa et Lubumbashi mais aussi avec les Alliances françaises de RDC et plus particulièrement celle de Kisangani. Travail de réseau également avec les Instituts et Alliances françaises de la sous-région. En témoigne la présence ici, lors de cette inauguration, des conseillères de Coopération et d’action culturelle, directrices des Instituts français de Kigali et Bujumbura ainsi que du directeur de l’Alliance française de Kampala et de la directrice déléguée de l’Institut français de Bujumbura.

Propos recueillis par PL

Photo : Pacom Bagula

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