Manger sain et local ?

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Bio ou pas ?
Il existe différentes initiatives de production biologique accessibles aux habitants de Kinshasa. C’est souvent la distribution qui est un peu plus difficile à organiser. Les produits locaux distribués dans la capitale proviennent du Bas-Congo, de la périphérie de Kinshasa dont Kimwenza, ainsi que du Bandundu. Les revendeurs vont s’approvisionner au marché de La Liberté pour les légumes qui arrivent par route des Plateaux des Bateke. Les légumes du Bas-Congo abondent dans les marchés du sud de la ville, comme celui de Matadi Mayo.
Chez les petits producteurs, les intrants non bio sont peu utilisés faute de moyens ou parce que certaines cultures n’en ont pas besoin. La FAO a longtemps préconisé la lutte biologique contre les ravageurs. A Nkamba, les Kimbanguistes cultivent des légumes à l’abri de toute pollution et sans le moindre produit pesticide.

Le maraîchage, filière existentielle
La filière maraîchère à Kinshasa que l’on appelle aussi horticulture, assure la production et la commercialisation des légumes de la capitale. C’est l’une des professions les plus importantes, car elle fait vivre une population de 500.000 personnes. La moyenne de la surface exploitée par le maraîcher est de 4 ares, soit 400 m2 par exploitant. La production légumière de Kinshasa est largement dominée par la culture des légumes feuilles (87%), mais comporte aussi des légumes fruits (11%) et des légumes racines, principalement la carotte (2%). Il y a deux types de légumes-feuilles ; ceux à cycle court (environ un mois) : amarante, feuilles de patate douce ; et les légumes-feuilles à cycle long : c’est le cas de la ciboule, du chou chinois, de la morelle, de l’oseille. L’amarante (28%) prédomine parmi les légumes feuilles, suivi des feuilles de patate douce (25%), de la ciboule (18%) et des feuilles de manioc (15%). Ces dernières servent à la préparation du pondu, tandis que leurs tubercules sont transformés en farine pour préparer le fufu, son amidon donnant, pour sa part, la chikwang. Les légumes fruits sont dominés par l’aubergine violette (5%), suivie par la tomate et le gombo (3%).

L’amarante, star des marmites
L’amarante (Amaranthus, appelée localement Biteku Teku), dont le goût avoisine celui de l’épinard, a trop longtemps été considérée comme le légume du pauvre en RDC. De fait, cette plante pousse sur des sols pauvres et résiste à la sécheresse, aux parasites et aux maladies. Sa culture exige donc moins de temps et d’argent. Un atout auquel s’ajoutent les rendements importants qu’elle génère, et son caractère plus écologique que celui des plantes nécessitant des pesticides. Par ailleurs, la valeur alimentaire des feuilles d’amarante est très élevée, notamment en protéines, vitamines et minéraux. Elles peuvent contenir trois fois plus de vitamine C, dix fois plus de carotène, quinze fois plus de fer et quarante fois plus de calcium que les tomates. Sa richesse en calcium en fait un aliment préventif de l’ostéoporose. Les graines d’amarante contiennent 16% de protéines et sont remarquablement riche en lysine, un acide aminé essentiel et absent dans la plupart des céréales. La teneur de l’amarante en minéraux est aussi remarquable : c’est une excellente source de calcium, fer, magnésium, potassium, cuivre, manganèse, sélénium, phosphore, potassium et zinc. Elle contient aussi de la lécithine, favorable au système nerveux et cérébral. Ses graisses sont composées de 70% d’acides gras polyinsaturés. Elle est constituée aussi d’une grande quantité de fibres et ne contient pas de gluten. Les fleurs et les feuilles de l’amarante sont salutaires pour l’intestin. Avec cette richesse nutritionnelle, l’amarante est donc un aliment de choix pour tous et, en particulier, pour les femmes enceintes, les convalescents, les végétariens, les personnes âgées ou les enfants en pleine croissance.

Alain Huart