M’PANGIAMI : série citoyenne

248

N’avez-vous pas regardé au moins une fois M’pangiami ?
Une série télévisée produite, tournée et diffu sée ici en RDC par une équipe de producteurs, cinéastes et acteurs kinois. Production soignée, comédiens en vue, histoires de famille, d’amitié et d’amour, tous les ingrédients d’une série à succès sont là, sauf que ce feuilleton parle de démocratie et de gouvernance. La seconde saison est diffusée actuellement sur plusieurs chaines, dont Digital Congo, Be One, TV Nyota à Lubumbashi.
Corruption sous toutes ses formes, gabegie dans la gestion des fonds publics, tribalisme social et professionnel, violence faites aux femmes, la série traite de tous ces thèmes, mais sans être didactique ou ennuyeuse. M’pangiami veut avant tout être agréable à regarder : amour, trahison, amitié, tous les éléments dramatiques concourent à se laisser porter.
Changeant radicalement de position, il change également radicalement d’éthique

La série suit l’histoire de Kayoko, fonctionnaire, qui s’engage dans une lutte syndicale pour faire reconnaître ces droits dans la première saison. Dans la seconde saison, Kayoko a acquis une petite notoriété. Un évènement va changer sa vie. Son frère devient Ministre des finances et Kayoko se voit nommé Secrétaire général du ministère. Changeant radicalement de position, il change également radicalement d’éthique en s’adonnant à toutes les vices auxquels un décideur public peut succomber en termes de corruption.
La première saison a été un succès populaire et a été rediffusée plusieurs fois par les chaines partenaires. « La série est réalisée dans un langage que les téléspectateurs peuvent facilement comprendre car c’est le langage de tous les jours. On veut attirer et garder l’attention des téléspectateurs pour les amener à adopter un nouveau comportement en s’identifiant individuellement aux personnages. Mais le premier objectif est que les téléspectateurs puissent discuter sur des idées nouvelles et essayer d’adopter de nouveaux comportements face aux maux qui rongent aujourd’hui la société congolaise », affirme Didace Kawang, le réalisateur et producteur de la série. En effet, « la plupart des productions actuelles ont pour thématique principale la sorcellerie », déplore-t-il encore. Pour lui, le débat démocratique entre les amis, dans le milieu professionnel, en famille, dans les relations avec les autorités, c’est aussi le « vécu quotidien des citoyens congolais. »

Les chaines diffusent peu de fictions sur le quotidien de la population, puisqu’il y a peu de productions congolaises. Le succès de la série s’explique aussi par le fait que les chaines diffusent peu de fictions sur le quotidien de la population, puisqu’il y a peu de productions congolaises. La série « vient donc enrichir les grilles de programmes des médias avec un contenu innovant, une thématique unique et de surcroît de qualité, respectant les normes internationales de production cinématographique », explique Didace Kawang. La production des deux premières saisons a bénéficié du soutien des coopérations britannique, suédoise et française par le programme « Médias pour la démocratie et la transparence en RDC » : appui financier, logistique et une formation à l’écriture de fictions audiovisuelles. Grâce au succès de la série, Uniproc, la structure de production, obtient une diffusion gratuite de la série dans les chaînes de télévision et partage les revenus publicitaires. Une situation qui est quasiment un exploit dans un contexte où les producteurs sont habitués à payer leurs productions avant une quelconque diffusion dans les médias.

Noëmie Kilembe et Karim Bénard-Dendé

Photo : DR