Mujeres del Congo

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Impact : Monsieur l’Ambassadeur, vous avez choisi d’exposer le travail de la photographe, Isabelle Munoz, en RDC, à Kinshasa mais aussi à Goma puis à Madrid. Quelles ont été les raisons qui ont motivé le choix de ces villes ?

Javier Hergueta Garnica : Isabelle Munoz est venue à Kinshasa pour travailler sur un projet sur les grands singes d’Afrique. Elle est également venue dans l’Est du Congo pour y réaliser des reportages. Très logiquement, nous avons souhaité organiser l’exposition à Kinshasa mais aussi à Goma et Bukavu. C’est aussi une exposition en hommage à Caddy Azuba qui a reçu le Prix « Prince des Asturies» de la Concorde et qui a réalisé un grand travail sur la lutte contre les violences sexuelles. Elle a également fait un travail remarquable, comme journaliste à Radio Okapi. Nous voulons l’avoir à Goma, à Bukavu puis, avec une présentation beaucoup plus grande, à Madrid et probablement dans d’autres capitales.

Quels sont les objectifs d’une telle exposition qui présente des portraits de femmes du Congo victimes de violences sexuelles ?

Ce n’est pas exactement des portraits de femmes victimes de violences sexuelles, c’est beaucoup plus large. Ce que l’on veut faire, c’est montrer le ferment de l’espoir, en commençant par illustrer le travail de cette ONG qui aide les victimes de violences sexuelles, tout en mettant en avant des femmes énergiques, qui contribuent à la vie sociale et qui sont aussi des actrices économiques motivées. La plupart de l’exposition ne porte pas sur les victimes, mais sur des femmes qui travaillent, grâce à un financement sur micro-crédit et les femmes influentes

Le prestigieux prix « Prince des Asturies » a été récemment décerné à la journaliste Caddy Adzuba ainsi qu’à son ONG «Association des femmes des médias du Sud Kivu» (AFM/SK). Que vient il récompenser et quelle relation y a-t-il avec le travail photographique d’Isabelle Munoz ?

Le rapprochement est curieux ! Isabelle Munoz est une des plus grandes photographes d’Espagne. Elle a gagné de nombreux prix et elle fait un travail à la fois journalistique et artistique d’une grande qualité. Elle travaille énormément avec le journal El Pais. Elle est venue ici pour faire un reportage sur les grands singes du monde : gorilles au Congo, orang-outangs en Indonésie, etc. Quand elle est venue ici, elle était chez moi car je la connaissais bien ; je lui avais, en effet, organisé une exposition à la Havane lorsque j’étais en poste. Au même moment, nous recevions la visite de Caddy Azuba à l’ambassade pour faire une conférence à la suite du prix qu’elle venait de recevoir. Quand Isabelle a fait la connaissance de Caddy, elle a été fortement impressionnée. À la suite de cette rencontre, Isabelle Munoz s’est rendue à l’Est pour connaître tous les lieux où Caddy travaillait et elle a commencé à faire un autre reportage et c’est pour cela que nous avons pensé à faire cette exposition, car cela constituait une occasion unique de montrer les photos d’Isabelle Munoz. Comme notre ambassade a un budget limité, nous allons faire une version plus modeste de l’exposition, mais à Madrid et peut être même dans les autres capitales européennes, nous aurons sûrement une très grande exposition sur les femmes du Congo. Par rapport à Caddy, nous voulions lui rendre hommage pour le travail qu’elle accomplit. C’est pour cela que nous allons organiser une conférence qui se tiendra à l’Institut français dans la matinée du 11 juin, sur la situation des femmes à l’Est.

Impact : La note de présentation de l’exposition souligne une corrélation entre les guérisons physiques des femmes et le leadership féminin. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

Ce chemin vers l’espoir passe par ces femmes qui sont fortes et leaders dans la société. Caddy Azuba fait un travail remarquable qui va bien au-delà des problèmes des violences sexuelles. Elle a, à son actif, un grand projet de communication, une radio pour les femmes mais aussi un projet de micro-crédit. C’est une personne exemplaire, elle a reçu le prix « Prince des Asturies » qui est un prix ayant une forte dotation économique et elle a employé ce gain pour créer et financer elle-même ce projet de micro-crédit qui fonctionne très bien. Caddy est l’espoir du Congo. Vous savez que dans la culture africaine, le rôle des femmes est très important, notamment le rôle économique. Nous voulions le montrer. De plus, Isabelle Munoz a eu l’occasion de mettre en avant l’aspect artistique, car ces femmes dégagent une image très forte. Si vous voyez les photos, vous remarquerez que ce sont des femmes volontaires qui ont bénéficié d’un micro-crédit et qui sont à la tête de leur entreprise. Tout cela donne une image positive de femmes actives et c’est cette image optimiste de la femme congolaise que nous voulons transmettre.

Quelles sont les autres partenaires ayant contribué à la réalisation de cette exposition ?

Nous sommes très reconnaissants à l’ambassade de France et l’institut français pour le rôle qu’ils ont joué. Dès le début, nous avons été en contact avec eux et ils ont mis à notre disposition la Halle de la Gombe qui est, je pense, la meilleure salle d’exposition de Kinshasa. De plus, nous allons travailler ensemble pour l’exposition à l’Est avec les futurs instituts français de Goma et de Bukavu. Ces différents lieux nous offrent une plateforme fantastique. Nous avons aussi comme partenaire la délégation de l’Union Européenne qui a collaboré et financé une partie de ce projet. Il y aussi le Bureau Conjoint des Droits de l’Homme des Nations Unies car comme il s’agit d’une exposition ayant un aspect important sur les droits humains, ils ont voulu aussi participer. La fondation Hirondelle, qui est liée à Radio Okapi, dont Caddy est une des journalistes, fait aussi partie du projet. Enfin, Air France a participé à la venue des participants à Kinshasa.

Plus généralement, quels sont les autres projets de la coopération espagnole en matière culturelle ?

Nous avons beaucoup de projets de coopération en matière culturelle mais avec un budget limité. Cela ne nous a pas empêchés d’organiser une quarantaine d’activités l’année dernière. Cette année nous pensons présenter entre 40 et 50 activités. Nous faisons des choses très variées, des expositions avec au moins trois expositions de photographies, deux de peintures. Nous essayons de participer à de grands événements comme le festival de danse. Actuellement il y a un festival de percussions auquel nous participons, un festival de théâtre. Mais nous sommes aussi partenaires avec des institutions congolaises, nous donnons des cours de cinéma, des cours de musique etc.

Dans un tout autre domaine, nous avons bâti cinq centres de formation dans le domaine des soins infirmiers, dans celui de l’hôtellerie et de la restauration. Il y aussi trois écoles en cours de construction et un grand projet en collaboration avec la France comme l’Hôpital de Monkole et d’autres.

Propos recueillis par BP
Photo :Isabelle Munoz