Mwynyi Zahera

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Nommé en même temps que « Coach Ibenge » en avril 2014 à la tête de l’équipe nationale, Mwynyi Zahera a plusieurs casquettes: « je discute des choix techniques et tactiques avec Florent, en fonction des équipes que nous rencontrons, j’anime les séances d’entraînement, notamment celle des attaquants et je m’occupe de la préparation mentale et psychologique des joueurs avant chaque match ». Les Léopards sont en effet devenus une équipe à battre sur le continent africain et « nos adversaires jouent à 150% contre nous ». Certaines rencontres sont à l’image d’un David se mesurant à Goliath. «Il faut que nos joueurs soient motivés et prêts à l’impact physique» précise Zahera. À la vue des résultats actuels et de la réputation d’une équipe qui ne lâche jamais rien, le message semble trouver un écho positif auprès des joueurs.

Raymond Domenech et Roger Lemerre ont été mes instructeurs

Si aujourd’hui Mwynyi Zahera exerce ses talents auprès de la sélection nationale, il a essentiellement fait ses armes en Europe, notamment en France et en Belgique. Il a démontré, par la même occasion, toute l’étendue de ses qualités de « meneur d’hommes ». D’abord en tant que joueur où après quatre ans à Sozacom, club de Kinshasa, il est recruté par Anvers FC, club belge de 1ère division, par l’intermédiaire d’un agent connu à l’époque, Karl Broken. Nous sommes alors au milieu des années 1980. Il est ensuite transféré à Boom, toujours en Belgique, avant d’intégrer l’effectif d’Abbeville qui évolue en 2ème division française. Il y jouera quatre ans, sous la houlette de Georges Eo et Patrick Gonfalone, entrecoupé d’un passage d’un an à Amiens.

C’est durant cette période, hélàs, qu’une pubalgie l’éloigne des terrains plusieurs mois. Son retour sur les pelouses se fera dans le Nord Pas-de-Calais, à Maubeuge, en 3ème division. «Mes problèmes de santé m’ont alors conduit à penser à l’après-football ». « Une ville voisine de Maubeuge, Feignies, 7000 habitants, m’a proposé d’intégrer la mairie et de jouer pour leur équipe»… qui évolue alors en championnat régional. Un challenge que Mwynyi Zahera accepte de relever volontiers.

Passant ses diplômes d’entraîneur en même temps qu’il joue, il dirige ensuite l’équipe du FC Seignies et réussit quatre montées en cinq ans, jusqu’au Championnat de Football Amateur (CFA), soit la 4ème division nationale : « on allait partout se confronter aux équipes réserves des grands clubs français. Personne ne connaissait la ville de Feignies ! » se souvient encore en souriant Mwynyi Zahera.

À la fin des années 1990, il passe par Clairefontaine, le Centre national du football français pour y obtenir en 1998, année de la coupe du monde remportée par France, son diplôme d’entraîneur de football : « j’ai eu comme instructeur Raymond Domenech et Roger Lemerre », tous deux anciens sélectionneurs de l’équipe nationale. « Le cursus est d’une qualité extraordinaire et aujourd’hui, si nous en sommes là avec l’équipe de RDC, c’est grâce à la formation en France que Florent Ibenge et moi avons reçue ». Désormais, Mwynyi Zahera, mis en disponibilité par la mairie de Feignies, transmet ses connaissances auprès des meilleurs joueurs congolais. Il porte également un regard sans concessions sur le football en RDC : « il y a énormément de joueurs talentueux dans le pays mais les éducateurs qui les encadrent ne sont pas formés ». Des solutions, Mwynyi Zahera en a : «les entraîneurs devraient être diplômés, selon le niveau où ils évoluent. Il faut aussi une meilleure structuration des équipes professionnelles, avec pour chacune d’entre elles des centres de formation. Si l’AS Vita Club et le TP Mazembe sont aujourd’hui performants, c’est que ces clubs se sont structurés». Mwynyi Zahera souhaiterait aussi un climat apaisé dans les stades où certaines rencontres sont émaillées de violence. Celui qui a également entraîné le DCMP entre décembre 2014 et mars 2016, club de 1ère division de Kinshasa, se souvient qu’un jour, « mon équipe avait fait match nul. Certains supporters, mécontents, ont tout cassé dans le stade. Je pense qu’il faut plus de fermeté et sanctionner les clubs par des matchs à huis-clos ». Mwynyi Zahera reste cependant optimiste pour l’avenir du football congolais, dont il contribue à écrire l’histoire aux côtés de Florent Ibenge, avec l’objectif ambitieux mais réaliste «de se qualifier pour la Coupe du monde 2018».

SD et TP

Photo : Thomas Poirier