Nyiragongo

Le plus grand cratère de lave au monde !

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Chaque jour des touristes venant des quatre coins de la planète l’escaladent. Deux membres de l’Institut Français de Bukavu ont fait cette ascension et vous livrent leurs impressions.

Situé à 10 km au nord est de la ville de Goma dans le Nord Kivu, culminant à une altitude de 3.470 mètres, le volcan Nyiragongo appartient à la chaîne volcanique des Virunga qui s’étend d’Est en Ouest sur 80 km de long et 20 km de large. Un alignement de huit volcans : le Muhavura, le Gahinga, le Sabinyo, le Visoke, le Mikeno, le Karisimbi et 2 volcans actifs le Nyamulagira et le Nyiragongo.

Trente minutes de piste après la sortie de Goma sont nécessaires pour arriver à l’entrée du poste de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) où des guides et des porteurs nous attendent. Toutes les précautions avant l’ascension sont rappelées par le chef des guides à tous les participants. Sac de couchage, chaussures de montagne, eau, gants, nourriture tout est passé en revue. Chacun doit s’assurer de n’avoir rien oublié. Il nous est précisé que les moins expérimentés seront en tête de colonne et qu’ils rythmeront la marche. Nous voilà rassurés.

La longue colonne d’une vingtaine de touristes (anglais, américains, hongrois, hollandais, belges, coréens, sud africains, congolais et français), trois guides et une dizaine de porteurs se met en marche. Nous traversons une forêt épaisse sur un sentier bordé d’une végétation impressionnante. Quatre haltes vont ponctuer l’ascension vers le sommet du volcan. Chacune marquera un changement de végétation et permettra aux corps fatigués de se réhydrater et se reposer.

Après plus de cinq heures d’escalade les cœurs battent la chamade, le souffle est court et les jambes portent plus difficilement des corps mis à l’épreuve. La température a chuté de plus de 20 degrés depuis notre départ : bonnet, veste anti-froid, gants, tous les moyens sont bons pour se réchauffer. Le chef des guides nous encourage : « Cette dernière étape est la plus difficile, mais nous devons tous atteindre le sommet, personne n’est arrivé à ce niveau sans voir le volcan, encore un peu de courage, dépassez-vous, vous allez y arriver ».

Avant le sommet une brume très dense a réduit la visibilité à 5 mètres, la pente est raide et nous impose une ascension lente. Il nous faudra plus de 40 minutes pour parcourir la centaine de mètres nous séparant du sommet du volcan.

Six heures se sont écoulées depuis le début de l’ascension, des applaudissements fusent, nous voilà arrivés au point culminant du Nyiragongo.

Les épais nuages poussés dans le cratère par les vents froids ne permettent pas de voir la lave, nous l’entendons seulement, un grondement sourd qui n’en finit pas. Par intermittence, la brume se dégage et dévoile le lac de lave pour quelques secondes, parfois quelques minutes. Le spectacle est saisissant, impressionnant, d’une beauté indéfinissable. Au fond de ce cratère de 1.200 mètres de diamètres et 400 mètres de profondeur ce mystérieux lac de lave bouillonne. La roche en fusion gronde de manière inquiétante, des geysers de lave jaillissent, les couleurs sont magnifiques, une puissance impressionnante se manifeste. « Amazing … Amazing … » crient nos amis américains.

Pendant plusieurs heures les chasseurs d’images photographient, d’autres regardent tout simplement en savourant l’instant présent. Tous resteront jusqu’à ce que la brume revienne recouvrir le lac de lave et le volcan retourne à ses mystères. Après un repas cuit au makala, le charbon de bois local, et un bon verre entre amis d’un jour, chacun se retire dans sa petite cabane pour un sommeil bien mérité mais qui tarde à venir. Les images des entrailles de la terre sont toujours présentes.

Six heures du matin, il faut se préparer pour redescendre au camp de base. La descente sera tout aussi acrobatique que la montée, peut-être plus difficile même car les corps sont fatigués et les pieds glissent souvent sur les anciennes coulées de lave. Elle durera plus de cinq heures.

L’ascension du Nyiragongo requiert une bonne santé physique mais c’est une expérience unique d’une rare intensité que peu de personnes ont la chance de vivre. Merci aux guides et porteurs pour leur enthousiasme et pour nous avoir permis de vivre ce moment. Un moment tout simplement d’exception.

Pacom Bagula et Maurice Brouard