Paris encore plus proche de Kinshasa

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IMPACT : Vous êtes la première femme à présider aux destinées de la capitale de la France. Que vous inspire cette situation ?
Anne Hidalgo :
Un grand bonheur et une grande responsabilité. Pour moi, être maire de Paris, c’est être investie d’une formidable mission dans l’une des plus belles villes du monde ; une ville qui impressionne de par son histoire et sa capacité à se réinventer. En ma qualité de maire de Paris, je préside aussi l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF).
Là-aussi, c’est la première fois qu’une femme est à la tête de cette institution. Je mesure donc pleinement le poids des responsabilités qui pèsent sur mes épaules. Mais j’ai beaucoup d’énergie et je les assumerai.
C’est donc sous cette casquette de présidente de l’AIMF que vous êtes venue pour la première fois en RDC ?
Tout à fait. Ce faisant, je réponds à une demande assez ancienne de nos amis africains désireux d’organiser une réunion en RDC. Une telle démarche m’a paru d’autant plus justifiée que vis-à-vis d’un pays résolument engagé dans un vaste mouvement de réformes, réunir l’ensemble des maires francophones à Kinshasa et y apporter la contribution de l’AIMF prenait tout son sens. J’ajoute que c’est aussi un signal fort que nous donnons à ses habitants. N’oublions pas enfin que, s’agissant d’une assemblée générale de maires francophones, c’est aussi un moment très important pour la francophonie.

Quel sera l’essentiel de vos messages pendant ces quelques jours de congrès ?
D’abord que les pouvoirs locaux sont en place et agissent pour contribuer à relever les grands défis de la planète, avec les Etats, bien sûr. Car il est vrai que les pouvoirs locaux (municipalités, régions…) ont une capacité et une rapidité d’action qui sont, sans doute, moins importantes que celle des gouvernements sur certains sujets.
Pour autant, Etats et pouvoirs locaux sont complémentaires. Prenons, par exemple, le thème du changement climatique. Les Etats participeront à Paris, en 2015, à la 21ème conférence mondiale sur le climat ; ils y joueront un rôle prédominant dans la fixation de nouveaux objectifs. Dans le même temps, nombreuses seront les solutions qui seront trouvées localement.
D’ailleurs, même à l’ONU, on est conscient qu’il faut donner la parole aux villes, qui sont les principaux acteurs du changement climatique, à côté des entreprises, des ONG et des Etats.

C’est tout le sens de l’invitation qui m’a été faite en septembre dernier par le Secrétaire Général, M. Ban Ki-moon, à m’exprimer devant l’Assemblée Générale sur cette question du climat.
Autre message important que je veux faire passer à Kinshasa : la francophonie est une famille ayant en commun une langue et une histoire. Cette langue véhicule des valeurs et nous permet d’appréhender les défis qui se posent à nos sociétés humaines en intégrant des éléments d’ordre très différents. Certes, les technologies sont là pour résoudre une partie des problèmes, les questions de cohésion sociétale, de santé, d’éducation, de genre, de démocratie, de parole donnée aux habitants sont autant d’éléments que nous pouvons aborder, de par notre langue commune, au sein de la francophonie. En d’autres termes, mon message tend à promouvoir le partage d’expériences portées par les maires francophones. Ainsi en est-il, par exemple, de l’expérience, portée par l’AIMF, des « maires médiateurs », c’est-à-dire de ceux qui interviennent pour trouver des solutions à des conflits de voisinage, y compris d’ordre ethnique. Ce genre d’initiatives, que l’on rencontre à Kinshasa et à Brazzaville, sera étendu à Bangui.
Pour conclure, je crois à l’importance des pouvoirs locaux, dès lors, bien sûr, qu’ils ne sont pas déconnectés des Etats mais travaillent en lien avec ces derniers.

Indépendamment de ce grand rendez-vous international, je crois savoir que vous avez une échéance d’ordre bilatéral : la signature, avec le gouverneur de Kinshasa, d’un accord de coopération. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Le gouverneur de Kinshasa a souhaité que Paris puisse s’engager de façon concrète de manière bilatérale. J’ai naturellement accepté car il y a beaucoup de sujets sur lesquels nous avons un intérêt commun : d’abord l’environnement et l’urbanisme, car je pense qu’une ville comme Kinshasa, qui connaît une urbanisation débridée, a besoin d’un certain nombre d’apports, d’expertises, dont nous disposons à Paris.
Mais d’autres sujets tels que la gestion des finances locales ou la prise en compte plus affirmée de la santé des femmes pourront conduire des experts et fonctionnaires de la ville de Paris sur les rives du fleuve Congo. Ils travailleront avec les services correspondants ou accompagneront des projets, notamment en matière de santé.
Pour moi, de tels accords de partenariat ne doivent pas rester à l’état de déclarations amicales d’intention. Ils doivent être appliqués. Je suis très pragmatique et lorsque je signe un document de ce genre, j’entends qu’une telle démarche se traduise rapidement par des actes concrets.

Je voudrais, pour terminer, revenir à Paris. En cette fin d’année, quels sont vos principaux objectifs et quelles sont les pensées que vous avez pour les Parisiens ?
D’abord Paris est une ville-monde. Elle est très ouverte. Elle est curieuse. Sa population est jeune, énergique, solidaire ; elle ne vit pas à l’écart des bouleversements qui affectent le reste de la planète. Je veux sincèrement préserver et même amplifier ce caractère très particulier de Paris, cette qualité de ville-monde.
– Pour les Parisiens, mon objectif numéro un est le logement. La crise du logement ayant atteint un seuil critique, je veux être en mesure de leur offrir chaque année 10.000 logements supplémentaires, que ces derniers relèvent du logement social ou non. Le « réservoir foncier » de la capitale étant relativement limité, je m’appuierai non seulement sur la « construction neuve » mais aussi sur la transformation de bureaux en logements. Cette politique devra être complétée par un important travail autour du coût du logement. Au niveau du marché de l’immobilier, il faudra travailler avec le gouvernement pour essayer de contenir les coûts, en surveillant par exemple l’encadrement loyers.
– La transition écologique est un autre de mes objectifs prioritaires. Nous avons expérimenté, les années précédentes, de nouvelles sources d’énergie. Deux exemples : chauffer une école avec la chaleur produite par les égouts de Paris est possible : nous l’avons fait et nous allons le généraliser ; chauffer des immeubles de bureaux avec la chaleur produite par les ordinateurs lorsqu’ils sont en marche : nous l’avons expérimenté et cela fonctionne.
Pour résumer, la transition écologique ne consiste pas seulement à s’appuyer sur les énergies renouvelables. Il faut aussi recourir à des sources d’énergie relevant d’économies circulaires, rechercher de nouvelles façons de faire fonctionner la ville sur le plan énergétique.
– Autre grand chantier auquel je me suis attelée: les transports. Vous le savez, nous devons faire face à des pics de pollution liés notamment à un trafic automobile qui reste important même s’il est en diminution sensible. D’où une politique de transports consistant, d’une part à prolonger les lignes de tramway sur les boulevards des maréchaux, d’autre part à accroître le parc de bus à mobilité électrique. Mais la « mobilité douce » (vélo, marche à pied) ne sera pas oubliée. Nous allons essayer d’amplifier la pratique du vélo d’autant que les Parisiens l’utilisent désormais, non seulement pour l’agrément mais aussi pour leurs déplacements domicile – travail. Comment y parvenir ? Avec l’installation d’une mobilité électrique sur les vélos et, dans le même temps, l’augmentation du nombre de piste cyclables dans l’ensemble de la capitale.
– Enfin je mettrai en œuvre un programme de développement économique s’appuyant sur le monde des start-ups, notre ville ayant fait le pari du numérique. Ce programme sera original en ce qu’il s’articulera avec une approche fondée sur l’environnement (car nous devons assumer nos responsabilités en matière de climat et de transition écologique) et sur le social car il ne peut y avoir de société parisienne harmonieuse sans une cohésion assurée, en particulier, par des services sociaux notamment aux plus démunis.
J’ai, en effet, conscience que c’est à travers les entreprises, dans les secteurs traditionnels mais aussi dans des secteurs «nouveaux» tels que le numérique, que nous allons pouvoir écrire de nouvelles pages pour notre capitale.

Propos recueillis par PL.