Patrice Carteron

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Impact : Pouvez-vous résumer votre carrière en insistant sur les moments forts ?
Patrice Carteron : J’ai eu la chance, étant jeune, d’intégrer un club amateur à St Brieux dans les Côtes d’Armor. Par bonheur, chaque année pendant cinq ans, nous avons progressé dans le classement, ce qui m’a permis d’être repéré par des clubs professionnels. J’ai signé mon premier contrat professionnel, en tant que joueur de football, en 1991 à Laval. À l’époque, j’étais en deuxième division. Deux ans plus tard, j’ai rejoint Rennes en première division, réalisant un rêve d’enfance. J’y suis resté trois ans. À l’issue de cette période, j’ai été transféré à l’Olympique Lyonnais où j’ai eu l’occasion de jouer des matchs de très haut niveau, en Coupe d’Europe et en «Champions League» pendant trois saisons. Puis, j’ai joué cinq ans pour l’AS St Étienne. Jouer avec les Verts a constitué une expérience humaine et sportive formidable. J’ai également passé six mois à Sunderland dans le nord de l’Angleterre où j’ai eu beaucoup de plaisir à jouer.
À la fin de cette première carrière, j’ai intégré, pour deux saisons, l’AS Cannes, qui était à l’époque semi-professionnelle, mais cela m’offrait l’occasion de continuer à prendre du plaisir au foot tout en préparant ma reconversion qui s’orientait vers l’entraînement au plus haut niveau possible.
Pour ce faire, il m’a fallu obtenir neuf diplômes en moins de huit ans dont deux Brevets d’Etat et un mémoire sur la préparation psychologique du footballeur. J’ai eu la satisfaction d’être le premier en France à obtenir un 20/20 à ce mémoire. C’était, je pense, un sujet qui sortait des sentiers battus à l’époque.
Cela m’a permis d’entraîner efficacement l’équipe de Cannes, puis celle de Dijon qui a eu le plaisir d’être promue en ligue 1.
Mon dernier diplôme en date est une Licence de l’UEFA qui permet d’entraîner des équipes dans le monde entier. J’ai ainsi pris les rênes de la sélection nationale du Mali et nous sommes allés à la Coupe d’Afrique des Nations en Afrique du Sud. Nous avons fini à la troisième place en rapportant la Médaille de Bronze. Après cette victoire, j’ai été sollicité par le Président du «Tout Puissant Mazembe», Moïse Katumbi. Voilà bientôt deux ans que j’entraîne l’équipe des Corbeaux. Nous avons obtenu deux titres de champion du Congo, deux « supers coupes » du Congo. Nous avons joué une finale de Coupe des Confédérations de la FIFA et une demi-finale de « Champions League ».

Comment est née votre passion pour le football ?
Mon père jouait lui-même au football. Très jeune, je me souviens encore avoir été passionné par ce sport, que ce soit à la récréation, à l’école ou ailleurs. En Bretagne, nous avions accès aux chaînes anglaises de télévision qui diffusaient, à l’époque, beaucoup plus de matchs de football que les chaînes françaises. J’ai été rapidement captivé par tous ces matchs anglais.

Qu’est ce que le football vous a appris de vous-même ?
À l’adolescence, le football m’a aidé à prendre confiance en moi. J’avais aussi l’impression que mes performances sportives me permettaient d’être mieux considéré. Il y avait certainement une forme d’amour dans tout ça. Le fait d’avoir un ressenti, de par mes performances et le regard du public, m’a nourri pendant de nombreuses années. Tout ceci a contribué à multiplier mes forces et ma volonté pour aller le plus loin et le plus haut possible.

Qu’est-ce qu’un bon mental pour un joueur de foot ?
Avoir un bon mental, c’est accepter de faire beaucoup de sacrifices pour essayer d’atteindre ses objectifs. C’est accepter de souffrir, c’est accepter d’avoir une partie de son adolescence qui s’envole puisque l’on est très vite confronté à la réalité du monde professionnel. On passe aussi à côté de certaines choses parce que l’on doit avoir une discipline de vie, on doit avoir une hygiène de vie irréprochable si on veut réussir dans la durée. Je dirais donc que le mental c’est en fait, de savoir ce que l’on veut et s’en donner les moyens.
Ce que j’ai vécu en tant que joueur me sert beaucoup aujourd’hui en tant qu’entraîneur parce que l’on sait que, bien souvent, on ne peut compter que sur soi-même dans un sport collectif. Il y a toujours des épreuves et notre mental nous aide à les vaincre.

Comment faites-vous pour développer le mental de chaque joueur ?
Je me sers beaucoup de ce que j’ai vécu moi-même en tant que joueur. Durant de nombreuses années, j’ai lu beaucoup d’ouvrages qui m’ont certainement aidé à me découvrir un peu plus. Ces lectures, les formations que j’ai suivies ont contribué au développement d’un mental fort. On sait aujourd’hui que dans le sport de haut niveau, les joueurs sont physiquement et tactiquement bien préparés. La question est donc de savoir ce qui permet d’aller encore plus loin et d’améliorer les performances. La réponse réside dans le mental.
En tant qu’entraîneur, il est important de s’adapter en permanence, de comprendre et de connaître ses joueurs, d’évaluer les besoins de tel ou tel joueur. En effet, il y a des joueurs qui ont besoin que l’on les laisse tranquilles, d’autres au contraire qui ont toujours besoin d’être secoués, d’autres qui ont besoin de se sentir aimés, d’avoir un rapport quasiment paternaliste avec l’entraîneur. Le « coach » doit ainsi savoir comment utiliser ses joueurs le jour du match. Certains joueurs ne sont bons que dans la réaction, c’est-à-dire qu’il va parfois falloir être très dur avec ces joueurs avant un match pour créer cette réaction. D’autres joueurs, ont parfois des entames de match difficiles donc on essaie de s’adapter en changeant, par exemple, l’échauffement en le faisant plus intensif, plus dur , ce qui permet aux joueurs de ne pas se poser de question et d’être opérationnel immédiatement lorsque le match commence. En ce qui me concerne, j’apprécie le dernier entraînement à la veille d’un match. Je fais quasiment toujours la même chose parce que c’est pour moi un repère qui me permet de connaître l’état psychologique de chaque joueur. C’est très riche d’enseignement.
Le rôle de l’entraîneur est ainsi d’arriver à cerner la personnalité de chacun des joueurs pour faire en sorte qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes le jour du match.

Pour vous, l’esprit d’une équipe réside dans quoi ?
L’esprit d’équipe est d’arriver à faire en sorte que pendant les 90 minutes du match, avec des cultures et des personnalités différentes des joueurs, on ne devienne plus qu’UN. Pour avoir un esprit d’équipe, il faut travailler sur le «psychologique» de chaque joueur.

Quels sont les ingrédients pour avoir une équipe gagnante ?
Il faut beaucoup d’humilité dans le travail quel que soit le niveau des joueurs, beaucoup de travail en amont avec une bonne préparation physique et beaucoup de travail à l’entraînement tactique. Il est essentiel que les joueurs sentent que le coach peut toujours leur apporter quelque chose, quel que soit leur statut et leur niveau. Le coach doit s’occuper de tout le monde bien que l’on sache que dans un groupe de trente joueurs, onze joueurs sont plus performants que les dix-neuf autres. Le coach doit réussir à créer et à garder une alchimie entre les joueurs, une forme de dynamique de bonne concurrence, une concurrence saine qui permet aux joueurs de sentir qu’ils doivent donner le meilleur d’eux-mêmes, sinon… le copain prendra leur place !

Propos recueillis par Mélanie Sirdey-Coid
Photo : www.tpmazembe.com