Patricia Willocq

203

IMPACT : Comment a débuté cette incroyable aventure ?
Patricia Willocq : Vraiment par hasard. En mai 2013, j’étais dans le quartier UPN et j’ai pris des photos d’une personne albinos qui me racontait sa vie. Deux semaines plus tard, en faisant des recherches sur le sujet, j’apprends que les Nations Unies adoptent une proposition pour protéger les personnes albinos ; ce qui me motive à continuer mes investigations. J’entends de plus en plus parler de Mwimba Texas et je décide de le rencontrer. Je me rends compte que malgré le peu de moyens qu’il a, il arrive à faire bouger les choses au Congo. Je décide de lui créer un site internet…

Tu creuses un sujet et en même temps, tu avance dans tes rencontres et tes photos ?
Oui, je continue mon reportage. Je pars dans toutes les communes avec chaque fois un appareil polaroïd – pour offrir aux personnes prises en photo au moins un portrait, des crèmes solaires et mon carnet, pour les interviews. En me rendant dans les écoles, je constate que les enfants albinos n’ont pas un accès égal à l’éducation puisqu’ils souffrent tous de problèmes d’acuité visuelle. Je vais voir l’Unicef et le Lions Club et je décide de lancer un projet social. Je récolte des fonds pour faire passer 150 enfants au centre ophtalmologique de Masina et pour leur offrir des lunettes photochromiques et progressives. Je contacte le centre Wallonie-Bruxelles pour lancer une exposition de rue. En continuant mes recherches sur l’albinisme dans les autres pays, je me rends compte que la situation des personnes albinos en RDC est meilleure que dans certains autres pays d’Afrique et que mes photos représentent bien cette situation positive de l’albinisme.

Mais tu as déjà l’idée d’aller bien plus loin qu’une simple expo, non ?
Oui, avec Texas, nous décidons donc d’écrire une lettre au Premier Ministre de RDC, Augustin Matata Ponyo et nous lui demandons d’instaurer une journée nationale de l’albinisme. Nous recevons un retour favorable et le dossier est actuellement à l’étude au ministère des affaires sociales et droit humanitaire. Nous espérons que cette journée sera bientôt instaurée.

Ton expo est aussi devenue une belle mobilisation et une reconnaissance…
En effet, je décide alors de lancer un événement plus large, « Blanc Ebène », pour sensibiliser les gens et j’appelle la star malienne albinos Salif Keita pour le rallier à cette cause. J’organise le 26 février 2014 à Congo Loisirs un évènement qui réunit le projet social et culturel : distribution de lunettes, exposition photos et concert de la star. Le gouverneur entend parler de l’évènement et décide d’apporter son soutien en offrant un terrain à la Fondation Mwimba Texas pour qu’il puisse créer son centre. Le 4 mars 2014, je reçois la mention d’honneur du concours UNICEF « Photo of the Year Award », ce qui est pour moi un bel encouragement.

On te sent très motivée à aller plus loin. Quelles sont les suites que tu comptes donner à ce projet ?
Je travaille maintenant sur d’autres développements de ce projet en faveur des personnes albinos. Il y a le lancement d’une campagne radio-télé pour sensibiliser les personnes albinos au problème du cancer de la peau et leur expliquer les gestes essentiels pour éviter de le développer. Je continue à travailler sur le dossier de la journée nationale de l’albinisme. Et enfin, je veux montrer qu’au Congo il existe des avancées positives pour l’intégration des personnes albinos dans la société.

Propos recueillis par MVDB

Photo : Patricia Willocq