« Poésie Katangaise »

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Une exposition présentée du 14 janvier au 7 février au Square Forrest, à la galerie Dialogues, au Zoo et à l’Institut français Halle de l’Etoile. L’artiste Osvalde Lewat s’est attachée à décrire Lubumbashi « la discrète » à travers son architecture, ses paysages, sa population dont elle a sublimé l’humanité, la dignité et le courage.
De ces images prises sans flash, sans fard, souvent réalisées de nuit, transparaît une grande sensibilité. L’artiste fixe la lumière presque irréelle d’une terrasse de bar, les traces du temps sur les murs, les visages graves de paysannes au milieu d’un champ, le halo lumineux de la lampe d’un pêcheur la nuit sur une pirogue.
Travail patient, quasi ethnographique, à la manière d’un Jean Rouch, Osvalde Lewat prend le temps de discuter avec les pêcheurs de Kashobwe pour connaître leur vie, leurs difficultés, leurs rêves, et n’hésite pas à embarquer avec eux sur une pirogue pour mieux les observer dans leur travail.
À une époque marquée par le narcissisme superficiel du selfie, Osvalde Lewat choisit de saisir l’image pour en fixer l’essentiel, l’invisible, le non-dit : ces paysannes ne se donnent pas en spectacle, elles semblent détachées des contingences de leur apparence, sans doute aussi harassées par leur travail agraire ; un instant de pose dans leur tâche et elles sont photographiées sans mise en scène, observant d’un regard calme l’objectif qui saisit ce moment de leur vie de tous les jours.
Approche artistique aussi, avec ce travail très fin sur la lumière, les flous impressionnistes des pêcheurs du lac et ces soleils levants qui nous renvoient aux souvenirs d’une partie de pêche sur les bords de Marne d’Auguste Renoir ou bien à la fameuse « Impression Soleil levant» de Claude Monet.
Les enfants des rues, attablés à la simple lueur d’une bougie tremblante, semblent quant à eux tout droit issus d’un chef d’oeuvre d’un grand peintre hollandais du siècle d’Or. Observatrice pénétrante de la réalité, Osvalde Lewat nous dévoile sa maîtrise achevée des jeux d’ombre et de lumière à la manière d’un autre artiste du XVIIème siècle, Georges de la Tour («Saint Joseph charpentier », « Saint Jérôme lisant »).
La cité minière prend aussi parfois des allures de Far West, notamment cette terrasse de café éclairée d’un néon couleur fuchsia qui nous fige dans l’étrangeté d’un tableau d’Edward Hopper ou nous remémore certains clichés des années 60 du photographe américain William Eggleston ou encore ceux du documentariste Raymond Depardon. Malgré la dureté de la vie quotidienne, les ombres projetées sur les murs graffités de la ville, ces enfants endormis à même le sol blottis l’un contre l’autre, sont le fruit du regard d’une artiste qui, sans aucune once de misérabilisme, nous offre une vision empathique et très convaincante de Lubumbashi.
Loin de l’agitation bruyante de Kinshasa, Lubumbashi la discrète nous séduit alors par son charme tranquille, celui d’une capitale régionale aux confins du grand Congo.
Osvalde Lewat est en effet parvenue à y saisir avec poésie et sensibilité quelques instants de vie réelle, entre ombre et lumière, pour en révéler la beauté et la dignité.

CR
Photo : Osvalde Lewat