Protéger ceux qui protègent : l’action de l’ONG française AEDH dans les Kivus

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Pour 2017, le Bureau Conjoint des Nations Unies pour les droits de l’Homme (BCNUDH) a documenté près de 6 500 violations des droits de l’Homme sur toute l’étendue du territoire de la RDC, soit une augmentation de 25% par rapport à 2016 et de 62% par rapport à l’année 2015. La province du Nord-Kivu concentre à elle seule plus du tiers des violations constatées en 2017 en RDC.

Dans ce contexte, les organisations de défense des Droits de l’Homme (ODDH) sont appelées à jouer un rôle essentiel en termes de sensibilisation et de plaidoyer, au risque parfois de s’exposer elles-mêmes à la violence. Il est donc essentiel, et  même vital, que ces associations soient structurées, et leurs membres formés. C’est le sens de l’action de l’association française Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme (AEDH), basée à Lyon, qui agit depuis près de 25 ans en République Démocratique du Congo et en Afrique centrale.

Avec le soutien de l’Agence Française de Développement, AEDH accompagne des organisations de défense des droits humains dans la mise en œuvre de leurs activités, via son projet « DEFI » (Développer et Favoriser les Initiatives des organisations de défense des droits de l’Homme en Afrique centrale). AEDH apporte ainsi un soutien technique et financier aux ODDH dans leurs actions de sensibilisation (tournois sportifs, conception et distribution de guides, émissions radio et/ou télévisées, causeries éducatives, etc.) et de plaidoyer local, national ou international : rédaction de communiqués de presse, projet d’édit en faveur des droits des peuples autochtones, réunions mixtes impliquant les autorités régionales sur les conditions de détention. AEDH facilite en outre l’organisation de visites d’échanges régionales entre des défenseurs des droits humains sur les thématiques du projet (lutte contre les LGBT-phobies, droits des détenus, violences faites aux femmes et aux mineurs, démocratie et Etat de Droit).

L’action d’AEDH se traduit également par la réalisation d’un programme d’aide d’urgence aux défenseurs des droits de l’homme (projet RISK). Grâce à une aide financière et humaine, ce programme, financé par le ministère des Affaires Etrangères des Pays-Bas, permet aux défenseurs exposés à des menaces de continuer leurs activités tout en étant protégés par des mécanismes spécifiques (par exemple, relocalisation, assistance juridique, prise en charge des soins médicaux en cas de violences).

Depuis le début du programme, en juin 2016, ce sont plusieurs dizaines de défenseurs des droits humains, hommes et femmes, qui ont été soutenus au Nord et Sud Kivu.  Ces personnes ont été victimes de violences sexuelles, menacées, torturées ou détenues arbitrairement en raison de leur engagement à promouvoir et à défendre les droits de l’homme. Certains d’entre eux ont été temporairement relocalisés.

Afin d’améliorer les capacités des acteurs locaux à documenter les cas de violations des droits de l’homme, AEDH facilite l’organisation de visites d’échanges entre les ODDH au Nord et au Sud Kivu. AEDH s’engage aussi auprès des populations les plus vulnérables, notamment les victimes de violences basées sur le genre et les populations Pygmées. Par le biais de la sensibilisation et d’un soutien juridique, les populations locales sont mieux armées pour défendre efficacement leurs droits. Une ODDH locale partenaire d’AEDH a ainsi obtenu la libération d’un père de famille d’origine Pygmée et de ses cinq enfants grâce à son intervention auprès des autorités locales.

Retrouvez toute l’actualité et les projets de l’association AEDH sur son site internet aedh.org ou sur les réseaux sociaux @AEDHmonde

Droits de l’homme ou droits humains ?

L’utilisation récente de l’expression « droits humains », traduction directe de « Human rights », et qui peut être perçue comme moins sexiste, a pris une certaine ampleur dans les intitulés et les discours. On parle ainsi du Ministre des Droits humains en RDC. Toutefois, si les deux expressions semblent proches, elles ne recouvrent pas les mêmes réalités sur le plan juridique.

L’expression « droits de l’Homme », issue de la philosophie des Lumières et de la Révolution, est inscrite dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme des Nations Unies de 1948 et enfin, dans la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales adoptée en 1950. Cette expression revêt ainsi une portée universelle.

Il ne fait aucun doute aujourd’hui que l’expression « droits de l’Homme » a un caractère générique et concerne l’ensemble des femmes et des hommes. A cet égard, il convient de relever que la Déclaration universelle des droits de l’Homme des Nations Unies de 1948 s’adresse aux femmes comme aux hommes, en proclamant que « chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de […] sexe ».

En conclusion, l’utilisation de l’expression « droits humains » peut sembler séduisante, mais sa portée est moins précise que celle de « droits de l’Homme », qui reste le vocable utilisé dans les principaux outils juridiques rédigés en français, et par les organisations internationales.