Rencontre avec Louis Vogt, directeur de « Balabala Ciné »

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IMPACT : Qu’est ce que le festival Balabala Ciné ?
Louis Vogt Voka : « Balabala » en lingala ça veut dire la rue. La rue représente le lieu de partage, d’échange, de discussion, de jeux, de vie. C’est donc l’endroit idéal pour projeter des films documentaires. L’idée est simple, transformer les rues et quartiers de Kinshasa en véritables salles de cinéma ambulantes en s’installant dans un quartier puis dans un autre, d’une commune à une autre, dans la ville de Kinshasa et dans les zones urbano-rurales de la capitale.

IMPACT : Comment est né Balabala Ciné ?
L. V. V. : Tout est parti de mon premier film documentaire réalisé en juillet 2006, un portrait intimiste de ma propre mère qui est une femme ajusteur travaillant dans la ferraille. Ce documentaire, intitulé Au Nom de la survie, retrace le parcours d’une femme aux qualités exceptionnelles qui se bat au quotidien afin de subvenir aux besoins de sa famille.
Après la production de ce film, j’ai eu du mal à le diffuser via des chaînes de télévisions locales à Kinshasa qui toutes exigeaient le paiement d’un droit de diffusion. Cela m’a paru invraisemblable étant donné que dans d’autres pays, c’est à la chaîne d’acheter des films documentaires afin d’enrichir ses grilles de programmes. Face à ce blocage, il m’est venu l’idée de promouvoir les films documentaires. Des films congolais, africains et francophones diffusés au plus près du public, grâce à des projections itinérantes !
En 2006 à Kinshasa, durant le festival « l’Afrique se filme au féminin » j’ai pu rencontrer la réalisatrice camerounaise Osvalde Lewatt lors d’une master class. Elle était venue présenter ses films mais aussi rencontrer des jeunes réalisateurs congolais. Elle nous a vivement encouragés à nous mettre au travail et surtout à faire de notre mieux pour créer une tradition autour du cinéma documentaire dans le pays.
Après quelques mois, j’ai réuni autour de cette idée quelques amis, des passionnés du cinéma documentaire, et nous avons créé l’association Balabala Ciné. Nous agissons avec le même but : relancer, promouvoir et développer une tradition autour du cinéma documentaire, à travers des diffusions dans les quartiers les plus populaires de Kinshasa ».

IMPACT : Quel avenir pour Balabala Ciné :
L. V. V. : L’objectif premier de Balabala ciné est la relance, la promotion et l’expansion des films documentaires d’Afrique centrale. Les projections doivent continuer pour se construire un public ; le forum doit pouvoir permettre aux professionnels d’échanger et de s’épanouir au travers de la plateforme créée (réseautage, formation, aide à la diffusion, à la production). Et ce développement sera d’autant plus possible avec l’atelier de réalisation et de production régional annuel.
Des films qui vont contribuer à la création d’une réelle tradition du cinéma documentaire. Une fois cette tendance bien installée, celle-ci permettra d’asseoir une production dans la région. D’ici les prochaines années, des dizaines de films documentaires seront réalisés et produits grâce à ce projet.

Les six courts métrages réalisés durant l’atelier du festival et diffusés à l’Institut français lors de la soirée de clôture du 29 novembre, ont reçu des salves d’applaudissement. Et le public ne s’est pas trompé, puisque plusieurs de ces réalisations sont en cours de sélection dans différents festivals de documentaires européens.

Propos recueillis par A. G.

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