Résolution 2098 : des raisons d’espérer ?

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Créée en mai 2010 par la résolution 1925, la Monusco, qui succède à la Monuc (créée en 1999), est la plus importante des missions de maintien de la paix déployée à ce jour.
Bien que forte de plus de 23.000 personnes, elle n’a malheureusement pas toujours été à même de protéger la population et a fait l’objet d’un certain nombre de critiques lors de la prise de Goma par les rebelles du M23 en novembre 2012. La population congolaise dans l’Est mais aussi dans le reste du pays souhaite plus que tout pouvoir retrouver la paix et questionne régulièrement un mandat qu’elle juge inadapté à la guerre endémique et meurtrière que connaît le pays.
François Hollande, chef de l’État français, en visite en RDC à l’occasion du sommet de la francophonie, a su prendre la mesure de l’inadéquation entre le mandat de la Monusco, les besoins sur le terrain et la situation politique pour impulser à son retour une proposition de résolution qui fera date dans l’histoire du droit international.
Adoptée le 28 mars 2013, la résolution 2098 prévoit la création d’une brigade d’intervention dotée d’un mandat offensif et composée notamment de trois bataillons d’infanterie, d’une compagnie d’artillerie, d’une force spéciale et d’une compagnie de reconnaissance qui aura pour responsabilité de neutraliser les groupes armés.
En adoptant la résolution, le conseil de sécurité a suivi les recommandations du Secrétaire général, M. Ban Kimoon, qui dans son rapport spécial sur la République Démocratique du
Congo et la région des Grands Lacs, recommandait la mise en place « d’actions urgentes ». Il s’agit d’une innovation majeure par rapport aux mécanismes traditionnels du maintien de la paix mis en œuvre dans le cadre du Chapitre VII de la charte des Nations Unies qui délimite les possibilités de recours à la force.
En effet et comme l’a rappelé récemment M. Ignace Gata Mavita, représentant de la RDC à l’ONU, « Avec plus ou moins 8 millions de personnes tuées en 15 ans de guerres successives, les massacres des civils de mon pays présentent l’un des tableaux les plus sombres que l’humanité ait jamais connu depuis la seconde guerre mondiale».
Cette nouvelle interprétation de l’article 42 ouvre de grandes perspectives pour le Congo, et bien que le Conseil de sécurité ait pris le soin de préciser que cette mesure était prise « à titre exceptionnel et sans créer de précédent », marque un tournant dans les politiques de maintien de la paix des Nations Unies. La RDC va faire office de champ d’expérimentation pour une politique internationale volontariste.
Entre la création de la brigade d’intervention et le transfert du criminel de guerre Bosco Ntaganda à la CPI, le mois de mars 2013 a vu renaître l’espoir d’en finir avec une guerre dévastatrice. Qu’il ne soit pas déçu.

Perrine Piton

Photo : Myriam Asmani