Rosalie Colfs

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Rosalie est originaire de la région de Bruxelles. Depuis toujours, elle photographie pour son plaisir, mais c’est véritablement depuis qu’elle vit en Afrique Centrale qu’elle a décidé d’y consacrer toute son énergie et son talent.

À Bujumbura, elle a fait partie du groupe MAONI, un collectif d’artistes burundais avec lequel elle a beaucoup travaillé sur des problématiques sociales. Dans la capitale burundaise, elle a présenté une exposition sur les « travailleurs de l’ombre » (balayeurs de rue, porteurs de fruits et autres « petits métiers »…) qui a été présentée dans l’espace public de Bujumbura sur des bâches grand format.

Au Congo, elle a réalisé des travaux photographiques sur les filles-mères de Masina et sur les « combattantes » du Sida. Les photographies noir et blanc de l’exposition « Kinshasa-Matadi Express » ont été prises dans le train en novembre 2015 mais également à la gare centrale de Kinshasa.

Une ligne de chemin de fer qui a coûté la vie à des milliers d’ouvriers

La construction de la ligne de chemin de fer Kinshasa/Matadi a débuté en 1890. La ligne fut achevée en 1898 et sa construction a servi d’abord au transport des marchandises (notamment l’ivoire et le caoutchouc), car leur acheminement vers Léopoldville par voie fluviale était impossible en raison des chutes et des rapides sur le fleuve Congo. Ce travail titanesque, dont a été témoin Joseph Conrad alors qu’il travaillait pour l’État indépendant du Congo vers 1890, est évoqué dans son célèbre roman Au cœur des ténèbres.

Entre 1923 et 1931, de nouveaux travaux d’aménagement furent entrepris avec changement d’écartement et de tracé. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, forçats et travailleurs réquisitionnés, furent employés pour cette rénovation. A nouveau, on estime que près de 7.000 y perdirent la vie. Malgré les difficultés techniques et financières liées à la construction de cette ligne de chemin de fer, celle-ci s’avéra très rapidement rentable, principalement grâce à l’exploitation de l’ivoire et du caoutchouc.

Cette ligne, à l’abandon depuis une dizaine d’années suite à plusieurs accidents, a été remise en fonction en août 2015. Depuis cette date, le train a transporté des dizaines de milliers de passagers. Un jour du mois de novembre 2015, Rosalie Colfs a décidé de monter dans le train et de prendre des images durant le trajet.

Le noir et blanc et la profondeur de champ des photos de Rosalie Colfs ne nous renvoient pas au passé mais magnifient les paysages et les visages.

Une exposition itinérante

L’Institut français de Kinshasa n’est que la première étape de cette exposition qui sera itinérante : plusieurs œuvres sont exposées à la gare centrale de Kinshasa et d’autres seront présentées dans le train lui-même.

L’exposition intéresse d’ores et déjà d’autres Instituts français de la sous-région notamment Bujumbura, et Kigali mais aussi l’Alliance française de Kisangani. L’exposition sera aussi présentée à Paris en septembre à la galerie Iconoclast.

Le prochain projet de Rosalie Colfs : un travail photographique et biographique sur les prisonniers en détention provisoire… Un sujet très dur que l’artiste abordera là encore avec beaucoup de sensibilité.

CR

Photo : Rosalie Colfs