Sœur Angélique Namaika

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Sœur Angélique, avec très peu de moyens mais beaucoup de courage et de persévérance, a transformé la vie de plus de 2 000 femmes et jeunes filles qui avaient été chassées de chez elles et brutalisées, principalement par les rebelles de la LRA. Beaucoup de celles qu’elle a secourues témoignent d’enlèvements, de travail forcé, de coups, de meurtres, de viols,…
« Ce prix est une grande joie pour moi. Cela signifie que j’ai des gens pour m’aider » a dit sœur Angélique. « Maintenant je ne suis plus seule. Je suis très reconnaissante au HCR pour son aide. Je remercie également les femmes pour leur courage, leur persévérance » a-t-elle ajouté.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les refugiés, Antonio Guterres, lui a remis cette distinction lors d’une cérémonie à Genève le 30 septembre dernier. Avec de nombreux hauts représentants gouvernementaux, des responsables de l’ONU et des artistes, il lui a rendu hommage pour son courage et son engagement à aider des femmes et des jeunes filles déracinées et maltraitées par des groupes armés.
Sœur Angélique a ensuite été célébrée à travers le monde, notamment par le Pape François à Rome la première dame de France, Valérie Trierweiler, et la ministre déléguée à la francophonie à Paris, la Reine Mathilde de Belgique, la commissaire européenne Kristalina Georgieva et le Premier Ministre de Norvège, Jens Stoltenberg. Lors de sa rencontre avec le Pape François, Sœur Angélique lui a dit : « Je suis originaire de la RDC et je porte avec moi les femmes et les enfants qui ont été victimes des atrocités commises par la LRA, pour que vous puissiez les bénir au même titre que moi ». Le Pape lui a alors répondu : « Je connais votre cause, vous devez continuer à aider les refugiés (et les personnes déplacées internes) », avant de la bénir.

Ne jamais perdre courage !
Ce long voyage qui a conduit Sœur Angélique à Genève, Rome, Paris, Bruxelles et Oslo, aurait pu s’arrêter alors qu’elle n’était qu’une enfant dans le village de Kembisa en raison d’une santé chancelante. Après avoir passé cette période difficile, elle entreprend, en 1990, une formation pour devenir religieuse catholique, en suivant l’exemple de sœur Tone, une religieuse allemande qui venait dans son village pour soigner les malades. Comme cette sœur, Angélique décide de rejoindre la congrégation des Augustines et de consacrer sa vie à aider les plus vulnérables, et particulièrement les jeunes. En 2003, après avoir étudié la spiritualité africaine à Kinshasa, elle est envoyée à Dungu pour former des religieuses stagiaires. Une nouvelle responsabilité déterminante pour elle et des centaines d’habitants. Elle commence à aider les femmes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école, afin qu’elles puissent apprendre un métier et se rendre utiles envers la société. Elle leur enseigne la couture, la cuisine, la pâtisserie et la lecture. Au début, les femmes qu’elle aidait étaient des habitantes démunies, notamment des orphelines, des jeunes mères et des filles forcées à des mariages précoces. Après l’arrivée de l’Armée de résistance du Seigneur dans la région en 2005, c’est vers les femmes victimes de violences qu’elle se tourne. La menace de la LRA atteint un pic en 2009, lorsque le groupe entre dans Dungu. A ce moment-là, Sœur Angélique est elle-même forcée de fuir et passe trois mois en brousse dans des conditions précaires. Cette expérience l’a confortée dans son engagement. Depuis 2008, Sœur Angélique aide les femmes les plus vulnérables via son organisation humanitaire, le centre de réintégration et de développement. La réintégration est difficile en raison de la stigmatisation, mais Sœur Angélique les aide à retrouver leur dignité en leur apprenant à lire et à écrire, en leur trouvant un emploi, en leur offrant un abri et en leur montrant que quelqu’un se soucie d’elles. Un travail exigeant, tant sur le plan humain que physique. « Je me suis toujours promise de ne jamais perdre le courage d’aider ces femmes. Elles me considèrent comme leur mère. Même si je n’ai qu’une seule paire de chaussures, je préfère donner tout ce que j’ai pour les aider », a-t-elle dit.

Par Céline Schmitt à Dungu

Photo : ACNUR /Prestetun