Suisse et francophonie

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La Suisse est l’exemple d’un pays où coexistent de nombreuses langues européennes. Comment situez-vous la francophonie dans ce contexte ?
En Suisse, le français est la seconde langue de communication, après l’allemand, mais avant l’italien et le romanche, qui sont, à égalité, les quatre langues nationales suisses. Les 26 cantons suisses déterminent leurs langues officielles. Afin de préserver l’harmonie entre les communautés linguistiques, ils veillent à la répartition territoriale traditionnelle des langues et prennent en considération les minorités linguistiques.
L’enseignement du français est pratiqué dans tous les cantons suisses, lesquels ont une compétence propre en matière de politique de l’éducation et collaborent à l’échelle nationale pour harmoniser leurs programmes d’enseignement.
Les élèves apprennent au moins deux langues durant la scolarité obligatoire : celle qui est en usage à l’école de leur lieu de domicile, selon le principe de territorialité, et une seconde langue nationale, ainsi que généralement l’anglais.
S’agissant de la seconde langue nationale, dans deux tiers des cas, c’est le français ou l’allemand qui est choisi. De cette manière, les particularités culturelles de la Suisse et ses traditions scolaires régionales sont bien respectées.

Vous avez été l’un des témoins privilégiés de la présidence congolaise de la francophonie. Quels enseignements en tirez-vous ?
La présidence congolaise du XIVème sommet de la francophonie a pris plusieurs initiatives, notamment en collaboration avec le secrétariat général de l’Organisation internationale de la francophonie, pour la réalisation des objectifs fixés dans la déclaration de Kinshasa (2012). Ces efforts, nombreux, montrent la volonté de la RDC d’honorer ses engagements à la présidence de ce sommet, notamment dans la consolidation de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme. Les réalisations suivantes sont à mettre à son actif :

Concertations francophones
La RDC a organisé et présidé plusieurs concertations francophones dans les domaines suivants :
> Le commerce intra-africain : pour la réalisation des objectifs du développement durable inscrits dans la Déclaration de Kinshasa (art. 4).
> Les changements climatiques : pour identifier des actions solidaires susceptibles de lutter contre le changement climatique (art. 5).
> La lutte contre la désertification : sous l’angle de la question de la lutte contre la désertification comme levier de l’économie verte et du développement socio-économique durable (art. 5).
> La réforme du système financier et monétaire international en vue d’un ordre mondial équitable (art. 10).
> Le renforcement de la participation francophone aux opérations de maintien de la paix pour améliorer les possibilités de participation de contingents de pays francophones aux opérations de maintien de la paix et encourager le développement des capacités civiles, militaires et de police francophones (art. 22).
> Un plan d’action commun de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles pour combattre toutes formes de discrimination et de violence faites aux femmes et aux filles, en particulier lors des crises et conflits armés (art. 23).

Langue française
La RDC a accueilli une session régionale de formation de formateurs et de responsables éducatifs à l’approche bi-plurilingue de la lecture-écriture de l’initiative École et Langues nationales en Afrique (ELAN) dans le but de permettre aux maîtres chargés d’enseigner dans les classes pilotes de maîtriser toutes les stratégies didactiques et les outils pédagogiques pour améliorer la qualité de leur enseignement et assurer ainsi la poursuite de la mise en oeuvre de l’initiative Élan-Afrique (art. 50).

Résolution sur la situation en RDC
En cohérence avec cette résolution du sommet de Kinshasa, plusieurs réformes ont été réalisées en RDC, notamment pour la mise en oeuvre du processus de décentralisation, l’amélioration du système de sécurité et du cadre légal électoral :
> La nouvelle loi organique sur la Commission nationale électorale indépendante, promulgué en avril 2013, a ainsi permis de restructurer l’ancienne commission en charge des élections, d’intégrer la société civile dans sa gestion et de désigner de nouveaux animateurs.
> Les textes créant la Commission nationale des droits de l’Homme et la Cour constitutionnelle ont également été promulgués respectivement en mars et octobre 2013.
> Pour consolider la cohésion interne, la RDC a organisé des concertations nationales qui ont regroupé les représentants de la société civile,des partis politiques de la majorité et de l’opposition ainsi que ceux des institutions publiques. Les participants ont, à cette occasion, adopté diverses recommandations en vue de l’amélioration de la gouvernance du pays.
> Le mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba sur la paix et la sécurité dans la sous-région des Grands lacs est opérationnel en RDC.
> La neutralisation des forces armées opérant à l’Est du pays s’est poursuivie et l’autorité de l’État s’y restaure dans plusieurs localités autrefois occupées par les mouvements rebelles.
> La mise en place effective d’une institution nationale des droits de l’Homme congolaise est bien avancée.

Comment analysez-vous vos relations avec la RDC et dans quel secteur soutenez-vous son développement durable ?
La Direction du Développement et de la Coopération suisse (DDC) a mis en oeuvre un programme régional englobant la province du Sud-Kivu en RDC, l’ouest du Rwanda et le Burundi.
L’objectif de cette approche est la restauration de la paix, de la justice et de la stabilité dans la région des Grands Lacs, en contribuant au renforcement de la légitimité et de la fonctionnalité des institutions dans les trois pays. Aussi, la DDC opère-t-elle dans quatre domaines d’intervention : 1) les services de base, qui comprennent des programmes d’appui au système de santé, d’eau et d’assainissement, et de soutien psychosocial aux victimes de violences, 2) le processus démocratique, auquel contribuent des activités de renforcement des capacités des médias et un programme de sécurisation foncière, 3) l’emploi et les revenus, programmes qui mettent l’accent sur l’agriculture et la nutrition, ainsi que sur la formation professionnelle, afin de développer des compétences et de contribuer à la relance économique. Enfin, 4) l’aide humanitaire soutient particulièrement des activités dans le domaine de la protection de la population civile.
L’ensemble de ces programmes est développé en collaboration avec les autorités nationales et provinciales, avec lesquelles la DDC collabore de manière très positive.

Propos recueillis par P.L.

Photo : Martin van der Belen