Tanganyika : agir contre l’insécurité alimentaire

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Au cœur de la province du Tanganyika, les communautés de « retournés » du territoire de Kalemie se partagent le peu de ressources qu’elles arrivent à récolter, troquer et parfois acheter. Les 26 et 27 janvier 2018, Solidarités International était sur place, pour aider les populations à lutter contre l’insécurité alimentaire.

Si les relations sont tendues et souvent hostiles entre pygmées et bantous depuis bien avant la colonisation, le conflit opposant les Twas aux Lubas a ressurgi de manière extrêmement violente, en 2013, dans la jeune province du Tanganyika. On évoque divers facteurs aux origines de ce conflit : économique (lutte pour l’utilisation de la forêt comme moyen de subsistance), sociologique (changement des modes de vie des pygmées) ou encore politique (nouveau découpage provincial qui a promu les Batwas au rang de forte minorité).

 

Quoiqu’il en soit, l’impact humanitaire des violences est désastreux : « la province du Tanganyika est au bord d’un désastre mortel », annonçait en novembre dernier le Norwegian Refugee Council, constatant que plus d’un demi-million de personnes de cette province a dû fuir sa maison à cause des violences, la majorité dans la région de Kalemie et Nuynzu.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’action de Solidarités International au Tanganyka. Reportage au plus près des équipes, à l’occasion d’une foire aux vivres.

 

Départ des équipes de Kalemie – 5h30

Dans la base de Solidarités International à Kalemie, les équipes finalisent les préparatifs du voyage. Le site de distribution se trouve à 1h de piste de la ville côtière. Les voitures doivent donc être équipées de cordes, chaînes, kits de dés-embourbement, roues de secours et outils. La sécurité des axes routiers est volatile et l’accès à ces zones a été garanti par des visites régulières auprès des chefs de villages tout au long de la route, ainsi qu’avec des rencontres officielles auprès des autorités civiles et militaires depuis des mois. Cependant, tous les mouvements des équipes sont suivis par un opérateur radio pendant la totalité de l’opération.

Arrivée et installation du site – 6h30

Les locaux d’une école secondaire, désertée depuis le départ des instituteurs, ont été prêtés par le chef du village de Sango. L’installation du site se fait le plus rapidement possible, afin de commencer les distributions à l’heure. Après le déchargement, l’organisation du site se dessine. La répartition géographique et les rôles de chacun ont été préétablis et calculés pour maximiser l’espace, le temps, et pour répondre aux regards pressants des bénéficiaires dans la zone d’attente le plus efficacement possible.

Rencontre avec les commerçants – 7h

Les commerçants et commerçantes sélectionnés pour fournir les aliments aux personnes ciblées par Solidarités International finissent de s’installer. Comme au marché, les commerçantes organisent leurs étals de la façon la plus attractive possible. Elles préparent l’huile de palme en la réchauffant, pour faciliter son transport. Tandis que certains réchauffent du café, d’autres finissent d’installer les sacs de farine. C’est calme.

Début de la sensibilisation – 7h30

L’hygiène, l’eau, l’assainissement, la cuisine, les moments clés du lavage des mains…Dans cette zone également sujette à beaucoup de maladies hydriques, Solidarités International profite de l’attente et de cette journée pour faire passer des messages importants ainsi que les meilleurs moyens d’utiliser les aliments distribués. C’est grâce au chant et au théâtre que les agents sensibilisateurs vont communiquer de façon simple et adaptée. C’est indispensable : « La transmission de ces bonnes pratiques réduit les maladies hydriques de façon flagrante », explique Sebastien Kimunyi Kitenge, agent sensibilisateur, dont le rôle est de s’entretenir individuellement avec les personnes aux besoins spécifiques comme les femmes enceintes ou allaitantes.

Début de l’assistance – 8h

Il est 8 heures. Le site de la foire est prêt et les différentes étapes ont été expliquées aux futurs receveurs de l’aide. Les équipes sont positionnées aux endroits stratégiques de la foire, pour orienter, accompagner et mesurer la qualité des produits, la satisfaction des bénéficiaires et des commerçants, ainsi que le bon déroulement de la foire. A l’entrée, les équipes font un appel nominatif, encourageant les premières personnes à aller s’identifier pour recevoir leurs coupons.

Identification – 8h à 15h

Les personnes ciblées au préalable se font identifier. Munies de leur carte d’électeur, de leur jeton et de la carte de bénéficiaire de Solidarités International, reçue quelques jours avant la distribution, elles posent leur empreinte digitale sur les listes de distribution. Une fois leur identité et présence à la foire certifiées, ils vont retirer leurs aliments par vague de cinquante personnes. Les coupons distribués indiquent des chiffres différents, représentant des quantités variables d’aliments. En effet, l’assistance, la valeur du coupon et le volume de nourriture distribué s’adaptent au nombre d’individus par famille.

distribution – 8h à 15h

Le marché commence. Les vagues successives de cinquante personnes se pressent vers les stands, tandis que chaque commerçant tente d’attirer le plus de monde. Pendant une trentaine de minutes, les personnes bénéficiant de l’aide échangent leurs coupons contre de l’huile végétale, de l’huile de palme, du sel, de la farine de maïs, des haricots et du riz pour une ration d’un mois.

 

La vérification –8h à 15h

Les équipes de « Suivi et Evaluation » contrôlent le poids des aliments et la satisfaction des personnes ayant reçu l’aide. A ce premier questionnaire, qui renseigne sur la qualité des aliments, les quantités reçues, l’organisation de la foire et la qualité du service des commerçants, s’ajoutera une autre enquête plus complète, deux semaines après la distribution. Cette dernière mesurera la consommation, la conservation, la pertinence de l’aide et plus généralement l’impact que la foire a eu sur les communautés, dans l’objectif d’améliorer leur sécurité alimentaire et de réduire le nombre de cas de malnutrition.

Le départ – 17h

La journée se termine, les bénéficiaires de l’assistance s’organisent pour ramener les sacs de vivres (jusqu’à trois cents kilos) jusqu’à chez eux, parfois à plus de cinq kilomètres de route. Le site se vide, les équipes de Solidarités International rangent le matériel et regroupent les outils avant la nuit pour des raisons de sécurité.

Aujourd’hui, 564 ménages ont reçu une assistance, soit 3 327 individus. 19 962 kg de farine de maïs, 19 962 kg de riz, 11 977 kg de haricots, 1 660 litres d’huile de palme, 1 663 d’huile végétale et 499 kg de sel ont été distribués. Durant cette foire, les onze commerçants locaux ont fait de bonnes affaires également.

Le bilan est satisfaisant. Grâce au soutien du Comité Interministériel de l’Aide Alimentaire et de l’Ambassade de France en RDC, Solidarités International a pu apporter une aide valable à des personnes en situation de détresse, d’une manière digne pour les communautés. Toutefois, les besoins restent immenses, notamment dans d’autres communautés. Les équipes de Solidarités International vont s’atteler bientôt à l’organisation de la prochaine foire pour renforcer la durabilité de leur action.

SOLIDARITES INTERNATIONAL

Née en 1980

Présente dans 18 pays à travers le monde

1 975 employés nationaux et internationaux

71 millions d’euros d’aide humanitaire

51 500 donateurs actifs

Depuis 2000 en RDC

1 million de bénéficiaires – 9 millions d’euros de budget

15 projets

Eau, Hygiène et Assainissement ; Sécurité Alimentaire ; Logistique

16 expatriés

Provinces d’intervention : Ituri, Tshopo, Nord Kivu, Sud Kivu, Tanganyika, Mai Ndombe, Kasai Oriental, Lomami.

Sources de financement : UNICEF, CIAA, ECHO, Confédération Suisse, AERMC, Start Fund, SEDIF, ELMA, Fonds Humanitaires RDC, Pays Voironnais, Bethune-Bruay, Governement Canadien, DFID.

www.solidarites.org  – Merci à nos donateurs et partenaires.