Traitement des déchets à Kinshasa

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Impact : Quels sont les grands enjeux de l’assainissement à Kinshasa ?
Marco Parolin : Kinshasa est une ville d’environ dix millions d’habitants qui s’est développée, et continue à s’urbaniser de façon totalement anarchique, sur une vaste surface plane mais contournée d’un plateau sablonneux. La ville doit faire face à de nombreux problèmes en matière de gestion de l’assainissement des eaux de ruissellement et des déchets solides. Le régime pluvial, souvent torrentiel, qui prévaut dans la région rend cette problématique encore plus grave avec des conséquences funestes sur les conditions de vie de la population kinoise, tant en ce qui concerne l’hygiène que l’environnement. L’enjeu le plus important pour les autorités locales est donc la prise en compte de la gravité de la situation et de l’urgence des mesures concrètes à prendre pour lutter contre la dégradation de l’environnement urbain. L’urbanisme doit être contrôlé de façon à garantir l’évacuation ordonnée des eaux et des déchets que les collectivités produisent. Les conduites d’eaux, à partir des habitations jusqu’au fleuve, doivent être constamment nettoyées et l’évacuation régulière des déchets, cause importante de colmatage, doit être assurée.
Malgré le programme d’appui que l’Union Européenne a apporté en matière d’assainissement, les actions s’achèveront en août 2015. On constate, en effet, un manque total de cadre légal prenant en compte la poursuite de ces activités par les autorités de la ville de Kinshasa. La capitale risque donc de se retrouver avec des tonnes d’immondices sur les chaussées dans les mois à venir !

L’UE a financé le projet PARAU, quels en sont les objectifs ?
Depuis l’année 2008 le Fonds Européen de Développement (FED) a financé un programme d’assainissement urbain à Kinshasa avec plus de 90 millions d’euros. L’objectif principal de ce programme a été d’abord celui d’améliorer les conditions de vie de la population d’une partie de la ville de Kinshasa en facilitant l’écoulement des eaux et en organisant un système de gestion des déchets solides, ordures ménagères ou autres. Avec une approche «bassin versant», le projet PAUK, Programme d’Assainissement Urbain de Kinshasa, s’est d’abord limité à une intervention pilote dans les communes de Barumbu, Kinshasa et partie de la Gombe (bassin de la Bitshakutshaku et du Fleuve). Les collecteurs primaires et secondaires ont été réaménagés, vingt-deux stations de transfert des déchets ont été construites. Elles sont peintes en vert et connues de tous les «pousse-pousseurs» des quartiers concernés car ils viennent tôt le matin y déposer les ordures qui sont par la suite acheminées par des camions appropriés, peints en vert également, vers la décharge finale, le centre d’enfouissement technique des ordures. Ce centre, qui est la toute première et l’unique décharge de la ville, a été aménagé par le projet à Mpasa, sur la route de N’Sele, après l’aéroport de N’djili.
Le succès de cette initiative, qui a contribué à faire chuter significativement le nombre des maladies d’origine hydrique dans la zone d’intervention, a conduit le gouvernement et l’Union Européenne à renforcer leur intervention, à partir de 2011, avec le projet d’entretien et de réhabilitation des infrastructures routières en RDC et avec celui de l’amélioration de l’assainissement urbain à Kinshasa (PARAU) qui a élargi les actions du PAUK à d’autres bassins versants (Gombe, Funa, Basoko, Makelele, Lubudi et Mapenza). La zone d’intervention du projet est ainsi passée de trois à neuf communes, dont six supplémentaires (Lingwala, Ngiri-Ngiri, Bandalungwa, Matete, Kasa Vubu et Kintambo). Un volet «eau potable» pour les zones périphériques, non desservies par la Regideso, a aussi été ajouté. Des forages, avec mini-réseau de distribution d’eau ont été construits et des sources aménagées dans plusieurs quartiers défavorisés.

Quel bilan dresse l’UE du projet PARAU ?
Le bilan de l’intervention du PARAU est très positif. Grâce à la contribution de l’Union Européenne, plus d’un million de mètres cubes d’ordures produites pour une population d’environ d’environ un million de Kinois, a pu être évacué (environ 11.000 m³/semaine). Ces déchets sont d’abord rassemblés dans les soixante-deux stations de transfert construites par le PARAU/PAUK, puis transférés par le projet vers le centre d’enfouissement technique de Mpasa. Une grande partie des activités est confiée à la société civile locale pour la mobilisation de laquelle le PARAU/PAUK a conclu plus de 1.200 contrats. Cette intervention a eu un effet indéniable sur la santé publique et l’environnement de la ville de Kinshasa, tel qu’il ressort des enquêtes d’impact menées par le projet dans les zones d’intervention qui montrent une chute des maladies d’origine hydrique de l’ordre de 50-70%. Le projet se terminera en août 2015. Pour assurer sa pérennité, il faudra que la partie nationale s’implique sérieusement et rapidement pour assurer la relève de l’intervention du Fonds Européen de Développement. Un cadre législatif global doit être mis en place pour faire face aux abus urbanistiques, pour règlementer la gestion des déchets et assurer son financement. Le partenariat public/privé pour la gestion des déchets, qui est en discussion depuis plusieurs années, doit trouver un aboutissement concret.
La notion d’«utilité publique» doit clairement prévaloir sur celle de l’intérêt privé et les actions significatives doivent rapidement se concrétiser avec l’expropriation de terrains d’utilité publique abusivement occupés par des constructions privées qui en empêchent l’exploitation.

Propos recueillis par Marine Bépoix
Photo : UE PARAU