Tunisie et francophonie

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La Tunisie est un pays qui a une forte tradition francophone. Comment analysez-vous cette situation ?
Nos rapports avec la francophonie nous donnent une ouverture sur une culture qui a des racines profondes dans notre pays. Pour nous, la francophonie est visible à travers le système éducatif en tout premier lieu, y compris dans l’enseignement technique et professionnel.

Le français n’est donc pas seulement pour vous une langue de culture ; c’est aussi une langue d’accès au savoir scientifique ?
Exactement. Nous bénéficions pleinement de la francophonie dans la mesure où certaines spécialités, au niveau universitaire, sont dispensées en français. C’est le cas de la médecine et de nombreuses disciplines scientifiques.

L’arabisation n’a donc pas touché l’ensemble des secteurs universitaires ?
Si l’arabe est la langue officielle, la Tunisie, de par son positionnement au coeur de la Méditerranée, a toujours gardé une grande ouverture sur les autres langues, cultures et civilisations en général. Il n’est pas paradoxal de dire que l’arabisation a même stimulé nos rapports avec la francophonie. Au-delà du système éducatif, elle constitue aujourd’hui un forum important qu’une presse électronique très active permet d’entretenir. Il n’y a donc pas d’opposition entre l’arabe, langue officielle, et l’usage du français en Tunisie. Nous avons appris depuis de longues années à donner la place qui leur revient à toutes deux. Nous sommes bien enracinés dans notre civilisation arabo-musulmane, mais nous avons toujours gardé cette qualité d’ouverture sur la francophonie mais aussi sur d’autres cultures dans le monde.

Vous êtes en poste à Kinshasa depuis un an. Que peut apporter la Tunisie à un pays comme la RDC ?
Avant toute chose, je voudrais exprimer ma considération pour ce qu’a fait la République démocratique du Congo en faveur de la francophonie depuis qu’elle en a pris la présidence. J’ai beaucoup apprécié les différentes initiatives qu’elle a prises depuis le sommet du 13 octobre 2012 et je suis heureux, en tant qu’ambassadeur d’un pays francophone, d’y avoir été associé. La Tunisie va réfléchir aux moyens d’aider à la pérennisation des efforts déployés par nos amis congolais : je pense à ce qu’elle pourrait apporter dans le domaine de la musique et du théâtre notamment. Nous avons en effet une nouvelle génération qui, à travers le slam et le rap par exemple, peut communiquer à l’échelle internationale et « se projeter » en RDC.

Au-delà d’une relation politique au demeurant excellente, c’est donc par la culture que vous souhaitez développer les rapports tuniso-congolais ?
Absolument. Mais l’essentiel est de répondre correctement aux besoins exprimés par la RDC. Je précise que l’une des nouveautés de la diplomatie tunisienne, c’est son ouverture sur l’Afrique. Nous considérons que nous pouvons apporter à nos frères congolais un réel savoir-faire et des compétences en matière de gestion de certains départements ministériels, de formation professionnelle, de politique du tourisme, secteurs dans lesquels la Tunisie a fait d’importants progrès.

La Tunisie peut s’enorgueillir d’avoir une Ecole Nationale d’Administration très dynamique. Pensez-vous que votre pays accepterait d’accueillir des stagiaires venant de la jeune ENA de RDC ?
Jusqu’à présent nous accordons chaque année une quinzaine de bourses d’études dans le seul cadre de projets universitaires. Mais je suis tout disposé à élargir notre coopération à ce domaine.

Propos recueillis par P.L.

Photo : Martin van der Belen