UE-RDC

Que fait l’Union européenne dans le secteur de la santé en RD Congo ?

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L’appui au secteur de la santé est inscrit dans le Programme Indicatif National du 11ème FED (PIN – d’un montant total de 620 millions d’euros), pour un montant de 145 millions d’euros, et a débuté en septembre 2016 pour une durée de 6 ans. Il est intitulé « Programme de renforcement de l’offre et développement de l’accès aux soins de santé en RDC » (PRODS).

Dans une perspective de couverture sanitaire universelle, d’optimisation de la qualité des soins de santé et d’un accès équitable pour tous, l’apport de l’Union européenne s’attache à renforcer le système sanitaire et l’offre de services en RDC, principalement au niveau des soins de santé primaires, c’est-à-dire ceux offerts par les centres de santé et les hôpitaux généraux de référence des zones ciblées. En outre, cet appui contribue à améliorer l’accessibilité financière des usagers des structures de santé; il accompagne quelques zones de santé dans leur passage d’un mode de fonctionnement «urgence» vers un fonctionnement «régulier»; et enfin, il renforce la gouvernance du secteur.

Le programme en cours couvre trente-trois zones de santé réparties sur six provinces (Nord-Kivu, Ituri, Haut-Uélé, Lomami, Kasaï Oriental et Kongo Central) pour une population estimée à 4,5 millions d’habitants. Il inclut des actions d’appui sur trois niveaux : central (Ministère de la Santé publique (MSP), intermédiaire (Divisions provinciales de santé ou DPS, et Établissements d’utilité publique-Fonds d’achats de services de santé ou EUP-FASS), et périphérique (appui aux zones de santé et à leurs formations sanitaires).

Les partenaires principaux de mise en œuvre, (avec les autorités sanitaires, sont de plusieurs ordres :

les EUP-FASS (du Nord–Kivu, du Kasaï Oriental et de l’ex-Province Orientale) couvrant cinq des six provinces bénéficiaires du programme, chargés de la gestion du subventionnement de l’accès aux soins dans leur fonction d’achat des services de santé, et appelés à terme à devenir des caisses d’assurance-maladie ;

la Fédération des centrales pour l’achat des médicaments (FEDECAME) et les Centres de distribution régionaux (CDR) qui la constituent, principaux piliers du système national d’approvisionnement en médicaments essentiels (SNAME) ;

Quatre organisations non-gouvernementales (ULB-Coopération, Malteser, Save The Children et Memisa) apportant leur appui technique, financier, et dans la plupart des cas institutionnel, et menant également des recherches opérationnelles ;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un bureau d’assistance technique affecté aux aspects plus techniques et conceptuels, ainsi qu’à la coordination, supervision, suivi, réalisation, progression, pérennisation et capitalisation du programme;

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en charge de la fourniture de matériels roulants de tout type et de certains équipements sanitaires et biomédicaux pour les établissements sanitaires.

Il est aussi prévu de fournir un appui au fonctionnement aux structures du Ministère de la Santé publique au niveau central et provincial ainsi que des marchés en engagement spécifique de travaux, services et fournitures.

Des synergies entre les différents axes de financement dont dispose l’UE en RDC sont recherchées, particulièrement en lien avec la sécurité alimentaire pour l’amélioration de l’état nutritionnel de la population, ou encore en lien avec l’appui à la société civile.

En plus des financement du Programme Indicatif National, l’Union européenne est aussi partenaire dans le financement de deux initiatives mondiales: le Fonds mondial pour la lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme, et GAVI, l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation; et finance un appui à l’OMS dans le cadre de la Couverture sanitaire universelle . Trois initiatives très présentes en RDC.

En vertu de l’application des principes de l’efficacité de l’aide, les appuis de l’Union européenne s’alignent sur les politiques nationales. Le programme d’appui au secteur de la santé contribue directement au  Plan National de Développement Sanitaire 2016-2020 (PNDS), et assure la continuité des appuis précédents de l’UE (depuis la fin des années 1990).

L’UE n’est pas seule à appuyer le secteur de la santé. C’est pourquoi de gros efforts pour améliorer la coordination, la cohérence et la complémentarité entre les différents bailleurs, dont la France et d’autres Etats-Membres de l’UE se mettent en place. Un impact positif et durable de l’aide ne pourra être garanti que par l’appropriation et l’implication sérieuse du pays bénéficiaire, à travers un dialogue sectoriel soutenu entre partenaires. Actuellement l’UE exerce la coordination de ce dialogue au nom des bailleurs qui ont tous comme objectif d’aider le pays à répondre aux nombreux défis sanitaires du pays.

Appuyer le renforcement du  système sanitaire en RDC : vers une couverture sanitaire universelle

Alors que 85% des femmes enceintes reçoivent des soins prénataux par des professionnels formés et que 80 % des naissances ont lieu dans un établissement de santé, le taux de mortalité maternelle reste élevé et serait lié à une faible qualité des soins. Le taux de mortalité infanto-juvénile (enfants de moins de 5 ans) de 104/1.000 (EDS 2014), la mortalité maternelle de 846 décès/100.000 naissances vivantes (EDS 2014), et l’espérance de vie de 50 ans (PNUD 2014) demeurent des indicateurs sanitaires précaires qui témoignent de l’insuffisance du système sanitaire à répondre aux besoins de la population.

La situation nutritionnelle des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans reste également préoccupante, avec des indicateurs parmi les plus alarmants au monde. En effet, la malnutrition aigüe (émaciation) touche près d’un enfant congolais sur 10 (prévalence nationale de 8% proche du seuil d’urgence de l’OMS), tandis que la malnutrition chronique (retard de croissance) qui s’élève à 43% a peu évolué en deux décennies. La sous-nutrition contribue à près de la moitié de la mortalité et à plus d’un tiers des maladies chez les enfants de moins de cinq ans.

Parmi les nombreux défis et contraintes, on relève le sous-financement des services de santé avec des dépenses totales par habitant par an de 22 USD  (2015), bien en-deçà des 86 USD par habitant par an recommandés, dont 40% sont pris en charge par les ménages, 39% par les bailleurs, 16% par l’Etat, et 4% par le secteur privé. La modicité du budget de l’Etat consacré à la santé (environ 4% des dépenses totales de l’Etat depuis une douzaine d’années) représente un obstacle important à la fourniture de services de santé pour tous. Les ressources humaines, mal distribuées, en pléthore par endroits et en sous-effectifs ailleurs -surtout en périphérie-, offrent des compétences de plus en plus inégales, suite au développement d’instituts privés de formation peu contrôlés. L’approvisionnement en médicaments, fragmenté, rencontre des difficultés à fournir les formations sanitaires de façon régulière et suffisante, et en conséquence, les pratiques d’approvisionnement auprès de sources de qualité non contrôlées –et à moindre prix- se multiplient. Les infrastructures et équipements sont également problématiques, par défaut de gestion, d’entretien et souvent de disponibilité.

Malgré l’augmentation considérable des moyens consacrés par le FED à la santé en RDC, cela est loin de répondre à tous les besoins du pays. De plus, ce renforcement systémique implique une transformation structurelle qui par nature est lente et requiert un appui de longue durée. Certains progrès notables sont observés mais demeurent fragiles. Les efforts se poursuivent pour augmenter la couverture de la population par une gamme de soins de santé de qualité croissante, et pour permettre l’accessibilité financière de la population à ces services. C’est ainsi que le deuxième Plan National de Développement Sanitaire 2016-2020 opérationnalise la stratégie de renforcement du système de santé dans le cadre de la couverture sanitaire universelle (CSU). Ce plan s’inscrit dans un contexte de réformes sectorielles aux niveaux central et intermédiaire et fournit un cadre sectoriel global sur lequel les différents partenaires techniques et financiers du secteur s’alignent, avec comme objectif à moyen terme, le développement d’une couverture sanitaire universelle dont le développement constitue l’axe stratégique des programems soutenus par l’Union Européenne et ses partenaires.

AN