Une école d’excellence à Goma, la KIS

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Dario s’excuse de l’état de la piste qui n’est en fait qu’un vaste nid de poule. Nous arrivons enfin devant le portail qui s’ouvre sur un autre monde : la KIS Kivu International School. Dario Merlo, son directeur, initiateur, et co-fondateur commente la visite de sa toute jeune école avec fierté, passion, vision et humilité. Le contraste entre la tenue de cet endroit et la piste défoncée est saisissant. Il est 7H30, quelques enfants jouent calmement dans la cour de récréation et d’autres arrivent : tous lancent un « bonjour directeur ». Dario répond par un mot de bienvenue : il les connaît tous. Une petite fille, elle, voudra son câlin. Nous accueillons aussi des enfants handicapés, explique-t-il. Nous avançons jusqu’au bout de terrain qui offre une vue imprenable sur le lac.

La KIS école internationale a ouvert ses portes à Goma, à la pointe nord du lac Kivu, après 13 mois de travaux, en septembre 2017. C’est déjà le premier défi relevé par Dario et Vanessa Merlo, couple belgo-congolais, les initiateurs et porteurs de ce projet sur lequel ils ont d’abord rêvé puis travaillé ensemble pendant presque 10 ans avant de pouvoir le réaliser. Ils bénéficient entre autres du soutien de Bismack Biyombo, joueur de basket congolais engagé dans la N.B.A. américaine, et du financement de grandes institutions internationales et de partenaires privés.

Sur un Campus de plus d’un hectare, deux grands bâtiments s’étalent jusqu’au bord du lac  : 20 salles de classe, un centre culturel doté d’un auditorium de 135 places, une salle de théâtre, de danse, une bibliothèque de plus de 8000 ouvrages, des terrains de sport, de mini foot en synthétique, et même un stade de basket qui peut accueillir 1 000 personnes. Tout n’est pas encore terminé, mais la détermination est là.

L’école compte actuellement 101 inscrits pour une capacité maximale de 600 élèves. Les frais de fonctionnement de 120 000 dollars par an doivent être supportés par les parents : 1 800 dollars pour la maternelle, 2 700 pour les primaires, autant pour les premières années du secondaire en attendant l’ouverture d’options dans les années suivantes. L’école vise donc la classe moyenne supérieure. Jusqu’ici, ces familles n’avaient d’autre choix que d’envoyer leurs enfants étudier à l’étranger, à Kigali ou Nairobi. Cependant, l’école affiche clairement une politique de mixité en limitant à 30 % les enfants d’expatriés, soit 70% de congolais et en attribuant des bourses pour 25% des effectifs. Pour affirmer cette politique, l’accès aux installations culturelles et sportives de l’école est ouvert au grand public en dehors des heures de cours.

Le projet éducatif s’articule autour de 4 axes : environnement de qualité, sport et hygiène de vie, entreprenariat et autonomisation des enfants, ouverture sur le monde. L’école vise l’excellence selon le principe que le développement économique d’une région passe par la qualité de l’éducation.

L’autonomisation des élèves est l’axe fort et prioritaire du projet d’école pour « les préparer au monde de demain ». Une instance des élèves délégués de classe se réunit tous les mois pour proposer des actions concrètes en lien avec le projet de l’école, comme la signature de partenariat avec deux orphelinats. Les parents sont également sollicités. De même, les parents des élèves boursiers doivent signer un contrat où ceux-ci s’engagent à s’investir dans la vie et la gestion de l’école. Cette mixité sociale pour le bien commun des enfants est un credo du directeur.

Sa vision, Dario l’exprime de la fenêtre de la salle des professeurs, face à un terrain vague dont il faudra négocier le prix d’achat pour construire un lycée, une université, un internat : « Je suis encore jeune, j’ai de l’avenir ; comme mon pays. »