Uvira, au cœur de la lutte contre le choléra

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A Uvira, dans le Sud-Kivu, la lutte contre le choléra vient de passer un nouveau cap. Des travaux ont commencé pour réhabiliter et étendre le réseau de distribution d’eau. Un facteur clé pour endiguer le développement de cette maladie qui fait encore de trop nombreuses victimes chaque année.

L’année 2017 sera à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire sanitaire de la République démocratique du Congo. Le Sud-Kivu, qui bénéficie d’un important programme de lutte contre le choléra, a vu se réunir l’Ambassadeur de France Alain Rémy, le Gouverneur de la province du Sud-Kivu Claude Nyamugabo Bazibuhe, des dirigeants de la Regideso ainsi que des représentants de l’Agence française de développement (AFD) et de la fondation Veolia. Tous ont assisté à la cérémonie de lancement d’ importants travaux de réhabilitation et de développement du réseau de distribution d’eau d’Uvira. L’objectif est clair : endiguer le développement du choléra.

Cette maladie d’origine hydrique, qui cause des vomissements et des diarrhées foudroyantes, connaît une résurgence dramatique en RDC. Or les facteurs de contamination sont connus : la bactérie du choléra se transmet, entre autres, par de l’eau contaminée lorsque les conditions de traitement de l’eau et d’assainissement sont insuffisantes. Plusieurs études, coordonnées par des épidémiologistes français de l’université de Besançon, ont démontré dès 2007 la corrélation entre le développement de l’épidémiologie de choléra et le manque d’accès à l’eau potable en RDC. Le constat est sans équivoque : permettre l’accès à l’eau, c’est limiter la propagation de la maladie et sauver de potentielles victimes.

 

Une démarche partenariale a été initiée par la fondation Veolia il y a dix ans pour bâtir un ambitieux programme. Elle réunit les ministères congolais concernés, des ONG locales et internationales, des experts en matière d’infrastructures urbaines d’eau et d’énergie ainsi que des bailleurs internationaux (Agence française de développement, Union européenne, fondations privées). Au niveau des pouvoirs publics congolais, un plan multisectoriel d’élimination du choléra (PMSEC) a prolongé, en 2012, un premier plan stratégique national pour l’élimination du choléra. Il est actuellement en évaluation pour sa  reconduction.

Sur le terrain, la mise en œuvre du plan a consisté, pendant une première phase de quatre ans, à collecter des informations pour comprendre la dynamique de diffusion de la maladie. A l’issue de ce travail, Kalemie a été la première ville à bénéficier du programme. Un schéma directeur des réseaux hydrauliques a été conçu avec un double objectif : cibler les besoins en apport d’eau potable et définir les mesures prioritaires pour renforcer la veille épidémiologique. Les travaux de réhabilitation et de sécurisation du réseau d’eau existant ont été conduits avec succès. La Regideso a vu le nombre d’abonnés à l’eau augmenter de 46 % !

L’ambitieux programme a ensuite concerné Uvira, dans le Sud-Kivu, avec l’objectif de développer, réhabiliter et étendre les infrastructures d’eau potable de la ville. Des analyses réalisées par des experts de la fondation Veolia ont permis de concevoir un schéma directeur.

Quatre étapes de travaux ont été définies : la réhabilitation et l’extension du réseau de distribution, la construction d’un réservoir de grande capacité, et le doublement de la capacité de production de l’usine. Des appels d’offres ont été lancés en 2016 pour engager les travaux, en assurer le suivi, mener des audits et commencer à structurer le tissu communautaire autour des nouveaux accès à l’eau qui seront prochainement ouverts. Les fondations Veolia et Artelia assurent les études techniques liées à la mise en place du réseau et du réservoir. L’ONG Oxfam Grande-Bretagne supervise le volet sociétal : mesures d’éducation, de prévention et de sensibilisation à l’hygiène. Enfin une ONG Congolaise, ADIR, s’occupe de structurer les communautés d’Uvira en associations d’usagers permettant d’augmenter la prise de conscience par la population du besoin d’accéder à une eau potable pour lutter contre le choléra.

Depuis dix ans, la fondation Veolia et ses partenaires ont fait le choix de l’accès à l’eau pour endiguer le développement et la résurgence du choléra dans cette partie de l’Afrique des Grands Lacs. Les travaux engagés à Uvira sont l’illustration concrète que seule une mobilisation collective peut concrétiser une ambition aussi vaste. Ils sont le témoin de l’engagement nécessaire des acteurs nationaux et internationaux en faveur du développement humain.

 

Thibault Constant (Fondation Veolia)

Martin Leménager (AFD)

UN SUIVI SCIENTIFIQUE DU PROGRAMME

 

Le programme conduit depuis dix ans en RDC fait l’objet d’une évaluation scientifique par la London School of Hygiene & Tropical Medicine (LSHTM). Cette autorité scientifique suit le projet depuis les origines, aux côtés de la fondation Veolia et de l’Agence française de développement (AFD), pour en mesurer l’efficacité. La pré-étude menée sur la période 2009-2013 a démontré la réalité tangible du lien entre l’accès à l’eau potable et le choléra à Uvira. La LSHTM a ainsi révélé que le Centre de traitement du choléra d’Uvira reçoit trois fois plus d’admissions dans les dix jours qui suivent une interruption de production d’eau potable, et que 25,3 % des cas de choléra sont inhérents à une baisse de production d’eau potable. Une prestigieuse revue scientifique, PLoSMed (Public Library of Science Medicine), s’est fait l’écho de cette démonstration.