Violences sexuelles

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« Ils m’ont repoussée à l’intérieur », dit Joséphine. « L’un d’eux me menaçait avec un couteau afin que je ne bouge pas. J’ai pensé que je tomberais enceinte ou malade. J’avais tellement peur. Je ne voulais pas me faire tuer ».
La même nuit, quatorze autres femmes ou jeunes filles comme Joséphine ont signalé des violences basées sur le genre, lorsque le site de déplacement Mugunga III a été attaqué et pillé près de Goma, dans la province du Nord-Kivu. Toutes ont reçu un soutien psychologique et des soins médicaux dans les 72 heures, grâce à Hope in Action, partenaire d’UNICEF. Le respect de ce délai est primordial afin de prévenir le VIH et la grossesse.

Les femmes font tout pour garder le secret
« Après avoir été violées, les femmes se sentent humiliées», explique Charlie, 43 ans, conseillère bénévole dans le camp de déplacés où elle vit, elle-même survivante de violences sexuelles. « Beaucoup font tout pour garder le secret. Elles préfèrent souffrir en silence et ne divulguent ce qui s’est passé que lorsque leur corps tombe malade ». Comme quinze autres conseillers dans les sites de déplacement autour de Goma, Charlie fournit un soutien psychosocial aux survivants après avoir été formée à l’écoute active et à la médiation familiale par Hope in Action. « Lorsque le viol se produit, nous cherchons à savoir qui est le responsable», dit Charlie. « Mais ce qui est le plus urgent, c’est de s’occuper de la femme, non de l’agresseur. La justice peut venir plus tard. » « Maman Charlie m’a apporté la paix d’esprit et la force», dit Joséphine. « Elle s’assurait que j’avais pris les bons médicaments. Je peux lui faire confiance. Sans elle, je serais seule ».
Lorsqu’elles essaient de reconstruire leurs vies brisées, les survivantes font face à de nombreuses difficultés. En plus de la souffrance physique et émotionnelle, elles sont souvent rejetées par leurs maris, exclues par leur propre famille et discriminées par leurs voisins.

Reconstruire leurs vies ensemble
Afin de fournir l’essentiel des soins vitaux à 15.000 femmes, filles, garçons et hommes après une agression sexuelle, l’UNICEF et ses partenaires, ont besoin de 5 millions de dollars dans les douze prochains mois. Cette somme pourrait aider 300 établissements de santé et 120 centres de soutien psychosocial pour le bien-être émotionnel.
En effet, sans aide, certaines femmes sombrent dans une profonde dépression tandis que d’autres, grâce à l’appui d’associations parviennent à reconstruire leurs vies. à Goma, HEAL Africa, un autre partenaire d’UNICEF, les accompagne tout au long du processus de récupération. Au-delà des soins médicaux et psychosociaux, les femmes qui ont été violées ont la possibilité de s’inscrire à des cours d’alphabétisation et d’apprendre à coudre, à broder, à tricoter et à tisser des paniers. Pas à pas, elles retrouvent l’estime de soi, en partageant leurs expériences avec les autres.
« Avant, je me sentais perdue. Donner naissance à un enfant sans père a été pénible », dit Madeleine tout en caressant son bébé de trois mois devant sa machine à coudre. Il y a quelques mois, cette survivante de 19 ans, ne savait rien des aiguilles et du fil. Maintenant, les tabliers et sacs qu’elle produit sont en vente au magasin de HEAL Africa. « Un jour, la paix viendra. Je retournerai dans mon village et y ouvrirai mon atelier de couture.»
Après un moment d’hésitation, Madeleine ajoute avec un sourire : « Je tiens aussi à trouver un bon mari et à devenir à nouveau une mère ».

Laurent Duvillier, UNICEF RDC

Photo : UNICEF RDC/Cornelia Walther